CHAPITRE VI
L'étudiante pur -sang,
j^l^te^ ous devons encore consacrer un cha- ' pille spécial à l'une des spécialités du ([uartier latin. — Nous voulons parler Ai; ['cl'udianle, (jui sort de la classe i'!ji;| vulgaire des modistes, couturières et "1^ brocheuses et autres grisettes ayant une pfofession et des principes quelconques.
L'étudiante est essentiellement élu - ^^'*^ï^^^ diaute; vous seriez commissaire de po- ■, presitleiu de tribunal ou gendarme, et vous auriez beau l'interroger sur SCS qualités, que vous ne parviendriez pas à en tirer une autre réponse : — Étudianie! Ce qui prouve bien que VÀltnanacli du Commerce vole son public quand il prétend indiquer toutes les diîTérentes classes des professions des habitants et habitantes de la caiMtalc.
L'étudiante, sans aucune autre espèce de comparaison, peut faire concurrence îi l'huîlre sous le rapport de rattachement et de lalidililé. — Son rocher, à elle, son banc, c'est la rue Saint- Jacqiiis : pour elle, la rive droite de la Seine n'exi.sle pas; et .si on lui parle des (piartiers Nutrc-Dame-dc-F,oreltc et de la Madeleine, elle prétend ([ue l'existence de ces quartiers est un bruit que la police fait courir.
Non-seulement l'étudiante ne vit que dans le pays latin , mais même très-souvent elle ne connaît qu'une maison de ce même quartier latin.
Attachée spécialement h un hôtel garni , l'étudiante est la chatte de l'établi^cmenl; elle voit se succéder des locataires aux locaiait res, des étudiants aux étudiants , et toujours elle est restée tidèle aux locataires de la chambre n" 7 ou n' 9 , — sans que jamais le
Puis le nu'iingc ,
n" G eu le n" 8 , (|iifI(|uo sidm^aiils ([u'ils suicnl, aiuil pu la Lire dévier (le la iipiie de ses devoirs.
L'étudiante ne fait ni de la tapisserie , ni de la broderie , ni quoi que ce soit d'analogue ; — elle fait uniquement le houlieur de son époux , comme elle l'iniilule. — Vous voyez que si l'époux n'est pas heureux , c'est qu'il y iiut de la mauvaise volonté.
l'ourtant, quand il le faut absolument, l'étudiante se décide !i
prendie une aiguille pour coudre un lionton iiidispensnhle à lacnlotlederépouv; — on (pielquefois encore , dans les grands jouis de Graude-Cliaumière , elle se décide à repasser sa robe — quand la blaniliisspuse ne veut |)lus faire crédit, se rendant à la Cliavmière ou au théâtre du Luxembourg, descend la rue Saint-Jacques dans une tenue licelée, qui excite l'aiiniiration et l'envie de tout le quartier L'étudiante descend continuellement le fleuve de la vie le long du ruisseau de la rue Saint-Jacques; — nous l'avons déjà dit, jamais elle ne traverse le l'ont- Neuf : à moins qu'elle n'y soit totalement forcée pour aller voir un mélodrame extraordinaire au théâtre de l'Ambigu. — Mais c'est excessivement rare : — le reste du temps, elle préfère de beaucoup aux lliéàlres du boulevard du Temple le Panthéon et surtout Doùineau, autrement dit théàlredu Luxembourg; — car là du moins les étudiants et les étudiantes sont tout à fait chez eux, et maîlres absolus de leurs raouveiiicnls et de leurs ccorces d'oranges.
Et puis, un autre motif non moins puissant, c'est que le prix des avant-scène de Bobincau est de viiiflt sous, tandis que l'Ambigu coûte trois francs : — un ménage latin a inliniment trop bon genre pour aller ailleurs qu'aux avant-scène. — Or, six francs, cela rognerait iiifmintent le budget, s'il fallait de temps en temps prélever six francs pour cet usage, quand il faut vivre pendant trente jours et quelquefois même pendant trente et un jours avec cent ou cent cinquante francs — tout compris , — même les revenus de rétudiante et la pension que lui fai' sa famille.
Après cela , quelle que soit la gêne du ménage latin , madame ne se prive jamais d'aller à Bobincau quand l'alDchc est gigantesque,
ce qui arrive au muins tiois fuis par semaine. — Les llomains disaient: l'aïuin il lintuiscs , — les Latines modernes disent : Bobincau tl tics oraïKjtil et encore la plupart du temps c oranges sont-elles des pommes !
CCS
CILVPITRE VII.
^ la vertu, du roi David, du concao et de la
gardo municipale.
^.'> o.-^ ouillez tous les auteurs les plus anciens, — consultez tous vos amis les plus savants, — lisez le I étit de la mort ileCalon, — inlerroyez votre |)or!ier sur toutes les jeu nés locataires de voire maison, et vous arriverez immanquablement à déclarer avec tous ces personnages ci- (i^;ssus : — que ta vertu n'est qu'un nom !
Ne poussez pas d'exclamation , lecteur ! — Ne rougissez pas , monsieur I — Ne m'appelez pas polisson, mademoiselle! — Je ne suis pas aussi immoral que j'en ai l'air au premier abord ; et en vous ^-^ disant ((uc la vertu n'estqu'un nom, je ne prétends ^ nullement induire rien de fâcheux sur l'honneur d'un chacun ou d'une chacune : je veux seulement dire que fout est de convention sur la terre, et (|ue ce qui est déclaré très-vertueux dans certains temps et sous certains degrés de latitude et de longitude , et disons même plus, à certaines heures, est, au contraire, regardé comme chose immorale tmis cents ans plus tard, et vingt-cinq d* gréS — ou vingt-cinq minutes plus loin.
Certains peuples sauvages offrent gratis leurs femmes aux voyageurs. Les aidiorgistes Français, dits civilisés, se contentent de
leur offrir de très-mauvais matelas qu'ils font payer horriblement cher.
De midi à six heures du soir, les Parisiennes portent des robes montantes comme des religieuses et rougiraient jusqu'au blanc et au noir des yci.x si on découvrait seulement leur cou; — et de huit heures du soir à miimit, elles se rendent à des bals ornées de robes décolletées jusqu'au creux de l'épigastre.
Chez les Spartiates, peuple moral entre tous les autres peuples de la Grèce , deux ou trois fuis par an on faisait danser toutes les plus jolies personnes de la ville, sans le moindre costume, devant tous les jeunes gens très-vertueux de la même ville ; — et pendant le reste de l'année on les entourait de voiles fort épais.
Bref, nous n'en (inirions pas si nçus voulions éuumérer tons les caprices de ce qu'on est convenu de nommer la vertu; et nous arrivons prompiement à cette conclusion : c'est que la danse folâtre si désavanlageusement coiuiue dans la société sous le nom de caucan et autres synonymes sera peut-être la seule danse enseignée dans tous les pensionnats de Paris d'ici à cinquante ans; et les personnes qui sepcrnuitrnient le menuet seront sans doute mises à la poitc des bals publics ou privés, comme dansant im pas atlcniatcire aux bonnes mœurs et à la vertu de répo(|ue.
La danse nationale actuelle du pays latin est le cancan. Nous ne nous sentons pas la force de blàmt r le pays latin ; car, après tout, le cancan est une danse fort amusante, et l'étudiant n'a peut-être d'autre tort que d'être en avant de cinquante ans sur les idées de son siècle.
Le ri)i David dansait devant l'arche pour divertir le pcu|ile hé-
niiu.ioTiiÈQUE poun iiiiu
brcn. Or, d'niMfs les auteurs 1 s mieux renscism-s sur la malicre , lo roi l)a\il fut très- folàiic ; ce que nous croyons sans peine, car sans cela il aurait manqué son but et n'aurait nnlioment diverti ce bun poup'o bihrou. Or, toujours d'apnS ces mèiiu's auteurs les mieux renseiyués, nous apprenons cpie la danse du roi David étiiit \iïe, amusante, et accom|>agnie de beaucoup de gestes : c'est la dilinilion exacte du cancan de l'étudiant.
Après tout, ce qui prouve bien encore que tout est de coDveiUion ici-lias, c'est (|u'on cancan, un joli cancan restant dans de certaines limites , 091 tout aussi gracieux que le fandango ou le Ijolero ; de
plus,ilesiboau- "tTîrX \ . coup moins im-
^ i-t^ ^ ' \ \ rnond (pie ces
\\ I danses , qui
|!o'.u'laiiloni été nntuialiséisjusqn'en plein Opéra, avec sui)vcnti(.n lie sept cent mille francs.
l,a Grande - (haMmièrc du boulevard Montparnasse I >i le conserva- : lire classique !ii i^cnrc. C'est i.'i que les Vestiis de l'École de droit déploient leurs glaces avec les lîlssler des magasins de modes, et de nombreux élèves de droit et de cancan de première année suivent d'mi reil entliousiastc le couple qui s'est acquis la plus brillante répulation dans celte spécialité.
]l est bien certain que le cancan français est une danse l)eauconp moins... décolletée (|ue le fandango , le boléro et la cacluiclia , qui cependant ont l'honneur d'être tolérés, et même d'être admirés sur tous les théâtres les plus royaux d'Kspagnc et de France.
Le fandan;;o, ayant un jour été traduit devant l'espèce iepotice eorrectionncUt du pays, n'eut pas de peine à gagner son procès;
o'f r-^ et vous savez que les r^~ juges furent transportés, ravis par ce pas gracieux , qu'ils firent danser , en plein tribunal, par uncouplechannant.
Si, eu France, le cancan se tire quelquefois moins heureusement de ses citations drvant la sixième chambre , cela tient absolument h ce que la plupart du temps cette danse est reproduite à l'audience par un garde municipal, qui veut donner au président une idée du pas qui a motivé l'arrestation dujeunc prévenu.
C'est déplorable! — Car le garde municipal manque totalement de grâce et de moelleux dans ce genre d'exercice.
Ce qu'il y a de fâcheux , c'est que le président s'imagine avoir one idée du cancan, et condamne l'étudiant, qui se trouve doublement himiilié,— d'abord d'être condamné, — et ensuite de ce qu'on lui attribue une danse aussi grotesque, aussi peu cliicandarde que celle de ce garde municipal , qui n'a pas les premiers éléments de l'arlT