EN GÉNÉRAL
• L'Histoire est pleine de ces manifestations merveilleuses, destinées à réveiller la foi des peuples, à confondre l'impiété, à punir l'audace des sacrilèges, ou à récompenser la confiance et la ferveur des fidèles...
' Bien cfue la vérité de la présence réelle repose sur les preuves invincibles de la révélation et de l'enseignement de l'Église, Dieu a voulu ajouter à cette lumière faite pour l'esprit des preuves sensibles qui frappent davantage les masses. >•
P. Couet : Les miracles historiques du Saint- Sacrement.
(Paris, 1898, Bureau des œuvres eucharistitpues, 23, avenue Friedland. i
TRENTE-SEPTIÈME ÉLÉVATION
L'Eucharistie et l'Ordre surnaturel (Miracles eucharistiques en général).
Voilà deux grandes leçons, entre autres, que nous donnent les miracles de Lourdes et de Paray.
Nous allons en trouver d'aussi importantes dans les miracles accomplis ailleurs, un peu partout dans le monde entier, sur l'Eucharistie même, et qui lui sont, pour la plupart, comme intrinsèques (1).
Toujours, évidemment, les miracles eucharis- Les miracles
, i, i i •> i -r» ' -il eucharistiques
tiques vont d abord a prouver la Présence réelle; ont tous pour et si on les prend dans l'ensemble, ils la prouvent fin géneral<; dc
r r prouver la
dans toutes Ses lignes. Présence
Cependant, presque toujours, ces miracles presque touvisent une autre fin bien utile à saisir: ils veulent i°urs lls v,s£nt
une autre fin
dire que, non seulement la Personne de Notre- spéciale. Seigneur revit tout entière dans l'Hostie, mais que ses mystères passés s'y perpétuent, avec leur grâce de vie, leurs leçons...
Et si je veux répondre pleinement aux voies de Dieu, outre les grandes leçons sur la foi eucharistique à recueillir toujours, au cours des
(1) Nous avons parlé ailleurs des prodiges qui rentrent dans la nature même du mystère eucharistique.
L "KUCII VRISTIE INTIME
siècles, je dois chercher avec une pieuse curiosité quelle direction spéciale les miracles eucharistiques donnent à ma vie spirituelle.
En vérité, je me demande, grand Dieu, si j'ai une bonne fois songé à recueillir ces leçons, si je vous ai demandé, au nom de la puissance et de l'amour dont tous ces miracles témoignent, de féconder ces leçons dans ma vie!
LES MIRACLES EUCHARISTIQUES NOUS DISENT QUE JÉSUS REVIT AU SAINT SACREMENT DANS TOUTE SA PERSONNE ET DANS TOUS SES MYSTERES
Base de tout miracle eucharistique : la Présence réelle. Ne jamais oublier cette idée principale.
Nous voulons
plutôt méditer
comment ces
miracles nous
rappellent les
mystères de
NTotre-Sci-
gneur.
Sa Chair et son Sang revivent : tels miracles donnent à l'Hostie les apparences de la Chair, au Vin consacré les apparences du Sang. Des miracles nous font saisir comment le Précieux Sang est, aussi bien que le Corps de Jésus, sous l'espèce du pain. D'autres nous pressent d'adorer tout particulièrement sa Divinité, sa majesté, sa royauté, sa puissance qui déroge aux lois de la nature avec une souveraine aisance.
Remarquez les quelques traits que nous allons citer à ce point de vue de la foi, et vous verrez comment tous travaillent à la confirmer sur tel ou tel point de la doctrine eucharistique. Mais nous voulons plutôt méditer comment tous les
l'eucharistie et l'ordre SURNATUREL '20]
mystères de Notre-Seigneur demeurent, et pour nous nourrir, dans le Saint Sacrement; comment nous sommes particulièrement invités à honorer tel mystère et à implorer telle grâce...
Il est des miracles qui semblent trahir cette préoccupation divine de nous faire honorer et aimer tous les mystères ensemble de Jésus dans l'unique mystère de l'Autel.
Dans l'église de Saint-Amé de Douai, en 1254, une hostie tombée par mégarde « s'éleva du sol, aux yeux du prêtre qui voulait la reprendre et alla d'elle-même se placer sur le purificatoire. Le prêtre appela immédiatement les chanoines qui aperçurent un bel enfant couché sur l'Autel... » Cantimpré, venu pour voir l'hostie miraculeuse, « aperçut Xotre-Seigneur dans l'âge mûr et de grandeur naturelle. Le Sauveur portait une couronne d'épines sur la tête, et des gouttes de sang coulaient le long de son front... Pendant ce temps, d'autres le voyaient sous différentes formes : les uns attaché à la Croix, les autres comme Souverain Juge des vivants et des morts, mais la plupart sous les traits d'un enfant *. »
« Tel est, ajoute le P. Faber, le récit d'un homme parfaitement digne de foi, et qui, quoi qu'on puisse reprocher à son défaut de critique comme historien, mérite cependant d'être cru lorsqu'il vient à raconter des faits dont il a été le témoin oculaire. »
J'aime à voir dans des miracles de ce genre
Miracles i|ui nous invitent à contempler dans l'Eucharistie tous les mystères de Xotre-Seigneur.
Miracle de Saint-Amé de Douai.
* P. Faber :
Le Saint- Sacrement, t. II, p. 363.
un conseil divin qui nous est donné d'étudier Jésus résidant au Tabernacle, dans tous les mystères de l'Enfance, de l'Age mûr, du Calvaire et de la Vie ressuscitée. Je n'écouterais pas bien votre divin Cœur, ô Sauveur, si je me bornais devant l'Eucharistie à un seul mystère. Ce ne serait pas en voir la longueur, la largeur, la profondeur, l'immensité. Nous devons nous efforcer de nous faire une âme large comme la vôtre.
MIRACLES QUI NOUS INVITENT A HONORER, DANS L'EUCHARISTIE, LA SAINTE ENFANCE
pourquoi les H nous semble qu'il n'est point d'apparition fr^Puent°esS de miraculeuse plus fréquente dans l'Eucharistie l'Enfant-jé- qUe celle de l'Enfant Jésus.
sus dans 1 \ 1 n-n
rEucharistie. Est-ce parce que le mystère de 1 Enfance et le mystère de l'Eucharistie se/ ressemblent admirablement par l'obscurité, le silence, la vie cachée?...
Lisez sur ces apparitions le livre excellent et bien documenté que nous avons conseillé. soissons. A Soissons, en 1115, un enfant voyait Notre-
Seigneur dans l'Hostie. Sans être intimidé par la présence de nombreux assistants, il s'écriait : « Mère, voyez donc comme il est beau le petit
l'eucharistie et l'ordre surnaturel 263
enfant que le prêtre porte dans ses mains *. »
En 1182, dans une église d'Angers, un enfant était de même favorisé de la vue du Petit Jésus radieux à la place de l'Hostie; il criait aux assistants : « Venez voir les merveilles de Dieu! >; Mais personne n'apercevait le prodige que leur montrait le petit innocent.
En 1116, à l'abbaye de Déols, en Berry, pendant qu'un prêtre célébrait la Sainte Messe, l'assistance vit un petit enfant qui se tenait dans le calice à la place de l'Hostie.
A Fécamp, en 1182, au moment où un prêtre veut se communier, l'Hostie se change soudain en un bel enfant *.
Dans le même siècle, le savant et pieux Hugues de Saint -Victor avait été favorisé d'une merveille semblable. « Le Fils de Dieu lui apparut un jour sous la forme d'un petit enfant, qui, après lui avoir donné le plaisir de le contempler, l'invite enfin à le prendre et à le manger *. »
Philippe-Auguste, à seize ans, était d'une pureté de vie admirable. Au château de Saint- Léger, en 1180, « à l'élévation de la sainte Hostie, le jeune monarque aperçut entre les mains du célébrant un petit enfant d'une éclatante beauté, environné de lumière; autour de lui, les chœurs angéliques s'empressaient pour adorer et servir leur divin Roi. Le prince fondit en larmes à ce spectacle et se prosterna le front contre terre, pour rendre grâces à Dieu qui sait, quand il lui
* P. Colet :
Les miracles
historiques...,
Angers-
Déols.
Fécamp.
* Ibid., p. 2S.
Saint-Victor.
Ibid*, p. 29.
Château de
Saint-Léger.
2C4 l'eucharistie intime
plaît, révéler ses secrets à ceux qui vivent selon ibid. p. 30. son cœur *. »
Vers l'an 1227, régnait sur Valence un prince maure, nommé Zeyt Abuzeit.
Parmi de nombreuses conversions des Musulmans, celle de ce prince fut particulièrement remarquable.
Ayant parmi ses prisonniers un prêtre qui lui exposa le mystère de la Messe, il désira la voir caravaca. célébrer devant lui, à Caravaca. Il vit d'abord se produire le prodige des deux anges qui présentaient au prêtre une croix pour remplacer celle qu'on avait oublié d'apporter, et qu'on a, pour cela, nommée la Croix de Caravaca devenue célèbre et chère à plusieurs saints : telle sainte Thérèse.
« Ensuite le roi considérait avec attention chaque cérémonie; son cœur était sous le poids d'une impression étrange : le prêtre revêtu des ornements sacrés lui paraissait plus qu'un homme; anxieux, il se demandait ce qui allait arriver, lorsqu'au moment de l'Élévation, l'Hostie se transforma en un très bel enfant environné de rayons lumineux. » Ce prodige triompha de l'infidélité de Zeyt Abuzeit. Dans sa droiture il donna l'exemple de la conversion à ses sujets, les y encouragea par ses exemples et mourut Ubid., p. 270. chrétiennement à Saragosse *.
Ces miracles, — et notre liste en est bien incomplète, — nous donnent vers le mystère de la
L EUCHARISTIE ET L ORDRE SURNATUREL
sainte Enfance une direction providentielle que nous ne remarquons pas comme il faut. Enfant Jésus, je ne sais pas assez vous retrouver, vous parler, vous aimer, vous servir dans le nouveau Bethléem qu'est l'Eucharistie. C'est pourtant si doux, si encourageant à la confiance, à la générosité, à l'amour le plus tendre.
DES MIRACLES EUCHARISTIQUES NOUS RAPPELLENT PLUS PARTICULIÈREMENT LE SACRIFICE DE NOTRE-SEIGNEUR.
S'il est une idée capitale et, en même temps, trop souvent faiblement comprise, ou même oubliée, c'est l'idée du Sacrifice.
Ecoutez d'abord des miracles où s'unissent le mystère de la Sainte Enfance et le mystère du Sacrifice.
Déjà je vois cette union dans le miracle de Deggendorf (1337).
Des Juifs avaient obtenu d'une malheureuse femme, comme condition pour lui rendre ses vêtements, remis en gage entre leurs mains, qu'elle leur apportât des hosties consacrées. Sans être arrêtés par un coup de foudre qui frappe la sacrilège au sortir de leur maison, ils s'assemblent la nuit, et « percent les hosties
Idée capitale du Sacrifice rappelée par plusieurs miracles.
Miracles où s'unissent le mystère de la Sainte Enfance et le mystère du Sacrifice.
Deggendorf.
avec des alênes. Des gouttes de sang commencent à couler des piqûres... et, en même temps, apparaît un gracieux petit enfant qui, d'un sourire mêlé d'indicible tristesse, reproche à ses bourreaux leur odieuse cruauté. »
« Les Juifs alors jettent les saintes hosties dans un four pour les consumer par le feu : mais elles restent encore entières au milieu des flammes, et pour la seconde fois les misérables voient apparaître un enfant d'une merveilleuse beauté...
« Loin de les attendrir cette vue redouble leur rage : les hosties sont placées sur une enclume, on s'efforce de les écraser à coups de marteau; peine perdue : elles n'éprouvent pas la moindre lésion, et soudain, au milieu des rayons lumineux, se montre le petit enfant dont les grâces et * Cf. la douceur semblent implorer pitié *... »
'on.°litT, Qlie rappellent ces traitements sacrilèges sinon
pp. 34. 35. \es horribles tourments par lesquels les Juifs de Jérusalem tirèrent tout le sang des veines de Jésus, l'Innocence même, et firent de lui, sans songer à ce mystère, la Victime immolée pour le salut du monde?
Rien de plus remarquable au point de vue ierrare. ^u Sacrifice que le miracle de Ferrare *, dont p. 260 et s. de magnifiques fêtes, sous Pie X, ont célébré le septième centenaire.
Le jour de Pâques de l'an 1171, dans l'église de Sainte-Marie del Yado, le prieur des chanoines
l'eucharistie et l'ordre surnaturel 267
portuenses célébrait, avec la grande piété qui lui était habituelle, le saint Sacrifice. « Après la consécration, quand le célébrant élève la divine Hostie, le Corps du Seigneur apparut aux yeux de l'assemblée sous la forme d'un gracieux petit enfant plein de vie. Sa taille ne dépassait pas la grandeur de l'Hostie consacrée; mais comme alors en Italie... les pains dont on se servait à l'autel étaient fort grands et n'avaient point les dimensions minces et légères qu'on leur donne aujourd'hui, tous les assistants pouvaient contempler cette Hostie qui ne présentait plus l'aspect du pain, mais s'était subitement changée en forme humaine.
« Le saint Sacrifice continua au milieu de l'émotion la plus vive. Mais voilà qu'au moment où le prêtre divisait l'Hostie, la scène changea tout à coup et des cris de terreur s'élevaient de toute part : de larges flots d'un sang vermeil jaillissaient entre les mains du célébrant; le calice en était rempli, le corporal, la table de l'Autel et les vêtements sacerdotaux, tout ensanglantés; enfin un jet plus abondant s'éleva avec tant de force qu'il atteignit la voûte de l'église et la parsema de gouttes innombrables *. » * 07g9d^63
Le miracle de Bolsena (1263), choisi par Boisena. Raphaël comme sujet d'une de ses plus belles fresques, fut enquêté, sur le coup, par saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, qu'Urbain V envova d'Orvieto.
La Providence en favorisa un prêtre assailli de doutes sur la présence réelle. Ce prêtre s'en allait pour retremper son âme dans la ville qui est le centre de la foi.
Il s'arrêta à Bolsena, où il célébra le saint Sacrifice.
« Parvenu au moment où il devait diviser l'Hostie sainte, le célébrant tenait ce Pain sacré sur le calice, quand il le vit, ô prodige! prendre l'aspect d'une chair vive d'où le sang s'échappait goutte à goutte. La partie cependant qu'il tenait entre les doigts conservait l'aspect du pain, comme pour attester (suivant la remarque de saint Pierre Damien au sujet d'un fait semblable) que cette Hostie, si subitement changée dans sa forme extérieure, était bien celle qui, peu d'instants avant, cachait sous le voile des accidents, le Corps et le Sang de Jésus-Christ. Bientôt l'abondance du sang fut si grande qu'il empourpra le corporal de taches nombreuses; plusieurs purificatoires, avec lesquels le prêtre essayait d'étancher cet écoulement mystérieux, furent aussi imbibés en peu de temps *. »
Nous ne Voilà de magnifiques leçons sur le Précieux
amn^si^et Sang> et bien faites Pour nous inspirer envers touchés par la \u[ \a dévotion la plus tendre et la plus profonde.
pepsée du
Précieux Sang. Car ces miracles ne nous en rappellent pas seulement le souvenir; ils ne nous disent pas seulement que ce Sang adorable est présent. Mais ils nous le montrent dans l'état le plus touchant
* Unit.
pp. 265, 266.
L EUCHARISTIE ET L'ORDRE SURNATUREL 2G9
pour nous et pour Dieu : à l'état d'effusion actuelle. Toujours les Anges ont pu adorer le Sang de Notrc-Scigneur dans son corps, depuis l'instant où il a été formé de sa source immaculée, le sein de Marie, pour couler dans les veines du divin Enfant, du divin Thaumaturge, du divki Ressuscité...
Jamais cependant il ne les émut, ainsi que les amis du divin Maître, comme lorsqu'il ruisselait sous leurs yeux, du front du Sauveur, au jardin de l'Agonie, lorsqu'il coulait, au Calvaire, sur sa Mère, sur Madeleine... de ses pieds, de ses mains, de toutes ses plaies, et, après son dernier soupir, de son Corps ouvert par la lance.
0 divin Sauveur, cette effusion se renouvelle d'une manière réelle, bien que non sanglante, sans cesse, par toute consécration; elle se renouvelle dans mon calice chaque matin. Que je serais généreux, que je serais fervent dans mon culte envers votre Précieux Sang, comme je l'invoquerais mieux, si je comprenais moins mal cette effusion actuelle et toujours nouvelle !
BEAUCOUP DE MIRACLES EUCHARISTIQUES NOUS RAPPELLENT NOTRE-SEIGNEUR OPÉRANT DES MIRACLES EN PALESTINE
La Me pubii- Jésus évangélisant la Palestine pendant sa que ou rcssus- ■ mortelle, Jésus ressuscité, a semé les miracles
pitée de Notre- ' '
Seigneur et les SOus ses pas : depuis Cana jusqu'à la pêche
miracles. . , ,
miraculeuse et la marche sur les eaux soulevées par la tempête, jusqu'à l'apaisement instantané de la mer de Génésareth en furie, jusqu'à l'Ascension. Et la Vie eucharistique de Notre-Seigneur continue, pour les miracles, sa Vie Apostolique et sa Vie Ressuscitée.
Miracles qui Voici le rappel eucharistique de la guérison à adorer dans obtenue par la Chananéenne ou l'Hémorroïsse...
l'Eucharistie (( jyj sœur Gorgonie, dit saint Grégoire de
le divin J hau- ° » o
maturge de Xazianze, était frappée d'une maladie mortelle. sainte Gorgo- Les hommes versés dans l'art de guérir n'avaient
nie.
plus d'espérance... » Avec une suprême énergie Gorgonie se lève... et, prosternée devant le Tabernacle... « Autrefois, disait-elle à Notre- Seigneur, une pauvre femme travaillée par une cruelle maladie touche le bord de votre manteau, et à l'instant même elle se lève guérie. Quoi donc, Seigneur Jésus, votre bras serait-il raccourci? Votre corps tout entier aurait-il moins
l'eucharistie et l'ordre SURNATUREL 271
d'efficacité que le bord de votre robe? Et elle
insiste et s'épanche dans son ardente prière.
« Eh bien, s'écrie-t-elle, je fais vœu de ne pas
me relever que vous ne m'ayez guérie. » Gor-
gonie se lève, ajoute saint Grégoire; sa demande • p. u.ouet,
était exaucée et elle était guérie *. » pp°Pi93,' 194.
Saint Hyacinthe, nous disent les Bollandistes saint Hyadans les Acta Sanctorum *, ayant évangélisé , "^ *^t Kiev avec grand succès, voulut retourner en Pologne afin d'y reprendre ses travaux apostoliques.
Pendant la messe du départ, voici qu'on vient lui annoncer la redoutable arrivée des Tartares. Ses frères épouvantés se précipitent vers lui. « Le Saint garde ses habits sacrés, tire du Tabernacle le Très Saint Sacrement et prend la fuite avec ses frères... Sur un reproche de la très sainte Vierge qui le blâme de la laisser exposée aux sacrilèges des Tartares, le Saint, tenant d'une main le Corps sacré du Sauveur, prend de l'autre la statue (beaucoup trop lourde naturellement pour lui) de la Vierge qui lui semble aussi légère qu'un roseau... La troupe traverse, avec lui, saine et sauve, les hordes des barbares... Arrivé sur les bords du Borysthène, saint Hyacinthe bénit les flots avec les deux précieux gages qu'il portait et passa sur les eaux. »
Il me semble voir dans ce miracle éclatant — constaté par le procès de canonisation — et
la puissance miraculeuse du Saint Sacrement, et l'union prodigieuse de l'Eucharistie et de Marie * p. Couet, dans les miracles que Jésus-Hostie accomplit *. p. i9o. gj. je me rappeue auSsi vos miracles, ô Jésus :
de marcher sur les eaux et de soutenir vos disciples quand ils marchaient eux-mêmes sur la mer. sainte claire. Des troupes de Sarrasins, racontent les mêmes * boll., historiens *, enrôlés par Frédéric II, pour le sac des villes d'Italie, envahissent la vallée de Spolète; ils arrivent devant Assise et veulent piller la ville, en commençant par le monastère de sainte Claire; ils en escaladent les murs en poussant d'horribles clameurs. On peut penser quelle terreur saisit les Religieuses.
Sainte Claire, malade depuis longtemps et retenue dans son lit, se fait porter par ses filles à l'entrée du monastère et prie d'apporter le Saint Sacrement. « Serait-il possible, s'écrie-t-elle, que vous laissiez tomber aux mains des païens vos servantes désarmées que j'ai nourries jusqu'à présent du pain de votre amour? Gardez, Seigneur, je vous en conjure, ces âmes qui vous appartiennent et que je ne puis défendre moimême. » Aussitôt, du propitiatoire de la nouvelle alliance, elle entendit une voix, douce comme celle d'un enfant : « Je vous garderai toujours. » « Mon Dieu, ajoute Claire, protégez aussi cette cité qui nous nourrit pour votre amour. » Et le Sauveur de répondre : « Grâce à ton intercession, ma protection s'étendra aussi sur elle. »
L'EUCnARISTIE ET l/ORDKE SURNATUREL 273
Claire, pressée par une inspiration divine, se lève, prend le Saint Sacrement, s'avance sur la brèche que vont franchir les envahisseurs. Leur troupe, aveuglée par une lumière céleste, est prise d'épouvante et s'enfuit. Glorieux souvenir du miracle par lequel, ô Jésus de Nazareth, ô Jésus du jardin des Oliviers, vous passiez au milieu de vos compatriotes prêts à vous précipiter de la montagne, ou renversiez vos ennemis, - — venus au jardin de l'Agonie pour vous enchaîner. — par ce seul mot : C'est moi!