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APPLICATION DU MICROSCOPE A LA BOTANIQUE EN GÉNÉRAL

La science (1) qui traite des végétaux, de leur structure et de leurs fonctions, a fait d’immenses progrès depuis un demi-siècle. En effet, la botanique, passée à l’état de science complexe, ne le doit pas seulement aux esprits distingués qui s’en sont occupés, car les efforts de ces curieux de la nature eussent été, sinon infructueux, du moins fortement hypothétiques en ce qui touche l’organisation des plantes et le rôle de leurs éléments constitutifs, si un art, encore dans l’enfance il y a quarante ans, n’était, venu jeter une lumière toute nouvelle sur cette branche de l’histoire naturelle, indispensable à son développement.

L’optique doit donc revendiquer une large part des

(1) Je dois cet intéressant article à l’obligeance d’un de mes amis.

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découvertes, tant anatomiques que physiologiques, faites par les naturalistes de notre époque. Son application ne se borne pas seulement aux sciences d’observation, puisque le chimiste, le minéralogiste, se servent également de la loupe et du microscope. Enfin il est inutile de mentionner son indispensabilité dans les sciences physiques, dont les progrès n’en sont que le corollaire.

Qui sait ce que Hedwig n’eût pas fait avec des instruments perfectionnés, lorsqu’on songe que vers la fin du siècle dernier il fit des observations à l’aide d’une simple lentille, et notamment sur les mousses, qui aujourd’hui encore sont de tous points exactes.

Voyons maintenant l’application du microscope aux sciences naturelles et les services qu’il a rendus à la botanique en particulier. — Si nous coupons une mince tranche de moelle de sureau prise dans une très-jeune branche, ou une feuille de joubarbe (fig. 169), et que nous la soumettions à l’observation microscopique, nous nous rendrons un compte exact de l’élément le plus simple qui constitue un végétal. Les corps sphériques ou oblongs que l’œil aperçoit, et qui sont isolables, soit par la pression soit par un acide étendu qui désagrégé ces corps, ont reçu e nom d’ulricules. Leur paroi, très-mince alors, peut être

complètement uniforme (fig. 1 70), ou quelquefois parsemée de petits points plus transparents (fig. 171) : ce sont des ponctuations ou des parties de la paroi plus mince que

Fig. 169.

Fig. 170 Fig. 171.

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l’ensemble, ce dont on peut se rendre compte en faisant subir un quart ou une demi-révolution à la vis de rappel du microscope. Ils peuvent aussi être rayés (fig. 172), ou annelés (fig. 173). Enfin ces utricules peuvent contenir une spirale analogue à la membrane de ceux-ci, comme on l’observe dans le tissu de certaines cactées (fig. Mh). Ce

Fig. 172. Fig. 173. Fig. 174.

tissu utriculaire vient-il à être gêné dans son développement par la multiplication d’autres utricules, alors une pression réciproque agit sur chacun de ces éléments, et de sphériques qu’ils étaient ils deviennent polyédriques (fig. 175), et c’est l’image qu’on aura en observant une coupe de moelle de sureau prise sur une branche de deux ou trois ans, ou une tranche mince de la chair d’une pomme (lig. 176), qui prend alors le nom de tissu cellulaire.

Mais les tissus n’ont pas toujours cette forme cellulaire; ils peuvent être composés d’éléments allongés (fig. 177), et ce sont eux qui forment la partie solide des végétaux. C’est

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ce qui explique la résistance ou la flexibilité du bois dans la largeur, tandis que dans sa direction verticale il est facilement divisible. Or, ce tissu est appelé fibreux, c’est-àdire composé de fibres, comme l’indique la figure 178. Ces fibres sont quelquefois ponctuées (fig. 179), comme on peut le voir dans une préparation de bois de magnolier ou (Y Illicium. Ces ponctuations en si grand nombre peuvent être localisées aux parties latérales des fibres et présenter de charmantes aréoles, comme le microscope seul peut le démontrer dans le bois des pins ou des sapins (fig. ISO); un

Fig. 178. Fig. 179. Fia. ISO.

mouvement insensible d’abaissement ou d’élévation de la colonne du microscope montrë que ces ponctuations permettent la communication d’une fibre à la fibre qui lui est

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contiguë. L’optique ici a donné raison à l’absence de conduits destinés à porter la sève dans le végétal, puisque dans tout le groupe des conifères l’intromission des liquides séveux se fait fibre à fibre. — Mais cette exception du règne végétal nous montre d’une façon plus simple ailleurs ce système fibreux. Aussi, en revanche, y retrouve-t-on une sorte d’éléments qui manquaient précédemment : c’est le système vasculaire. — Les vaisseaux, dont le rôle si important est de distribuer la sève dans la plante, “ s’offrent à l’œil armé du microscope sous trois formes générales : 1° dans les jeunes tissus, tels que la partie fibreuse avoisinant la moelle d’une branche ou les nervures d’un pétale d’une fleur, on remarque des trachées (fi g. 181), qui n’ont point le rôle de celles des insectes, mais seulement la forme; ces vaisseaux sont déroulables comme le serait un ressort à boudin ; aussi, si l’on brise légèrement dans son travers une feuille de jacinthe ou de bananier, on aperçoit une quantité de fils plus ténus qu’un fil d’araignée, mais de même apparence : ce sont des trachées; — 2° dans les tissus adultes d’une branche de clématite ou d’une tige de chêne, ou bien encore un jonc servant à faire des cannes, on distingue facilement,

même à l’œil nu, des ouvertures nombreuses

. . . Fig. 181.

assez larges pour y passer un crm, mieux encore, un cheveu : ce sont les vaisseaux vrais ou lymphatiques. Une coupe mince longitudinale, placée sous le microscope, les fait voir lanlôt parsemés de ponctuations (voy. la fig. 179), de là le nom de vaisseaux ponctues , ou de raies transversales plus ou moins régulières : vaisseaux

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rages (iig. 182) ; d’autres fois simulant à leur pourtour une sorte despire plus ou moins correcte, ou souvent dédoublée, et donnant au vaisseau une apparence grillagée : ce sont les vaisseaux réticulés, puis les vaisseaux annelés (fig. 183).

La famille des fougères fournit à l’observation des vaisseaux rayés d’un aspect singulier, formant des colonnes hexagonales ; on les nomme vaisseaux scalariformes

(fig- 18/.).

Enfin, sans le microscope, il aurait été impossible d’avoir une bonne idée d’un système particulier, analogue au système veineux des animaux comme apparence : ce

Fig. 18â.

sont les vaisseaux qu’on observe dans l’écorce de certaines plantes, chariant des liquides colorés en jaune, comme dans la chélidoine, ou blancs, comme on l’observe dans le

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pavot, les euphorbes : ce sont les laticifères ou vaisseaux du latex (fîg. 185).

Le contenu de ces éléments avait surtout besoin du microscope pour être découvert. Comment, en effet, étudier le développement des matières formées dans les cellules? La coropliylle , ou matière verte dont sont pénétrés les tissus foliacés développés à la lumière : la fécule (fîg. 186), si fréquente dans les racines et les graines, et dont la forme varie d’après les individus divers qui la contiennent, et bien d’autres matières insolubles ; enfin le noyau qui accompagne ordinairement chaque cellule, et qui paraît être le siège de toutes ces formations, nommé par les savants nucléus.

Mais ces matières organiques ne sont pas les seules qui prennent naissance dans les tissus; on y rencontre fréquemment des matières inorganiques, telles que le carbonate de chaux, si nettement formé dans l’épiderme de la feuille de la vanille, ou l’oxalate de chaux, formant de

petites masses cristallines dans les cellules de l’oseille, de la rhubarbe, de la betterave et d’autres plantes encore (fig. 187). Enfin le sulfate de chaux s’y rencontre sous des apparences particulières d’aiguilles, remplissant quelquefois des cellules entièrement, comme on peut le voir dans

Fig. 186.

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le tissu cellulaire des aroïdées et de mille autres plantes; ces formations ont pris le nom de rap/rides (fig. 188).

Le mode de multiplication des éléments anatomiques n’aurait été qu’imaginé sans les instruments grossissants, puisque encore aujourd’hui il existe beaucoup de points douteux. Mais la multiplication des cellules par dédoublement a été bien observée en Allemagne, surtout sur des algues d’eau douce; la formation peut ici être suivie sous le microscope même.

Il est impossible de passer sous silence l’importance du microscope dans la découverte de la fécondation des végétaux. Amici en Italie, Robert Brown en Angleterre, MM. Brongniart et Tulasne en France, Hoffmeister en Allemagne, etc., etc., ont apporté chacun leur tribut à la science par des recherches aussi laborieuses et délicates que piquantes pour l’esprit du naturaliste. Le rôle physiologique des feuilles (dont la fig. 189 représente une coupe), si bien connu maintenant comme organes

Fig. 188.

Fig. 189.

appendiculaires et respirateurs, se fait, comme tout le monde le sait, par de petits méats, de petites bouches dont les feuilles sonL couvertes, tantôt sur leurs deux faces,

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tantôt sur une seule. La loupe esl impuissante pour observer ces petits organes nommés stomates (t. ig. 190, 19J, J 92) : il faut un moyen amplifiant plus considérable.

* Fig. 190.

Si l’on considère les diverses branches de la botanique, et que l’on suive depuis trente ans leur développement, on verra que presque exclusivement c’est la physiologie et la connaissance des cryptogames qui l’emportent; aussi

cette dernière a-t-elle fait un pas immense depuis l’origine et le perfectionnement du microscope.

Les printemps et les automnes pluvieux favorisent le développement des plaques verdâtres ou rougeâtres le long des murs ou sur la terre, dans les allées des jardins peu fréquentés, etc., etc. Enfin la neige rouge qu’on observe quelquefois au sommet des hautes montagnes de la Suisse et ailleurs; les pluies de sang, qui ont servi d’argu-

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ment à tant de prédictions fatales, ne sont autre chose que des algues développées spontanément dans une circonstance qui leur était favorable.

Une des plus simples que l’on rencontre est une algue unicellulaire, le Protococcus viridis (fig. 193), qui tapisse le sol des cours ou des jardins pendant les saisons

Fig. 193.

humides. C’est par le fractionnement d’une cellule qui compose toute la plante, qu’une autre cellule, c’est-à-dire un nouvel individu est formé, et ainsi de. suite. — Une autre algue très-voisine de la précédente, et qui colore souvent en rouge le sol pénétré de l’eau de pluie, ou la base des murs habituellement humides, présente deux cellules seulement, qui se divisent à leur tour en deux autres : c’est le Palmella cruenta.

Mais peu d’espèces ont cette forme si simple et surtout si limitée ; la forme tubulaire ou cylindrique est plus fréquente.

Une cellule allongée naît d’un organe sur lequel nous reviendrons; celte cellule se cloisonne en son milieu et produit une deuxième cellule qui se conduit comme la précédente, et ainsi de suite, ainsi qu’on l’observe dans les conferves. Ou bien ces filaments cellulaires peuvent se

ramifier, comme dans les Cladophora (ou les Drciparnalclia). — Il n’est pas rare de voir même dans l’eau d’une carafe des fils qui peuvent à peine être vus à l’œil nu, et qui sous le microscope offrent une élégante organisation qu’on peut remarquer dans le Bangia ou le Colatrix. C’est même un indice que l’eau contient des infusoires qui accompagnent d’ordinaire les matières végétales. Enfin, certaines de ces algues d’eau douce offrent un spectacle vraiment original. A une époque de leur courte vie, qui correspond à leur état adulte, ces filaments, indépendants alors, se joignent deux à deux par une proéminence cellulaire née de chacun d’eux et formant un détroit par où la chromophylle (longs globules verts contenus dans une cellule) vient se mettre en contact avec celle du filament voisin, comme le montre le Mongeotia, le Zygnema. — De ce contact, vraie fécondation apparente, se forme un organe de reproduction, c’est-à-dire un spore , nom donné à tout organe reproducteur des cryptogames, et différent des graines ordinaires.

Les algues d’un ordre plus élevé ont une organisation cellulaire d’abord plus compliquée et un système reproducteur porté sur des appendices spéciaux, ou au moins localisé, comme on le voit dans la coralline officinale ou les fucus. Rien n’égale l’élégance des algues souvent les plus ténues, les moins apparentes, au moyen des instruments grossissants; aussi conçoit-on la passion de certains micrographes, sans laquelle, du reste, bien des travaux n’auraient pas été faits. Quoi de plus parfait que le Balrachospermum, nom barbare sans doute, mais qui rend bien l’aspect de la plante, c’est-à-dire ressemblant à des œufs de grenouille; cette délicate plante, sur le papier même, et du reste comme beaucoup de ses sœurs, produit un charmant effet.

ARTHUR CHEVALIER

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Noire intenliori n’est pas de faire un cours de botanique. Les plantes que nous signalons cependant ne peuvent pas être prises au hasard et sans ordre, c’est pourquoi nous procédons un peu méthodiquement.

Il n’est pas rare de rencontrer dans les maisons qui reçoivent, et ce fait est coutumier en Angleterre, un ou plusieurs microscopes associés à des stéréoscopes et des photographies, et les préparations qui servent dans un salon pour distraire les personnes conviées contiennent très-souvent des fragments d’algues. Ce petit exercice, très-instructif en soi, a fait naître des naturalistes chez des enfants et même chez des dames. Les algologues savent parfaitement que de l’autre côté du détroit quelques dames possèdent une habileté micrographique bien reconnue dans le monde savant.

Cette digression bien nécessaire, ce nous semble, nous autorisera à indiquer aux personnes peu versées dans l’usage du microscope les exemples à choisir pour s’exercer.

La classe des algues pourrait encore nous offrir bien des sujets, et si nous nous permettons d’y revenir un instant, c’est surtout pour signaler les curieux phénomènes de leurs organes de reproduction, qui, sans les instruments grossissants, seraient encore ignorés de nos jours.

En partant du simple au composé, nous avons vu des végétaux réduits à une seule cellule, puis composés de plusieurs; enfin dans les varechs, fréquents sur nos côtes, nous remarquons une apparence de lige, comme certains fucus et laminaires en ont pour la plupart.

Si nous prenons une algue d’eau douce, une conlervacée à l’époque où la matière (chromophylle) que renferment les cellules qui la composent esta son maximum d’organisation, on peut, au moyen d’observations qui exigent

quelque patience, voir d’une cellule qui se désorganise, qui se rompt, sortir un corps qui, en liberté, se meut à la façon d’un animal, d’un infusoire. (Le mouvement de cet organe s’observe souvent même dans la cellule avant son fractionnement.) Ce corps elliptique est muni d’un équateur de cils d’une extrême mobilité, qui lui servent de locomoteurs. Ce petit organe, composé d’une cellule unique pourvue de deux membranes, est ce que les botanistes appellent zoospore , c’est-à-dire spore animée, comme on peut le voir dans le Vaucheria. D’autres fois ces zoospores sont seulement accompagnés de deux cils à leur extrémité amincie dans les conferves, ou enfin de quatre chez les Chætophora.

Des observateurs sagaces ont pu suivre ces zoospores dans leur évolution, et voir, au bout d’un laps de temps qui ne dépassait pas quelques heures, ces animalcules cesser de se mouvoir, se porter sur la paroi éclairée du vase qui les contenait, perdre leurs cils vibratiles, puis germer pour produire des individus semblables à ceux dont ils étaient issus.

C’est ici l’occasion de rappeler l’axiome d’un savant distingué, perdu malheureusement pour la science et la jeunesse studieuse, dont il était plus encore l’ami que le maître : « Tout être organisé l’est à un degré d’autant plus élevé, que sa vie résulte d’un plus grand nombre de fonctions, exécutées par un plus grand nombre d’organes. » En effet, si nous remontons l’échelle de l’organisation de ces plantes, en prenant le premier échelon pour point de départ, nous verrons dans les Fucacées, non plus des zoospores, mais des spores inertes, renfermées dans des conceplacles ou sporanges, qu’on peut voir dans le genre Fucus ou Varech, et réunis au sommet des rameaux (frondes). Fuis d’autres conceplacles contenant des organes

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particuliers d’une tenuité telle, que les plus fortes lentilles du microscope sont nécessaires h leur examen.

Ces anthérozoïdes, car c’est leur nom, sont des agents purement fécondateurs, et donL le contact avec les spores est indispensable. Enfin la distinction des sexes est plus évidente encore dans les charagnes.

Nous pouvons reposer un peu le lecteur de cette narration algologique, qui du reste a des corrélations avec les autres végétaux de la division des cryptogames sous bien des rapports, en indiquant quelques faits d’animation dans des plantes d’un ordre plus élevé.

Les poils aériens ou radiculaires (fîg. 1 9Zï) de plusieurs plantes présentent un phénomène frappant de circulation intercellulaire; il est même probable que presque toutes les plantes possèdent à un plus ou moins haut degré ce mouvement circulatoire de leurs sucs propres. Les poils des filets des étamines des éphémères ( Trades cantia); les cellules des rameaux des chara, sont trèsfavorables à cette observation. Les poils celluleux de

plusieurs corolles (fig. 105), les poils radiculaires de lavalisnère, les pétales de la chélidoine, etc., etc., jouissent de ce curieux phénomène pour l’œil armé du microscope. Des globules en suspension dans le liquide de ces cellules montrent la direction des courants, insaisissables sans la présence de ces petits flotteurs.

C’est à regret que nous quittons cette intéressante classe des algues, dont certaines familles ou tribus contiennent des espèces aussi élégantes par leurs formes que riches

Fig. 194.

Fig. 195.

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par le coloris, et qui fournit aux visiteurs des bords de la mer l’occasion de faire des albums aussi intéressants poulie naturaliste, que récréatifs pour l’esprit le moins scientifique.

La famille des champignons est encore aujourd’hui l’objet d’une foule de recherches, tant sur leurs organes reproducteurs propres, que sur la multiplicité des formes que certaines espèces revêtent. Aucune famille, évidemment, n’est aussi polymorphe, aussi protéique ; combien d’espèces, sous une telle forme, ont été distinguées sous une ou plusieurs autres comme autant d’espèces différentes, et qui, au moyen d’observations judicieuses, dans lesquelles le microscope a toujours joué un rôle important, ont été reconnues comme semblables !

Le blanc de champignon, bien connu des jardiniers, se développe spontanément, au moins apparemment, dans les couches de fumier. Il est formé de filaments blanchâtres ici, brunâtres là, jaunâtres ailleurs, d’après l’espèce qui l’a formé. C’est à cet état, nommé mycélium, que se présentent la plupart des champignons, et alors cette production devient transportable, car le champignon ou agaric comestible n’a pas d’autre manière de se propager. Mais tous n’ont pas une organisation aussi bien définie, et le champignon servi sur nos tables est un des plus complets.

Les champignons les plus simples sont ceux connus sous le nom de moisissures. Le mycélium , produit par une spore, s’étend promptement sur les corps organiques en décomposition, qui favorisent son développement. (Il est inutile de rappeler que la putridité est l’aire des champignons en général.) Si la condition est favorable, alors du sein de ces filaments naît une cellule d’une nature spéciale, qui s’élève bientôt et porte à son sommet une quantité considérable d’autres petites cellules diversement agencées :

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ce sont des spores; les Penicilium , Asperyil/us, Briarea en sont de bons exemples. La moisissure du pain, des confitures, des tonneaux en cave, fournit d’élégantes espèces à observer au microscope, môme à un faible grossissement (40 à 50 diamètres pour l’ensemble, 150 à 200 pour les spores). Les formes sont très-variées dans cette section, et souvent des plus singulières ; les genres Gyrocerus, Speira, sont vraiment curieux. Les Dendryphium, Stysanus, rappellent davantage les précédentes, mais sont déjà plus compliqués de forme. Mais certaines espèces d’autres groupes choisissent des plantes vivantes pour station, et sont complètement parasites. Les taches qu’offrent les feuilles d’une multitude de végétaux, observés au microscope, décèlent la présence d’un champignon développé souvent à la faveur du tissu altéré par une cause quelconque; mais il est aussi très-fréquent que le champignon soit la cause de celte altération. Le charbon de blé, la rouille également, celle des feuilles de rosiers et de mille autres plantes encore, sont des champignons d’une organisation élémentaire et quelquefois de forme étrange, souvent confondus avec des analogues ou distingués à tort quand ils se trouvent sur des plantes différentes. Le microscope seul ici peut décider la question.

Enfin certains tissus de feuilles, de fruits, etc., etc., sont envahis par un mycélium qui cause souvent leur atrophie partielle ou complète, et donne aux organes attaqués une forme insolite. Qu’il suffise de rappeler l’ergot du seigle, du blé, formé du mycélium d’un champignon qui a pris la place du grain, et qui constitue un produit totalement différent organiquement et chimiquement au grain envahi. Ce champignon se trouve très-rarement a l’état complet dans la nature; M. Lévejllé est le premier qui l’ait obtenu en semant ce même ergot dans des con-

ditions favorables, qui du reste appartient à une tribu élevée de cette famille.

Le parasitisme de ces champignons ne s’étend pas seulement aux végétaux, puisqu’un grand nombre d’espèces prennent naissance sur des animaux. La muscardine (Hotrytis Bassiana ), trop connue dans le midi de la France par les ravages qu’elle cause dans les magnaneries, malgré les soins et la surveillance qu’on lui opposent, n’est qu’une infection fongine. Des spores amenées par une cause quelconque, et qui échappent par leur ténuité extrême, sont absorbées probablement en même temps que la nourriture. Bientôt, par une attitude particulière, le bombyx (ver à soie) indique que le fléau l’a atteint, et le seul remède est de le soustraire, car alors la contagion est imminente. Le mycélium pénètre bientôt le tissu graisseux de l’animal, qui meurt couvert d’une efflorescence blanchâtre : le champignon fructifié. — On a montré le curieux développement d’un champignon qui a quelque analogie avec, le précédent, développé sur une larve de la Nouvelle- Zélande. Son corps est d’abord envahi par les premiers éléments d’une sphérie, qui produit à la partie antérieure de l’animal un rostre portant les organes reproducteurs. Enfin des coléoptères, des diptères, sont souvent le siège de formations analogues; Vis aria qui se développe sur la guêpe en donne un exemple manifeste.

Les autres animaux, l’homme lui-même, sont souvent atteints d’affections qui ne trahissent leurs symptômes vrais que par la présence d’un champignon ; la teigne, le muguet, qui frappent les enfants, n’ont pas d’autre origine ; c’est ce qui explique leur nature contagieuse.

Nous sortirions du cadre que nous nous sommes imposé, et nous n’atteindrions pas notre but, si nous pensions que le lecteur croie trouver dans ce livre des éléments scienti-

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fiques cl didactiques : c’est à l’usage des personnes qui se servent du microscope que notre recueil se recommande, désireux que nous sommes de faciliter l’emploi de cet instrument par des exemples faciles ou curieux ; aussi ne s’est-on pas appliqué à suivre la nomenclature scientifique pas à pas; ses points les plus saillants seuls sont mis en évidence pour montrer son application, c’est pourquoi nous appelons de préférence l'attention sur des végétaux faciles à se procurer, ou dont l’organisation peut offrir un spectacle aussi curieux qu’intéressant.

En indiquant les champignons d’une structure élémentaire, nous n’avons en aucune façon indiqué les éléments constitutifs de ceux qui sont les plus connus, c’est-à-dire les agarics, les bolets, les pézizes, etc. Les spores, à l’état ’ libre dans les champignons que nous avons signalés, sont ailleurs renfermées dans une enveloppe spéciale nommée thèque. Ces champignons thécasporés sont formés d’un tissu cellulaire allongé; leur enveloppe s’appelle peridium ; il est tantôt creux, comme dans les pézizes, ou sinueux, comme chez les morilles. Enfin, les champignons dont la forme en parasol nous est si connue sont appelés basidiosporés, c’est-à-dire à spores libres, disposés quatre par quatre sur une cellule renflée nommée baside; dans notre champignon des marchés, le bolet, etc., etc., on remarque dans ces espèces un pédicule ou stipe supportant un chapeau. Mais ici c’est à la face inférieure que la membrane fructifère, ou hyménium , est située, formant des lames s’irradiant du centre à la circonférence, ou des tubes capillaires dans les bolets; chez les pézizes, les morilles, c’est la face supérieure qui porte Y hyménium. Il est curieux de remarquer que dans ces plantes le nombre des spores est de 8 par chaque thèque, ou de Zi portées suides péd icelles (champignons basidiosporés) . Le multiple

île '2 parait être le nombre normal des organes reproducteurs dans les cryptogames.

Pour les champignons thécasporés, la sortie des spores se fait par le sommet; elle est favorisée par un mucilage sécrété par les paraphyses qui entourent les thèques. Pour les basidiosporés, la dissémination est des plus faciles, puisque les spores pendent à peu près comme les fruits d’un arbre. Cependant parmi ceux-ci il en est qui ont le peridium enveloppant ( Bovista , Lycopordon ) ; alors c’est - sa destruction qui favorise la sortie des spores.

Enfin un groupe particulier contenant des champignons dits hypogés, c’est-à-dire souterrains, appartient aux thécasporés ; la truffe en fournit un bel exemple.

Un groupe de cryptogames, que l’on a placé parmi les champignons, en est maintenant séparé avec raison.

Les lichens, si bien étudiés dans ces derniers temps par M. Tulasne, historiquement et physiologiquement, et par M. W. Nylander monographiquement, réclament plus qu’aucunes plantes l’emploi du microscope pour être distingués.

On peut dire que les cryptogamistes les plus compétents se tairont, lorsqu’il s’agira de déterminer les espèces de beaucoup de genres, et des genres même, sans un moyen amplifiant d’au moins 250 à 500 diamètres. On comprendra cela quand on saura que la forme des spores est un caractère des plus importants chez les lichens. Ce qui distingue à première vue un lichen, c’est la présence d’un tissu cellulaire étendu nommé thalle : exemple, les genres Parmelia et Lecanora ; ou de rameaux, comme dans les Cladonia , Usnea , Sphœrophoron , etc., etc. Moins friables ou spongieux que les champignons, ils sont susceptibles de reprendre la vie, de continuer leur développement, qui n’était que provisoirement suspendu, même après un sé-

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jour prolongé clans un lieu sec, un herbier, etc., s’ils sont replacés dans des conditions favorables; car les lichens ne recherchent, pas, comme les précédents, les matières en décomposition : l’air humide leur suffit, et s'ils sont fixés au sol, aux arbres ou sur les roches, c’est plutôt un support qu’un siège de nutrition. Leur tissu, moins homogène que celui des champignons, contient, dans les espèces de grande dimension, des globules verdâtres (cellules gonidiales), mais toujours à la couche moyenne ou inférieure du thalle.

Du sein de ce thalle s’élèvent de petits mamelons qui bientôt prennent la forme de coupe dans les Parmelia et bien d’autres encore : ce sont les scutelles ou apolhécies, analogues des sporanges; d’autres fois, formant de petits capitules au sommet des rameaux ( Stereocaulon , Cladonia). Si une coupe mince de ces scutelles, préalablement humectées, est placée sur le porte-objet du microscope, l’image qu’on aura rappellera l’organisation de V hyménium de certains champignons : en effet, des thèques, entremêlées de paraphyses comme dans ces derniers, mais contenant des spores d’une apparence plus compliquée, c’est-à-dire cloisonnées et souvent comme réticulées (spores murales). Certains genres sont composés d’espèces dont le thalle est réduit presque uniquement aux apolhécies, ou du moins

est d’une minceur extrême et ne persiste qu’autour de ces dernières, exemple les Lecidea,TheIolrema> Ca/iciitm,e le.; d’autres enfin qui soulèvent l’épiderme des écorces et font des sortes de dessins comme le feraienl des xylophages dans les genres Graphis et Opeç/rapha. Ces dernières sont d’une petitesse que l’œil peut à peine apercevoir, et ne sont déterminables qu’au microscope.

Les cryptogamistcs modernes, en observant de très-près le thalle des lichens, y ont aperçu de petits points saillants,

qui, soumis à l’examen microscopique, ont fait découvrir des corpuscules d’une ténuité extrême, la plupart, d’une conformation similaire, et portés sur des cellules, à l’instar des champignons basidiosporés, quoiqu’un peu différemment. Ces observateurs ont été portés à considérer ces granules atomiques comme les organes mâles des lichens, et leur ont donné le nom de spermaties , et aux cellules qui les portent celui de stérigmates. Ces spermaties ne sont point douées de mouvement propre.

Toutes les plantes dont nous nous sommes occupé jusqu’à présent ne contenaient point de matière verte ou chlorophylle, si ce n’est quelques algues; mais cette matière, ici nommée chromophylle, n’est point de même nature, parait-il, car là elle ne se forme, dit-on, qu’au contact de l’air, et surtout à la faveur de la lumière.

Les hépatiques, les mousses ej, les fougères, voici les cryptogames dits supérieurs ou chlorophyllés. En effet, toutes ces plantes, à peu d’exceptions près, sont douées de stomates, ‘qui sont aux plantes ce que les narines ou la bouche sont aux poumons.

Le magnifique travail de M. B. de Mirbel sur le genre Marchanda nous a fait connaître à fond l’organisation d’un des principaux types de famille des hépatiques. Cette plante {Marchanda polymorphe!) est composée d’un thalle rampant à la surface du sol, et composé d’un tissu cellulaire presque homogène, au sein duquel se forment de petits amas cellulaires. Dans les endroits humides et ombragés, ce sont de petites corbeilles qui en naissent, contenant de petites sporules vertes en forme de cœur. C’est l’analogue des conidies des champignons et des lichens, ce qui correspondrait aux propagules des plantes phanérogames. Mais si la plante est dans de bonnes conditions, bien exposée, de petits parasols s’élèvent du bord de ces

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expansions vertes, cl produisent à leur lace supérieure des organes de reproduction femelles ou archégones. Si le chapeau esL sinueux, au lieu d’être lobé, ce sont des organes mâles (anthéridies). Ce nom d’anlhéridie indique que ce sont les analogues des anthères. Une coupe soumise au microscope l’ait voir des zoothèques contenant des anthérozoïdes doués de mouvements des plus vifs. — Un autre groupe des hépatiques nous montre ces plantes portant des sortes de feuilles placées de chaque côté d’une tige; c’est un thalle comme celui des 1 Marchanda, mais dont les parties latérales se sont divisées et amincies, tandis que le tissu central, plus fortement organisé, forme une sorte de tige. — L’organisation des archégones de ces plantes diffère peu de ce que l’on retrouve chez les mousses dans le jeune âge; mais, à l’état adulte, elle présente un fait singulier : des cellules d’une nature spéciale prennent une forme spirale qui, à la maturité, sont douées d’une élasticité qui fait projeter au loin les spores; on les nomme élatères.

Des hépatiques aux mousses la transition est insensible, si surtout on prend les organes de végétation pour point comparatif. Il n’est pas de botaniste, si surtout il a mis pour devise sur son blason cette phrase de Linné : Natura maxime miranda in minimis, qui n’ait été un peu passionné pour cette immense famille des mousses. Elle est, on peut le dire, cosmopolite : partout des mousses, du pôle cà l’équateur le pied les foule, la main les touche; aussi celles qui nous entourent peuvent suffire à nos loisirs. Leur nombre, en France, dépasse six cents espèces.

Le tissu foliacé, depuis longtemps, sert aux opticiens comme exemple à montrer aux personnes peu habituées au microscope : c’est dire qu’il est d’une organisation des plus élégantes. — L’inspection seule des feuilles peut ame-

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ner à reconnaître le genre dans beaucoup de cas; mais c’est surtout l’agencement du tissu cellulaire bizarrement déchiqueté du bord des sporanges qui présentera toujours la même figure pour une même espèce, qui sert de base à la classification. Mais disons quelques mots de l’histoire des mousses, pour faire comprendre pourquoi ces caractères immuables dans un tissu qui n’a qu’un rôle physiologique très-borné, et comment il se forme.

Une spore germe, et, de quelques filaments cellulaires qu’elle produit, surgira une petite rosette de feuilles portée sur une tige qui s’allongera plus ou moins. A son centre, si c’est une mousse dite acrocarpée , c’est-à-dire fructifiant au sommet; ou latéralement à l’aisselle d’une feuille si elle est plein ocarpée, c’est-à-dire portant ses fruits sur les côtés de la tige ; on pourra, au moyen d’un faible grossissement, voir un petit corps en forme de bouteille, ayant à peu près le même aspect que chez les hépatiques : c’est un archégone ou sporange, au sein duquel se formeront les spores. Bientôt la base de cet organe s’allonge et brise, en s’élevant, la membrane la plus externe qui l’entourait (épigone); une partie reste à la base et l’autre est entraînée et couvre le sporange, qui prendra désormais le nom d’urne, comme d’un petit bonnet, ou la coiffe, comme on dit dans le langage botanique. — Mais l’organe qu’elle recouvre est plus important. Une coupe longitudinale nous montre deux cavités latérales et une cloison centrale, c’est-à-dire un axe, la columelle; c’est à son pourtour que se sont formées les spores quatre par quatre dans chaque cellule sporidique, et les lanières de tissu qu’on aperçoit ne sont que l’analogue des élatères des hépatiques, moins leur fonction, puisqu’ici ces parties ne sont point douées d’élasticité comme ces dernières; ce sont d’autres appen-

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dices qui jouissenl de celle propriété, comme nous allons le voir. Le sommet de l’urne subit une modification qui rappelle celle dont certains fruits secs offrent l’exemple : la jusquiame et d’autres encore, c’est-â-dire que sa partie supérieure présente une solution de continuité; le rostre qui terminait l’urne (opercule) se sépare de sa partie inférieure comme un éouvefcle de sucrier.

C’est alors que le caractère si important chez les mousses peut être observé. Le tissu interne de l’archégone, au niveau de l’opercule, se déchiquette et forme des dents composées d’un ou plusieurs rangs de cellules souvent d’un aspect très-élégant. On a donné à cet ensemble de tissu le nom de péristome. Mais, fait singulier, c’est que le nombre de ces dents représente toujours un multiple de quatre, huit, seize, trente-deux et soixante-quatre; tels sont les nombres des dents du péristome dans les différents genres de mousses. Elles peuvent être sétiformes, comme dans les Barbula, ou plus larges, chez les Dicranum, enûn composées, réticulées, dans les genres Grimmiae t Coscinodon.

Ce même péristome peut être double, c’est-à-dire qu’une partie du tissu de l’archégone sera dédoublée pour former une série de dents, le péristome externe, qui sera presque toujours différente d’une autre série, le péristome interne: de là mousse à péristome double.

Le rôle physiologique de ce péristome n’est pas sans importance : il est d’abord très-hygrométrique en soi, et son incurvation en temps humide et son érection à la sécheresse favorisent la dissémination des spores de l'urne, dont il entoure l’orifice.

Si nous avons autant insisté sur ce caractère des mousses, c’est à cause de son importance, comme nous 1 avons dit, et surtout de l’urgence du microscope pour déterminer les

espèces et les genres, ce qui, avec un peu de dextérité, ne devient plus qu’un jeu, aidé d’un bon ouvrage.

Ces plantes si bien organisées, miniature de la création herbacée, sont d’un système sexuel complet; de petites rosettes de feuilles (périchèze) abritent discrètement des organes spéciaux fécondateurs nommés zoolhèques ou anthéridies, renfermant des animalcules que nous retrouvons dans les algues, doués de mouvements vibratiles, et appelés phytozoaires.

Pour être complet, il nous faudrait citer certaines mousses qui n’ont point de dents du péristome, et enfin un groupe, les andréacées, dont l’urne, au lieu de s’ouvrir par circumscission, se fend dans sa longueur pour répandre les spores qu’elle renferme.

La grande et majestueuse famille des fougères occupe le sommet des cryptogames; leur nombre immense, cinq mille espèces environ, ne paraît pas superflu en raison de la beauté et du verdoyant aspect de leur feuillage. Mais nous sommes privés des plus jolis individus de ce groupe de plantes; ses représentants en Europe sont bien limités ; c’est sous les tropiques, et surtout dans les petites îles, qu’elles ornent de préférence, qu’on les retrouve en abondance ; leur taille atteint quelquefois 25 mètres dans ces parages, tandis que nos espèces n’ont jamais plus de 20 à 30 centimètres de tige; ce qui n’exclut nullement les petites espèces, très-abondantes également dans les pays chauds.

Les fougères sont au nombre des plantes vasculaires, mais ces vaisseaux ont une forme spéciale : ce sont des cylindres à six pans, et chaque face présente l’aspect d’une échelle, de là le nom de vaisseaux scalariformes. Le tissu fibreux, très-solide dans les fougères en arbre, constitue un anneau interrompu de faisceaux noirs, si caracléris-

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tiques dans les fougères. Le reste de la tige n’est qu’un amas de tissu cellulaire spongieux qui se détruit lorsque la tige est adulte.

L’arrangement régulier des feuilles sur la tige donne à celle-ci un tatouage fort curieux.

Les caractères de ces plantes ont besoin du microscope et très-souvent de la loupe pour être distingués ; l’immutabilité de ces caractères est un don de la nature bien précieux pour une aussi vaste famille. La nervation des feuilles nommées frondes, la disposition des sporanges, tels sont les caractères les plus importants. Cette nervation est tantôt digitée ou divergente, rameuse et confluente ou anastomosée, etc. C’est toujours à la face inférieure des frondes que naissent les organes de reproduction, sauf quelques espèces, dans lesquelles c’est un rameau spécial et distinct qui les porte, comme dans l’osmonde, qu’on rencontre dans nos bois, ou certains Acrostichum , qui ont des frondes stériles et d’autres fertiles.

La disposition des sporanges forme des amas au sommet ou sur le parcours des nervures, auxquelles on a donné le nom de sores; leur réunion à la face inférieure de la feuille est très-régulière et variable pour chaque genre en général. Dans les polypodiacées, ce sera de petits paquets granuleux bien délimités; pour d’autres tribus, des lignes dans le sens de la feuille, ou bien au sommet des nervures, où sont situées les spores.

Un caractère de second ordre, quoique important, est la présence ou l’absence d’un tégument, partie de l’épiderme, recouvrant les spores d’une certaine façon; ce tégument, nommé indusium par les botanistes, est attaché par son centre à la feuille comme un petit bouclier; on dit alors que Yindiisium est pelté ; ou bien il est contracté vers le point qui lui sert d’attache, alors il est dit réni-

forme ( Âspidium ) ; puis encore il peut être en séries linéaires et s’ouvrir d’un côté ou dans son milieu, comme pour les Àspléniées. Enfin ce tégument peut manquer complètement, comme pour les Polypodiacées, les Acroslichées et d’autres sections encore.

Les sporanges ou conceptacles renfermant les spores sont construits ou agencés d’une façon bien caractéristique dans cette famille; et, chose admirable, c’est que là où le port seulement fournirait un point de repère, la nature prévoyante a marqué les sporanges ou les spores d’un signe indélébile. En effet, les groupes dont nous avons parlé jusqu’à présent ne se distinguaient entre eux que par l’absence ou la présence de Yindusium, la forme de celui-ci; mais quand il faisait défaut, la nervation devenait un bon caractère. Or on remarque que dans les Acrostichées, les Polypodiacées, les ôspkliées et les Aspléniées, les sporanges sont assez semblables, tandis que les Cyathéacées, les Gleicheniées, les Schizéacées sont la plupart du temps dépourvues à’ indu sium, et les conceptacles alors fournissent des caractères distinctifs.

Ges sporanges ou conceptacles sont munis d’une série de cellules particulières formant l’anneau élastique; cet anneau est susceptible de contraction à la maturité du sporange, et l’oblige à se rompre pour répandre ses spores. Dans le plus grand nombre des Fougères, il part du pédicelle de cet organe pour l’entourer presque complètement. D’autres fois c’est une sorte d’équateur qui oblige le conceptacle à se fendre verticalement, exemple les Gleichenia; ou bien encore ce sporange globuleux, ayant un pôle unique représenté par cet anneau élastique, se fendra dans sa longueur par le retrait de ce même anneau. Les spores, comme le pollen des Phanérogames, se présentent sous différents aspects.

ARTHUR CIIF.VAt.IRR.

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Nous ne quitterons pas celle belle famille sans parler un peu des belles observations microscopiques faites dans ces dernières années sur la fécondation des Fougères.

On sait généralement que les spores des Cryptogames sont bien différentes des graines des Phanérogames, que ces dernières sont analogues aux œufs des animaux ovipares, et qu’elles protègent chacune une plante rudimentaire, toute prête à reproduire un individu semblable à celui dont elles sont sorties.

Les spores ne sont qu’une sorte de bourgeon susceptible de germer comme une graine, mais qui ne perpétueront pas leur semblable, si un phénomène indispensable ne s’opérait postérieurement à cette germination. Une spore qui germe donne une expansion cellulaire d’un beau vert qui ne rappelle en rien la forme des feuilles de Fougères, mais plutôt le thalle d’un Marchantia. C’est au sein de ce tissu que d’un côté des archégones et plus loin des anllié • ridies se développent. Alors, si les archégones reçoivent l’influence des antérozoïdes, ils produiront des frondes semblables à la Fougère dont sont issues les spores qui les ont produits.

En passant sous silence quelques groupes peu nombreux, quoique intéressants, de Fougères, nous avons pensé que les exemples que nous avons mentionnés suffiraient à faire germer le goût de la botanique chez quelques intelligences.

La cryptogamie en particulier, si peu dispendieuse, puisque, sauf quelques groupes, ces études peuvent se faire sur des plantes sèches conservées en herbier, à l’aide d’une loupe et d’un microscope. Les Lycopodiacées, par exemple, qui se rattachent intimement aux Fougères, ont une organisation plus complète ; leur tige un peu différente, leurs sporanges de deux natures, les placenl à un

A LA BOTANIQUE EN GÉNÉRAL. llQl

degré au-dessus des vraies Fougères. Les Prêles ou Equisé-i tacées, si bien étudiées par MM. Vauchcr et Agardh, fourniraient encore d’intéressants exemples. Mais notre rôle nous fait un devoir de signaler seulement à l’attention du lecteur les principaux caractères des végétaux découverts à l’aide des instruments d’optique, en donnant une valeur et une direction toute nouvelle à la science, en la rendant plus riche aux facultés du savant et attrayante aux loisirs de l’amateur.

Circulation «le la sève.

Circulation dans les végétaux. Chara. — Aucun végétal ne laisse voir aussi distinctement ce curieux phénomène découvert par l’abbé Corti en Ml h. Plusieurs savants, parmi lesquels nous pouvons citer MM. Amici, Robert Brown, Schultz, etc., ont observé la circulation dans d’autres végétaux; mais il n’est pas très-facile de réussir dans ces expériences, tandis qu’un tube de Chara bien préparé donne toujours des résultats satisfaisants. Lors de son passage à Paris, M. Amici fit voir le Chara à plusieurs savants, et pendant quelque temps on pensa que le microscope catadioptrique de ce physicien était indispensable pour faire cette belle expérience ; mais bientôt on reconnut qu’il ne fallait qu’un pouvoir de 50 à 100 fois.

Le Baillif écrivit sur le Chara une notice, dont nous possédons le manuscrit , et qui fut insérée en partie dans le bulletin de M. de Férussac. C’est dans le travail original que nous puiserons les détails suivants.

LeCharase trouve abondamment dans divers étangs des environs de Paris. Cette plante est toujours submergée ; on se la procure en plaçant un crochet à l’extrémité d’un roseau dedix pieds, ou bien au bout d’une ficelle qu’on

AGS APPLICATION DU MICROSCOPE

lance avec force sur l’endroit où se trouve le chara. Pour emporter la plante, on la plonge dans une fiole pleine d’eau. On choisit ensuite les liges les plus fortes, qu’on met à l’aise dans une grande terrine remplie de l’eau de l’étang où le Cliara a été recueilli. Il faut éviter de ployer les tiges, car les entre- nœuds froissés ne peuvent servir. Il serait convenable de couper quelques entre-nœuds et de les suspendre par un fil dans l’eau où ils continueraient à végéter. Dans la saison chaude, ce végétal se décompose facilement; au bout d’une quinzaine de jours, il passe du vert au jaune sale et sa préparation d evientquelquefois très-difficile.

Il existe plusieurs espèces de Chara : le flexilis ou translucéns , Yhispida ou tomentosa.

Dans le premier, on aperçoit un peu de circulation à travers l’écorce, mais le second est préférable. Les entrenœuds ont de trois à quatre pouces et plus, et contiennent souvent les globules curieux dont nous parlerons plus loin.

Le Chara ne peut être soumis au microscope qu’après avoir subi certaines préparations. Il huit choisir un entrenœud bien vert et ferme, et couper les verticilles en leur laissant environ 6 à 8 lignes de longueur. On élague tous les petits jets et l’on place la tige principale dans une petite cuve de verre pleine d’eau, placée au foyer d’une loupe montée sur son pied.

On enlève l’écorce superficielle par lanières, avec la plus grande précaution, car la moindre blessure faite au tube intérieur, arrêterait la circulation à l’instant meme. Lorsqu’on est parvenu à décortiquer ce tube, il faut le racler légèrement en lui imprimant un mouvement de rotation sur lui-même. Cette opération est indispensable pour débarrasser le tube d’une couche de carbonate de

chaux qui le recouvre; on doit la pratiquer avec un canif à fil couché, qu’on dirige de gauche à droite, sans jamais racler dans le sens contraire.

Le mérithalle sera parfaitement dénudé quand on n’apercevra plus aucun corps étranger, avec une loupe de 6 lignes de foyer. Le microscope fait alors distinguer, sous une amplification de 75 à 100 fois, des lignes parallèles formées par des ovules verts régulièrement espacés, ainsi qu’une ligne où ces ovules manquent constamment et que le Baillif nommait la voie lactée.

On peut conserver cette préparation sous l’eau, mais au bout de cinq à six jours la surface du tube se recouvrira de cristaux de carbonate calcaire, qu’on pourra enlever de nouveau, mais avec beaucoup plus de soin que la première fois. Le Baillif conservait les tubes décortiqués dans une petite boîte aquatique d’une construction facile.

Il coupait des bouts de gros tubes de verre et les fendait en deux, suivant leur longueur, avec un diamant. Deux carrés de plomb cimentés aux extrémités, maintenaient le demi-tube dans la position horizontale.

11 plaçait le mérithalle décortiqué dans cette petite cuve pleine d’eau et la recouvrait avec une lame de verre qui retardait l’évaporation du liquide et le mélange des corpuscules voltigeant dans l’atmosphère. Nos petites auges à parois planes sont d’une grande utilité pour celte expérience.

Les variations de la température, la décortication déjà ancienne, et même des ligatures pratiquées sur le tube, n’ont aucune influence sur la circulation.

Si l’on examine l’un des courants, à droite ou à gauche de la ligne médiane, on verra qu’il suit toujours la même direction; mais si l’on place celte ligne de manière qu’elle occupe exactement le milieu du champ du microscope, on verra les molécules entraînées dans un double courant

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de droite à gauche et de gauche à droite. Au moyen d’une montre à secondes ou d’un pendule, on peut calculer le temps qu’un globule met à traverser le champ.

En prolongeant l’observation, il sera facile de s’assurer que les molécules flottantes peuvent passer d’un courant dans l’autre, et ce fait est important, car il prouve d’une manière évidente qu’il n’existe pas de diaphragme sur la ligne médiane. Si l’on trempe pendant un instant l’une des extrémités du tube dans de l’eau légèrement acidulée avec du vinaigre ou de l’acide hydrochlorique, la circulation cesse au bout de quelques minutes.

Le 21 octobre 1827, le Baillif vit sur un Chara conservé depuis dix jours de longues séries de molécules vertes se disjoindre, se soulever et marcher dans le torrent de la circulation; bientôt une grande partie de l’intérieur du tube fut si bien dénudée, qu’on voyait les molécules vertes se mouvoir à peu près comme un train de bois brisé; on continuait néanmoins à distinguer les molécules de la circulation habituelle qui flottaient pêle-mêle. Dans plusieurs endroits, il se forma des obstructions considérables.

La circulation ordinaire persiste pendant plusieurs jours et ne se ralentit pas pendant la nuit. Si l’on veut suivre la marche des molécules, il faut, suivant la méthode de l’abbé Corti, choisir un petit rejeton tenant encore à un des verticilles et dont la surface est peu chargée de carbonate calcaire, qui probablement ne s’amasse que sur la plante adulte. En observant ce petit rejeton vers son extrémité transparente, on reconnaîtra le mouvement circulatoire, et si l’on suit deux ou trois molécules dans leur course, on les verra se contourner à l’extrémité du rejeton et revenir dans le sens opposé.

On rencontre quelquefois dans un mérithalle des sphères ou globes en assez grand nombre, qui se meuvent les uns

par-dessus les autres, se dépriment, prennent une forme ovale, suivant les pressions qu’ils éprouvent, et crèvent quelquefois en mêlant leur contenu au fluide circulatoire; plus lard, on voit de petits globes se reformer et voyager dans le liquide. Avec un bon éclairage, on distingue nettement l’épaisseur de la tunique sphéroïdale, ainsi que les molécules qu’elle renferme.

Ces dernières sont diaphanes, de formes très-variées, cl sujettes à des transpositions produites par la compression et le mouvement imprimés aux sphères.

Si l’on suspend un tube de LAaradans l’eau par une de ses extrémités, les sphères tombent à la partie inférieure, et elles suivent encore la même direction lorsqu’on retourne le tube. On peut examiner le phénomène avec une loupe ordinaire. Quand on veut observer isolément les sphères, il faut couper l’entre-nœud qui les contient et exprimer le fluide sur une lame de verre, alors les sphères se montrent comme autant de gouttes de suif parfaitement distinctes.

M. J. Holland a décrit un moyen fort ingénieux pour étudier la circulation sur de jeunes pousses AeChara. On renferme une jeune pousse de ce végétal dans un des petits porte-objets faits avec le blanc de plomb et remplis d’eau. La lamelle supérieure est percée sur le côté d’une petite ouverture. L eC/iara continue à végéter jusqu’à ce qu’il remplisse toute la cavité, et peut-être, ajoute M. Holland, parviendra-t-on à découvrir les causes de la circulation, en examinant le végétal aux diverses époques de son développement.

L’ouverture de la plaque supérieure permet de renouveler le liquide à mesure qu’il s’évapore. On pose sur ce petit trou un fragment de verre mince qui le ferme exactement et retarde l’évaporation.

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M. Schullz observa la circulation de la sève dans plusieurs végétaux, entre autres, dans les stipules du ficus elastica. On rend ces stipules transparentes en enlevant la couche superficielle qui laisse à nu une partie blanche, fibreuse, transparente, dans laquelle on voit très-bien la circulation de la sève. La feuille de la Chélidoine présente le même phénomène sans exiger autant de préparation ; il suffît de la placer sur le porte-objet et de l’observer au soleil, mais on ne réussit pas toujours.

Le Baillif observa également cette circulation dans le figuier commun. On comprend que, pour ces expériences, il faut toujours employer des végétaux non fanés.

M. Schultz donna à le Baillif une liste des plantes dans lesquelles il avait observé le plus facilement la marche de la sève; nous la transcrivons ici, telle .qu’elle nous a été laissée par M. le Baillif :

Cliélicloine (foliole du calice),

Salsifis (feuille),

Pissenlit (feuille),

Alistna plantago (plantain d’eau).

Ficus elastica (stipules),

Figuier ordinaire.

Platane,

Stipules d’érable,

Mûrier blanc,

Aloès (tige et étamines),

Angélique.

Impéraloire et presque toutes les Ombellifères qui ont des sucs colorés, Bryonc blanche,

Euphorbe (moelle),

Asclépiade,

Arroche,

Laitue ordinaire,

Chiendent,

Tragopogou des prés et presque toutes les Chicoracées.

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LeXLIX0 volume des Transactions de la Société des Arts (; Transactions of the Society of Arts , etc.) contient un mémoire de M. H. Slack, sur la circulation observée dans le Ni te lia flexilis, YHydrocharis morsus ranœ, le Tradescantia virginica, observée d’abord par le docteur Brown et décrite dans son mémoire sur les Orchidées. — M. Slack signale encore les poils de la corolle d’une espèce de Penstemon, les stipules du Ficus elastica décrites par M. Schultz, et enfin la Chélidoine observée par le même auteur. Relativement à cette dernière, M. Slack nous apprend que le phénomène ne se manifeste pas lorsque la feuille est encore attachée à la branche, mais qu’il devient évident aussitôt qu’on l’a détachée. Nous avons dit que cette expérience ne réussissait pas toujours; il est possible que l’insuccès de nos tentatives dépende seulement d’une mauvaise préparation. Nous recommandons aussi à nos lecteurs le travail deM. Varley et le supplément de M. Solly, consignés dans le XLVIII0 volume du même recueil. Ces mémoires sont remplis de détails intéressants sur la circulation et l’organisation des végétaux.

Le ■pollen présente un spectacle très-curieux lorsqu’il est placé dans certains liquides et soumis au microscope; jetés sur une goutte d’eau, les grains polliniques se meuvent en différents sens et éclatent en lançant un nuage de petites granulations ou des boyaux qui se contournent de différentes manières. M. Raspail a reconnu que l’acide hydrochlorique et l’ammoniaque liquide produisaient le même effet.

Il faut placer une petite goutte d’eau sur une bande de verre et déposer le pollen dans le liquide. C’est encore des notes de le Baillif que nous extrayons les exemples suivants.

Pollen de Chicorée sauvage. — Mis en contact avec

APPLICATION DU MICROSCOPE

l’eau, il cesse d’être sphérique et présente plusieurs mammelons ou gibbosités. Ces grains de pollen sont en général attachés ensemble par un ou deux petits filets.

P. de Balsamine. — Produit des boyaux très-transparents qui s’allongent pendant plusieurs jours et ont sept cà huit fois la longueur du grain de pollen.

P. d’Onagraire. — Présente un cordon d’attache trèslong quand il est unique, se gonfle quelquefois extraordinairement dans l’eau ; enfin il éjacule une grande quanlilé de molécules ovales et rondes. Plusieurs grains de ce pollen poussent des boyaux cylindriques.

P. de Houblon. — Éjaculation très-vive, la semence a un mouvement de locomotion très-visible.

P. de Lavande. — Chaque grain contient trois molécules ovoïdes- qui peuvent égaler le diamètre du grain, alors il crève et l’on aperçoit sa capsule très-diaphane.

P. d’É pinards. — Se gonfle beaucoup, mouvement de recul, éjaculation diffuse de molécules de grosseurs diverses, parmi lesquelles on distingue parfaitement les molécules ovales.

P. de Coloquinte. — Très-gros, sphérique, quelquefois mais rarement hirsuté, il se gonfle beaucoup dans l’eau à la circonférence. Dans les premiers moments de 1 immersion, on voit autour du pollen beaucoup de molécules rondes qui se meuvent pendant plus d’une heure en sens divers et à distance du pollen qui éjacule largement niais avec lenteur.

P. de Cactus à feuilles courtes. — Sphérique, lisse, gris cendré, produit quelquefois un long boyau, dans d’autres circonstances on voit se former une, deux ou trois vésicules. Quelques-uns de ces grains éjaculent une matière noire, et l’on voit souvent autour d’eux des corpuscules mobiles.

Le Baillif a vu éjaculer du pollen de Maïs conservé dans un cornet pendant deux ans; il a observé le même phénomène sur celui du tournesol, et M. Raspail sur celui de y Ile liant hum annuus.

P. de Violette marine. — Très-abondant, sphérique, diaphane, hirsuté, recule vivement à l’instant de l’éjaculation.

P. de Valériane. — A sec il est ovale, cloisonné, presque transparent; dans l’eau il devient à peu près sphérique et beaucoup plus opaque qu’après l’éjaculation. Au moment qui la précède, on voit se former une vésicule très-diaphane, égalant en volume à peu près le tiers du globule, elle se déchire et donne passage à une grande quantité de poussière. Cette expérience' réussit toujours avec rapidité.

P. de Scabieuse. — Ne change pas de forme dans l’eau, quelquefois on voit naître une vésicule. L’éjaculation a lieu au bout de quinze secondes ou une minute, elle est vive, mais ne se fait pas à une grande distance.

P. de Rose tre'mière. — Opaque, très-hirsuté, après quatre ou cinq minutes de gonflement, il éjacule lentement par deux, trois et quatre endroits différents, les granules polliniques sont très-noirs et paraissent avoir une grosseur uniforme.

P. de Lis jaune. — Locomotion même à sec. Il est ovoïde, lisse, réticulé, plus ou moins coloré en gris cendré, éjacule par le côté, mais il faut le prendre sur une anthère déjà passée.

P. de Luffa fœtida. — Rond, jaune, lisse, donnant des résultats variables d’après son degré de maturité. Dès qu’il est en contact avec l’eau, on voit se former trois vésicules diaphanes, d’où part souvent l’éjaculation. Parfois, il se forme un gros boyau qui peut égaler deux ou trois fois le diamètre du grain pollinique et qui est rempli de

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semence noire immobile; quelquefois ce boyau s’allonge et crève, alors on voit marcher la semence vers l’extrémité ouverte.

P. de Maïs. — Se globalise et devient opaque dans l’eau. Après l’éjaculation qui est vive et abondante, le grain devient presque transparent.

P. de Lopesia racemosa. — Se présente toujours sous une forme triangulaire, mais après une minute de séjour dans l’eau, on voit se former à chaque angle une vésicule Irès-diaphane. Ces grains sont pourvus d’un ligament chevelu d’une grande ténuité. Ils éjaculent quelquefois.

Nous ne prolongerons pas celte liste, et nous laisserons à nos lecteurs le plaisir de l’augmenter par des recherches pleines d’intérêt, dont ils se procureront facilement les matériaux.

Nous ajouterons ici quelques observations fort intéressantes dues au professeur Belleroche (d’Anvers) : — On peut recommander particulièrement aux jeunes micrographes l’étude de l’admirable structure des fibres delà pellicule inférieure de l’anthère de diverses fleurs ; c’est un sujet que Dujardin me paraît avoir traité avec un peu trop de concision, et pour lequel l’ouvrage de Purkinje : De cellulis antherarum f ïbrosis , lui offrait tous les matériaux désirables.

D’après Purkinje, les formes les plus remarquables de ces fibres sont :

Les spiralées : dans l’anthère du Narcissus poeticus Populus alba, Lonicera tatarica, Datura stramonium , Cheiratus cheiri.

Les anmdair es : dans Y Iris florentina , Hyacinthus orientalis , Convallaria, encore le Cheiranthas cheiri, etc.

Les réticulaires : dans le Fritillaria imperialis, Tulipa gesneriana, Viola odorata, Saxifraga umbrosa.

Les arquées : clans le Nuphar lulea, Bryonia dioica , Cynoglossum, Pulmonaria , Primula smensis, Passif or a cœrulea, Ligustrum vulgare, Cucurbita pepo , Piras, Lupinus, etc. Le Cucurbita pepo surtout est très-remarquable, j’en dirai encore un mot plus loin.

Les fibres courtes et droites : clans Y Arum, le Calla œthiopica , Calceolaria, Delphinium , Anemone, etc.

Les mêmes fibres, mais convergeant vers le centre du côté supérieur de la cellule, assez souvent en forme d’étoile, dans le Corydalis lutea , Impatiens, Fumaria, Cereus speciosus, Polygonum, Tropœolum majus (très-beau), etc.

Les verticales : fibres très- courtes, nombreuses et serrées, en forme de dents ou peclinées dans les Graminées, Myosotis, Phlomis, Robinia , Chelidonium majus, Magnolia, Lirioclenclron, Dahlia, Leontodon, Solülago, Bellis perennis, Géranium, Pélargonium, Pinus , Cupressus, Juniperus, mais surtout remarquables dans Y Adonis œstivalis et vernalis.

Plusieurs de ces fibres exigent un fort grossissement et il y en a même qui, par leur excessive ténuité, pourraient être rangées parmi les tests ; un objectif qui pèche par la diffraction rend leur observation extrêmement difficile.

Ces pellicules d’anthères, ou des fragments, peuvent se conserver parfaitement sous verre dans une solution de chlorure de calcium (1-3), mais leur préparation offre plus ou moins de difficulté. J’y ai réussi par le procédé suivant.

Lorsque l’anthère est assez grande, comme celle des Cereus , Tropœolum, Lilium, etc., onia coupe parle milieu dans sa plus grande largeur et dans sa longueur, on laisse tremper les deux moitiés dans de l’eau très- claire, pendant une heure au moins ; on les pose ensuite sur une plaque de verre et on les presse ou travaille avec le dos d’un

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tuyau de plume d’oie fondue en deux pour être plus souple. — Après avoir dégagé ainsi l’anthère de tout le pollen, on la lave dans l’eau , et on la reporte sur la plaque de verre, qu’on a eu soin de nettoyer. — En continuant la pression, assez fortement même au besoin, on parvient à dégager des fractions suffisamment grandes de la pellicule intérieure pour montrer très-nettement les cellules et leurs fibres, mais un dernier lavage est nécessaire avant la préparation définitive.

Je recommande de prendre les anthères avant le parfait épanouissement de la fleur, parce qu’elles sont plus faciles à partager en deux. Celles qui sont trop petites pour être coupées, telles que l’anthère du Bellis perennis, Cheiranthus cheiri, etc., doivent nécessairement être soumises à la pression telles quelles, après avoir trempé pendant un temps suffisant pour les ramollir autant que possible.

L’anthère du Cucurbita pepo, tant après qu’avant la floraison, est épaisse et charnue, et une pellicule me parait introuvable, mais une coupe excessivement mince de cette anthère dans les deux sens, verLical et horizontal, suivie de la trempe et du lavage, sans pression aucune, donne un résultat parfait.

Quelquefois, quoique assez rarement, on obtient, par une coupe et une manipulation plus heureuses qu’adroites, la forme complète de l’anthère, sans aucune déchirure, et c’est ce qui m’est arrivé pour celles du Cereits, du Tropœolum , du Lilium canclidum , du Tradescantia virginica (cellules très-allongées et pectinées), du Poletnonium, etc.

Nous espérons que ces notions générales de botanique feront de nouveaux adeptes ; mais il faudra, pour faire des éludes profitables, recourir nécessairement aux œuvres des maîtres, aux travaux des de Jussieu, Brongniart, Payer,

A LA BOTANIQUE EN GÉNÉRAL. k~$

Schacht, Ilarling, de Candolle, Richard, Bâillon, Cosson, Duchartre, Wagner, Smith, etc., etc.

Les gens du monde pourront consulter, un très-hon ouvrage qui vient de paraître dans ces derniers temps à la librairie Hachette, et qui est dû au savant écrivain M. L. Figuier. Son Histoire des plantes est fort claire, trèsattrayante et à la portée de toutes les intelligences. Ajoutons à cela que ce livre est illustré d’une façon scientifique et artistique par M. Louis Faguet, dont le talent si connu de tous n’a pas besoin d’éloges, et l’on verra que les amateurs de sciences naturelles doivent posséder Y Histoire des plantes , de M. L. Figuier.

Un autre charmant ouvrage, intitulé la Plante , a paru dernièrement aussi chez Hetzel. Ce livre, très-bien illustré, est dû à M. Grimard. Le premier volume contient l’organographie, le second la classification. Nous ne saurions trop recommander ce livre, car il est écrit d’une façon tout à fait savante et poétique. Les descriptions de M. Grimard sont pleines de charme et d’intérêt; tout admirateur de la nature ne pourra se passer d’un ouvrage écrit par un ami passionné de la plante, qui s’est donné pour but de vous apprendre la botanique, en vous conduisant de récits en récits, tous plus séduisants les uns que les autres : délicieuse manière de présenter l’étude de la nature, malheureusement trop oubliée, et qui rappelle une ravissante école, celle des Rousseau et des Bernardin de Saint-Pierre.

Nous recommanderons aussi à nos lecteurs les mémoires de M. Henri Van Heurck. Ces mémoires se trouvent chez M. A. Delahaye. L’un d’eux, sur le microscope et la botanique, est dédié cà M. Adan, savant botaniste de la Belgique.

APPLICATION DU MICROSCOPE

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