CHAPITRE XV
Çuclcjuei mot! «ur loi Pbarmacieot.
iV^?Vr-
•iiéralcnient on n'admire pas as'cz 'influence des noms sur la destinée drs lioiinH's. Vou7. pintnt le pharmacien! — Ci i qu'il s'est tout simpleiiiciit appelé apothii .liie , SCS fonctions ont été assez peu relevées , cl s;i ^ pusitioii sociale était h la hauteur de ses P notions. — Eli bien ! du moment où il s'est p.-.ié du nom de pltannacien, tout a été changé pour lui roimiic par miracle, — cl il faut ([u'il soit bien inaladroit et bien peu charlatan pour ne pas se retirer au boni de dix on douze ai:', d'exercice avec douze bonnes mille livres de rente gagnées ù l'.ii'lc d'une pâte ou d'un sirop ipiel-
conquc, — mais ircvctd du gou- 52jr2,2l3!^Xt /ly-iT..' . vernemcnt! Du temps de Molière, Gn^-^irrrTilliniill
l'apothicaire ne se faisait une petite fortune qu'après trente ans d'exercice , — et quel exercice , bon Dieu ! Il est une mode qui
s'est établie dans tous les magasins
parisiens, — c'est la spdniulilé. — —^— ■-■——■— "^——"^ Les boutiques des apothicaires, pardon ! des ])harmaciens, —
ont aussi prompte - ^T)f ment adopté cette
méthode , et aujourd'Iiui chacun de ces industriels a la spÉcialilc d'un gpécinqiu:
unique, magniQquc... et très-cher.
L'un ne tient que -' des millions de iiii!hasses de pois à cautère , — l'autre s'est réservé la spécialité des mâchoires , et ne débite que de petits flacons inventés pour les maux de dents, ou un aliment engraissant.
Celui-ci fait concurrence à la manu- 1 facture de tabac du ','" Gros-Caillou, et ne' vend que des cigares médicinaux destinés à guérir les rhumes de cerveau^, ou une eau merveilleuse il l'aide de laquelle on peut se conserver à perpétuité, ajircs ta mort. Celui-là eiifui hc tient que des brosses électromagnétiques dont l'usage enlè\e subitement les rhumatismes et même la peau. Mais In véritable spécialité de deux ou trois cents pharmaciens 'M-:'^\^ff/''^^^^^^ parisiens consiste surtout à
■ ^ ' " créer quelque nouvelle pâte
pectorale. On s'est hlbucoup lamenté dans le temps sur la posiliuu déplorable de l'une du iiuridao, qui , placé cuire deux bois-
IG
BIBLIOTHÈQUE POUIl RIRE.
scauï d'avoine, ne savait auquel donner la préférence; mais la position de I homme cmluimé, placé cntie trois cents apothicaires pectoraux qui tous lui vantent leurs marchandises, est bien plus déplorable encore. Ces indu- ^ striels gagnent des mon ceaux d'or; auprès d'eux les banquiers ne sont que «.rwNtBi» de très-petits garçons, et
les agents de change des Savovards. Une légère grippe suffit pour
donner cent mille francs
de rente au pharmacien
qui sait exploiter la circonstance avec tant soit
peu d'esprit. En effet ,
poin- trois mille francs on
a tout un chantier de petits cotrelsde bois de réglisse, cl, pour obtenir
la pâte et les cent mille
francs désirés, il suffit
d'allier cette réglisse à...
un nom ronflant. Voilà aujourd'hui la seule
chose diÛicile, c'est de trouver un nom. On a exploité déjà jusqu'à
satiété le nom du mou de veau , du colimaçon , de M. Ilegnauld aîné , et tous les autres noms plus ou moins balsamiques. Il n'est h pas jusfiu'au caouthouc qui ne se soit prêté à la plaisanterie pectorale : on a dit que , combiné avec un peu de réglisse, le caoutchouc fait des tablettes économiques qui peuvent être sucées à perpétuité. Or , vous
conviendrez avec moi que, si cela ne fait pas de bien , cela ne peut
pas non plus faire de mal.
E^t il beaucoup de drogues
dont il soit permis de faire le
même éloge î Après le cœur
du garde du commerce , du
crocodile et du propriétaire
parisien, il n'est pas de cœur
plus dur , plus féroce que
celui de l'inventeur de pâte
pectorale! Cet homme, qui
du reste est excellent père de W
famille, et qui vendrait ses ^
culottes pour acheter un polichinelle à son petit garçon , ^
n'adresse des prières au ciel, » • \\^ \(ir>r^[ ^j.=xM?i"^'™r-
soir et matin , que pour lui
insinuer de faire attraper à tous les mortels une foule d'inlranspira-
tions , de rhumes et de coqueluches! Cet homme barbare court
ouvrir sa fcnflrc en se levant, après avoir eu toutefois la piécau-
lion de s'entortiller dans une bonne robe de chambre bien ouatée;
et, consultant l'horizon , il se frotte les mains avec joie quand il voit que le vent vient du nord, et que le baromètre dirige son aiguille vers le temps des fluxions de poitrine. A l'époque du dégel , quand les rues de Paris ressemblent exactement aux canaux de Venise, moins les flots bleus et les gondoles , notre homme bénit le nom de M. Carlier. Au printemps, h cette époque charmante où florissent les giboulées, il les voit fondre sur les Parisiens avec un plaisir sans égal. Celte giboulée est pour lui une manne céleste. — il prépare trois cents petites boîtes pectorales, lit en 18i';, lors des funérailles de l'Empereur, le marchand de pâte pectorale, la tête couverte d'une excellente perruque, suivait partout le cortège en criant : Chapeau itas! — Dans chaque tête découverte, notre calculateur voyait le débit assuré d'au moins quinze boîtes de pâte A'cscarcfot : animal qui, comme chacun le sait , possède une coquille excessivement balsamique, lorsqu'on la fait infuser convenablement... dans la quatrième page des journaux !
L'inventeur de la pâte pectorale serait un homme parfaitement heureux s'il ne lui fallait pas continuellement lutter avec ses rivaux; car, bien que tous les hommes soient frères, les pharmaciens sont cependant bien loin d'être cousins. Ils emploient toute la force de leurs poumons balsamifiés à se dire continuellement des choses désagréables et à dénigrer leurs drogues mutuelles. A peine l'un a-t-il dépensé trente mille misérables francs d'annonces pour établir convenablement dans la société la nouvelle pâle du lézard, pâte éminemment amie de l'homme , qu'un rival dépense , le lendemain , quarante mille francs pour arracher le lézard du piédestal qu'on lui a dressé , pour prouver que ledit lézard n'est qu'un intrigant qui a volé sa réputation d'ami de l'homme, et que la seule véritable amie de l'homme est la limace.
Mais , hélas ! la limace elle-même ne jouit pas longtemps de son triomphe ; le surlendemain un audacieux coléoptôre vient se dérouler à l'admiration du public, et le cloporte prouve dans ces mêmes journaux que lui seul possède une qualité qui's'est transmise de père en fils depuis la création du monde et des pâtes pectorales ; que lui seul facilite l'expectoration de tout un chacun, calme la toux , guérit les maux de nerfs, arrête les engelures et fait couper les rasoirs.
O pharmaciens! pharmaciens! — vous êtes bien dignes de donner la main aux médecins , car vous êtes réellement leurs confrères—en charlatanisme!