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CHAPITRE VIII

le l" janvier. — Xes étrennes.

oici un beau jour poi)r la portière , jour qui va grossir son escarrcUe , ajouter quelques lignes à son livret de la caisse d'épargnes.

Le l" janvier , la portière se lève de bonne heure , se dépêche de faire son ménage et d'enjoliver son appartement ; — ses pots de réséda ont été reverdis , et sa cheminée est , ornée de cinq ou six grosses oranges, présent do la laitière, de la fruitière, de l'épicière , cl posé(!S sur des verres et sur des carafes.

Elle pense ensuite à sa toilette : son tour a été remis à neuf dès la veille, elle met son bonnet le plus ébouriffant, elle s'attife enfin comme pour un bal, et, dans celle merveilleuse tenue , attend avec dignité les compliments et les dons des locataires:.

Mais, en attendant, elle envoie sa fille présenter ses compliments i chaque étage. Bien certainement l'enfant y attrapera quelque chose: des bonbons, une orange, un chilTon , une pièce de monnaie, et cela sans préjudice de ce qu'on lui destine ii elle; car les étrennes , comme la bûche , sont un droit qu'elle n'est pas femme à laisser périmer.

Le 1" janvier la politesse de la portière ne parque pas les locataires; elle a pour tous les étages un sourire également gracieux: elle dit à tous avec une amabilité et une volubilité égales : " Bonjour, madame; une bonne année que je vous souhaite et une bonne santé, accompagnée'de plusieurs autres. »

La bonne femme est, ce jour-là, d'une complaisance infatigable: toutes les lettres que le facteur apporte , elle se hâte de les monter à leurs destinataires. — o J'avais peur que ça soie pour une chose pressée, dit-elle, et je n'ai pas voulu attendre que quelqu'un de chez monsieur descende. »

Un jeune homme descend de voiture; il demande la dame du premier; ses mains sont embarrassées de sacs de bonbons de toute espèce. — « Mon Dieu! monsieur, dit la portière, je ne sais pas s'il y a quelqu'un. — Je vais monter, je le saurai. — Ne vous

donnez donc pas la peine, monsieur... Je nesouiïrirai pas... vous êtes endiarrnssé. » Lt aussitôt l;i portière s'élance dans l'esciilier, et revient bientôt dire (pie madame est chez elle. Elle le savait bien, mais elle espère que le jeune homme va vanter à la dame du premier sa politesse, sa complaisance, et que les étrennes s'en grossiront d'autant.

rlaignez-la, cette pauvre fennne, d'être obligée de faire ainsi violence à ses habitudes, de forcer si complètement sa natm-e. Ilenreuscmcnt elle a trois cent soixante-quatre jours pour se rattraper.

Cette journée si lourde est finie; le soir est venu, la portière rentre dans son occupation quotidienne, c'est -îidire qu'elle crie après tonl le monde, u C'ie mijaurée du premier, (pii me donne div francs d'cirennes!

A t-on idée d'une pareille lésineric!

une femme qui reçoit un tas d'monde. .. faut toujours être à tirer le cordon pour elle... qui rentre toujours à des passé tnciniit... Dieu merci, cependant, l'argent ne lui coûte pas grand chose à celle-là... elle pourrait bien être un peu plus généreuse... Que je l'attrape, son vilain chien, à venir faire ses infamies sous le vestibule, il est bien sûr que je lui donne une boulette.

» C'est comme ce vieux cancre du troisième!... quand il est iivec ce laideron qui vient toujours en papillotes , faut voir comme il me cajole... Ma petite madame Bencjît, qu'il m'dit, dit-y, vous aurez bien soin de ne laisser monter personne , n'est-ce pas? surtout mon neveu. .. vous lui direz que je suis sorti pour toute la journée. .. Et il me flanque cent sous d'étrennes!... vieux grigou!... sois tranquille, va, je laisserai monter chez toi tout Paris... et je dirai qu'on sonne fort, parce que tu y es bien sûr... ça fait qu'on cassera la sonnette, vieux meurt de faim!... «

(,'esi anv bonnes de la maison, ses plus intimes confidentes, que la portière raconte ainsi ses doléances : elle se donne ainsi deux plaisirs à la fois: elle se plaint et elle diffame.

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