LE BUT DES MIRACLES DE LOURDES
Quel a été le but de la Très Sainte Vierge en apparaissant à Lourdes et en demandant qu'on élevât une « chapelle » sur les rochers de Massabielle et « qu'il y vînt du monde »? Faire de Lourdes un centre eucharistique.
En même temps, la Providence voulait par là montrer au monde, de la manière la plus gracieuse et la plus saisissante, comment nous devons aller à Jésus par Marie, comment Marie mène à Jésus : à Jésus divin et adorable Thau-
Pourquoi les
apparitions de Lourdes?
Pour l'Eucharistie et sa gloire. — A l'Eucharistie
par Marie. —
Union de
Marie et de
24G i "eucharistie intime
maturge, Source suprême de la conversion, de la sanctification, de la sainte joie...
Xous voyons d'abord Marie prendre à son compte et sous son nom beaucoup de miracles; mais le but que dès lors elle visait, c'était que son divin Fils renouvelât à Lourdes les miracles de la Palestine.
Et dans ce renouvellement des miracles évangéliques, il nous semble que l'union de Jésus et de Marie pour l'œuvre de la grâce et pour tout bien divin ressort admirablement.
Xous bénissons Marie glorifiant son divin Fils et conduisant à lui les âmes; nous adorons Jésus y couronnant sa Mère bien-aimée du plus magnifique diadème qui se puisse voir ici-bas.
L'union, en particulier, de Marie avec l'Eucharistie n'y est-elle pas tout particulièrement remarquable?
Voilà bien votre Cœur toujours, ô Vierge et Mère immaculée! Vous voulez amener les âmes à votre Fils : ainsi faisiez-vous à l'Epiphanie... dans vos courses en Judée à la suite de votre FiK dans votre présence au Calvaire, dans l'Eucharistie, dans le ciel.
Celui qui vient vous visiter à Lourdes et ne retourne pas à son foyer emportant plus de dévotion envers l'Eucharistie, plus d'union à Jésus, n'a pas compris complètement vos célestes visées dans votre grande manifestation.
Les plus grands des miracles de l'Eucharistie
l'eucharistie et l'ordre surnaturel 247
conversion.
à Lourdes, ce sont des miracles de conversion et de vie. Lisons devant Dieu cette page d'un^ homme grave et qui connaît au mieux Lourdes (1).
« Il y a quelques années, un médecin de Ver- un miracle <ie sailles, venu avec un compagnon de voyage, se rendit à l'esplanade du Rosaire. Les malades, étendus tout autour, attendaient le passage du Saint Sacrement.
Lui, plaisantait sur ce spectacle. Il ne croyait pas au miracle.
Néanmoins, apercevant une personne qui respirait à peine, et qui portait sur son visage et dans ses yeux éteints les indices d'une mort prochaine, il voulut l'examiner de plus près et dit à son compagnon :
« En voilà une qui n'en a pas pour longtemps ! Ah! si celle-là guérissait?... Mais il n'y a pas de danger! »
Le Saint Sacrement approche; les invocations retentissent, tout le monde prie les bras en croix et s'écrie : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir! Et tous répètent trois fois là même supplication.
Un haussement d'épaules et un sourire témoignent que notre médecin persiste dans son doute incrédule.
Mais à peine l'Hostie est-elle passée, voici que,
(1) Nous ne pouvons dans ces Élévations sur les miracles eucharistiques qu'en appeler aux spécialistes.
L ErCIIAKlSTIE INÏIMK
* P. Bailly :
Retraite du Pèlerinage national à Lourdes, pp. 125, 126.
(Paris, Bonne Presse. )
* Cf.
Bertrin :
Histoire critique des éoéne-
tout à coup, la moribonde se dresse sur son séant ! Elle se lève, elle veut marcher.
On s'empresse de la couvrir de châles, on a presque peine à la rejoindre; elle est déjà derrière le dais et le suit, alors que depuis longtemps elle n'avait pu quitter son grabat.
Notre médecin devenu blême, la regarde attentivement, la suit des yeux, aussi loin qu'il peut. Visiblement troublé, il dit à son ami : « Xe restons pas ici, allons à l'hôtel. »
Arrivé dans sa chambre, il tombe sur une chaise, prend sa tête dans ses mains, se met à pleurer à chaudes larmes :
Mon ami, dit-il, je n'en peux plus, je suis terrassé: va me chercher un prêtre, je veux me confesser *. »
Si Marie attire ainsi des visiteurs, parfois de pays lointains et de régions morales plus lointaines encore, vers l'Eucharistie pour qu'ils y trouvent la vie de l'âme (1): elle y appelle aus->i une multitude de malades, pour qu'ils y soient guéris. Ce serait bien édifiant de faire le départ des miracles eucharistiques à Lourdes. Nous devons nous contenter ici de quelques faits.
Madame Rouchel *, de Metz, était dévorée par un affreux lupus qui, entre autres ravages, avait perforé la joue droite, perforé aussi le palais, et
(1) Cf. exemples de couver- ions : Boissarie : Lourdes, les Guérisons, Troi> stries (Paris. Bonne Presse), t. I. pp. TD, 108; t. II. pp. 100, 102; t. III, pp. 44, 45, 50, 73...
l'eucharistib et l'ordre surnaturel 249
fait au dos une plaie purulente. De là un état ments de Lourdes plus affreux qu'on puisse rencontrer. Par une d"'etPpp3535^ sorte d'horreur d'être vue, elle s'est réfugiée 53fi- (Paris,
Lecoffrc
derrière le grand autel du Rosaire, d'où part, et 1905.) où revient après la procession solennelle la Un miracle de
r L guenson d un
Sainte Eucharistie. Là, à la rentrée du Saint lupus horrible. Sacrement, et aux piscines quelques instants après, elle est complètement guérie. Il semble que Notre-Seigneur et la Sainte Vierge se soient unis tout particulièrement pour opérer cette merveille *. * /*w..p.307.
Lisez aussi dans l'excellent livre de critique un miracle de
1 ■ , • 1 •• -i 1 • restauration
historique que nous venons de citer, la descrip- de tout |»orga. tion du mal de Gargam, et celle de sa guérison, nisme. les attestations des médecins, les divers jugements qui condamnent la Compagnie d'Orléans à une très importante indemnité, à une pension viagère élevée, po&r l'accident extrêmement grave dont elle est responsable : l'offre que fait la Compagnie de lui servir une pension viagère de douze mille francs : parce que cette pension ne durera guère, tant l'état de Gargam donne à penser qu'il mourra bientôt. Lisez sa guérison instantanée et parfaite au passage du Saint Sacrement.
Employé de la Compagnie d'Orléans, Gargam fut, par le choc terrible d'un train contre le sien, lancé à dix-huit mètres.
« Alors commença pour lui une sorte d'agonie, qui dura plus de vingt mois. Il était couvert de
plaies sur les jambes et à la tête; il avait aussi une fracture de la clavicule.
« La fracture et les plaies guérirent assez rapidement, mais le terrible choc avait produit dans l'organisme des désordres intérieurs dont les effets sensibles prouvaient l'extrême gravité. Il était paralysé de la ceinture jusqu'aux pieds, et * op. cit., l'alimentation demeurait impossible *. » p. 334. K jjans ces conditions, l'épuisement devint
bientôt extrême. Le blessé ne fut bientôt qu'un squelette. Déjà toute la partie inférieure de son corps était insensible, inerte d'elle-même, et d'une rigidité qui ne lui permettait de recevoir
* ibid., P. 336. du dehors aucun mouvement *. »
Enfin se déclara « la gangrène. La mort envahissait les extrémités. On ne songea même pas à enrayer le mal qu'on savait incurable, et dont le malade ne souffrait pas, toute la partie inférieure du corps était insensible comme un
* ibid., p. 337. cadavre *. »
Si bien qu'un des tribunaux, pour prononcer une indemnité et une rente viagère considérable, déclare que la Compagnie « l'a réduit au plus pitoyable des états, et qu'elle a fait de lui une
* ibid., p. 338. véritable épave humaine * ».
Puis suivez-le dans son voyage douloureux, et, il faut le dire, aventureux, à Lourdes. Là « Dieu paraissait ne pas l'entendre. A quatre heures, couché sur le passage du Saint-Sacrement, il semblait plus pâle et plus épuisé que jamais; les
l'eucharistie et l'ordre surnaturel 251
fatigues du voyage, les émotions de la journée avaient usé ses dernières forces.
a Tout à coup, il perd connaissance. Ses voisins considèrent avec épouvante ce visage effrayant, devenu tout bleu. On le touche, il est froid.
« Il faut l'emmener, dit quelqu'un, on ne peut le laisser mourir ici devant tous ces malades, que ce spectacle va trop péniblement émouvoir.
« Déjà on saisit son brancard, on se dispose à l'emporter.
u Non, laissez-le de grâce, s'écrie une personne de son entourage; s'il meurt, je couvrirai sa tête et personne ne s'apercevra de sa mort *. » * cr.
Et voici que sur l'heure il est parfaitement ^w,R™N' guéri et se rend au Bureau des constatations pp- 344, 345. où soixante médecins peuvent juger des faits. Dans ces constatations, dans ces descriptions, dans ces certificats de médecins et dans les jugements des tribunaux... je crois entendre un hymne magnifique de Jésus en L'honneur de sa Mère et de Marie en l'honneur de Jésus.
Et ce même hymne on a pu l'entendre cent fois depuis les nombreuses guérisons obtenues le jour où l'on inaugura les processions du Saint Sacrement (1).
(1) Voir des exemples de miracles opérés par le Saint-Sacrement, dans Boissarie, op. cit., t. I, pp. 82, 95, 107; — t. II, pp. 69, 83, 107; — t. III, surtout V Introduction, et le chapitre I et pp. 37, 55, 85...