‹ L'étui de nacre; 106th edChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De !a rencontre que fit monsieur saint Bertaald dw deux sœors Olive/ie et Liberetls.

Or, un jour, comme il s'en allait, accablé de fatigue et de douleur, il rencontra deux jeunes filles qui sortaient de leur château pour se rendre au bois. Ayant fait quelques pas vers elles, il se tint à distance, de peur de les effrayer, et leur dit :

— Jeunes vierges, entendez : je suis Bertauld, fils de Théodule, roi d'Ecosse. Mais j'ai dédaigné les couronnes périssables, afin d'être digne de recevoir de la main des anges, la couronne éternelle. Et je suis venu, dans une barque conduite par un cygne, vous porter la bonne nouvelle.

*8 l'étui de nacrk

— Sire Bertauld, répondit l'aînée. Je me nomme Oliverie, et ma sœur se nomme Liberette. Notre père, Thierry, qu'on nomme aussi Porphyrodime, est le plus riche seigneur de la contrée. Nous écouterons volontiers tes bonnes paroles. Mais tu semblés accablé de fatigue. Je te conseille d'aller nous attendre chez notre père, qui, en ce moment, boit la cervoise avec ses amis. Il te donnera sans doute une place à sa table, quand il saura que tu es un prince d'Ecosse. Au revoir, sire Berthauld. Nous allons, ma sœur et moi, cueillir des fleurs pour les offrir à Diane.

Mais l'apôtre Bertauld répondit :

— Je n'irai pas m'asseoir à la table d'un païen. Cette Diane, que vous croyez une vierge du ciel, est, en réalité, un démon de l'enfer. Le Dieu véritable est unique en trois personnes, et Jésus-Christ, son fils, s'est fait homme et est mort sur la croix pour le salut des hommes. Et je vous le dis en vérité, Oliverie et Liberette, une goutte de son sang a coulé pour l'une et l'autre de vous.

Et il leur ^parla avec tant de chaleur des saints mystères que le cœur des deux sœurs

SAINTS OLIVERIB ET SAINTE LIBERETTE 49

en fut ému. L'aînée prit de nouveau la parole :

— Sire Bertauld, dit-elle, vous révélez des mystères inouis. Mais il n'est pas toujours facile de distinguer la vérité de l'erreur. Il nous en coûterait de quitter l'amour de Diane. Toutefois, faites-nous paraître un signe de la vérité de vos paroles et nous croirons en Jésus crucifié.

Mais la plus jeune dit à l'apôtre :

— Ma sœur Oliverie demande un signe parce qu'elle est prudente et pleine de sagesse. Mais, si votre Dieu est véritable, sire Bertauld, puisse-je le connaître et l'aimer sans y être forcée par un signe!

L'homme de Dieu comprit à ces paroles que Liberette était née pour devenir une grande sainte. C'est pourquoi il répondit :

— Sœur Liberette et sœur Oliverie, je suis résolu à me retirer dans cette forêt et à y mener la vie érémétique, qui est belle et singulière. Je vivrai dans une cabane de branchages et me nourrirai de racines. Sans cesse, je demanderai à Dieu de changer le cœur des hommes de cette contrée et je bénirai les fon-

laines afin que les dames fées n'y puissent plus venir pour la damnation des pécheurs. Cependant, ma sœur Oliverie recevra le signe qu'elle a demandé. Et un guide, envoyé par le Seigneur, vous conduira toutes deux à mon ermitage, afin que je vous instruise dans la foi de Jésus-Christ.

Ayant parlé de la sorte, saint Bertauld bénit les deux sœurs par l'imposition des mains. Puis U entra dans la forêt pour n'en plus jamais sortir.

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