MIRACLES DE NOURRIR MEME LE CORPS DE PLUSIEURS AMIS DE JESUS
Que la sainte Eucharistie soit la nourriture de l'âme : c'est une vérité que nous avons méditée bien des fois.
Dieu, outre les leçons auxquelles nous avons réfléchi, a trouvé un moyen miraculeux de nous l'inculquer.
Il est arrivé à des saints ou pieux personnages d'être nourris rien que par les saintes
I, l'.lCHAKISTIE ET L OUDKE SIKNATLKEL
Espèces, sans le moindre recours à une autre nourriture.
Ce fait, qui a été mis dans la vie des Saints La Très sainte
* Vierge.
hors de tout doute, n'oblige-t-il pas à penser que la Très Sainte Vierge fut favorisée du même privilège? Si, comme il est aisé de le croire, Marie reçut la sainte Communion le soir du Jeudi Saint, Notre-Seigneur ne la quittera plus. Elle ira, d'une communion à l'autre, portant toujours en elle son divin Fils.
Et cela suggère des réflexions fort intéressantes et touchantes sur l'état eucharistique de Notre- Seigneur en Marie pendant la nuit de l'Agonie, pendant la Passion, la Mort, la Descente aux enfers, la Résurrection *.
Bornons-nous toujours à quelques faits. Un ermite du canton d'Underwald, Nicolas de Flue, ne vivait que de la sainte Eucharistie. L'évêque et les habitants prirent les précautions les plus minutieuses pour s'assurer de ce miracle *.
On finit par laisser sainte Catherine de Sienne, — après des essais très douloureux pour prendre rinc cle sienne* un peu de nourriture, — se contenter d'eau.
« Chaque fois qu'elle recevait la sainte Communion, elle y puisait une force indicible. Souvent la vue d'une hostie, ou d'un prêtre qui avait dit la messe le matin, suffisait pour produire cet effet sur elle. Plus d'une fois, lorsque, épuisée de besoin, elle était prête à s'évanouir, les forces lui revenaient soudainement et elle accomplissait
* P. Fabek,
ibid.,
pp. 347, 348.
Saint Nicolas
de Flue.
» Ibid.,
Sainte Cathe-
aussitôt des œuvres de charité de la plus pénible
* Ibid., \ j.
p. 354. esPece • »
Sainte Rose de Sainte Rose de Lima recevait le même bienfait de la sainte Eucharistie. Elle n'usait presque pas d'aliments. « Une fois elle passa huit jours sans manger quoi que ce fût, et toutes les fois que le Saint Sacrement était exposé pour la solennité des Quarante-Heures, elle restait tout ce temps à genoux, en adoration *. »
« Sainte Angèle de Foligno vécut douze ans sans prendre d'autre nourriture que la sainte Eucharistie. Il en fut de même de sainte Colombe de Riéti, de Dominique del Paradiso qui ne prenait pas d'autre aliment durant tout le temps du Carême, et du saint évêque Modoc qui passa quarante jours sans toucher à d'autres aliments que le Saint Sacrement, et qui parut ensuite plus robuste que jamais. Dans le comté de Norfolk vivait une pieuse jeune fille à laquelle le peuple avait donné le surnom de Jeanne la jeûneuse, parce qu'elle avait vécu pendant quinze ans sans rien manger et n'ayant d'autre chose pour la soutenir que le Saint Sacrement. La Sœur Louise de la Résurrection, religieuse espagnole, subsista plusieurs années sans autre soutien que la sainte Eucharistie. Tel fut aussi le privilège de sainte Colette, d'Hélène Ancelmina, des abbés Ebrulph et Fantin, de Pierre d'Alcantara, et de plusieurs autres qui sont pp. 355,356. mentionnés dans la vie des Pères du désert *. »
CHARISTIE ET L'ORDRE SURNATUREL 279
Ces miracles, si étonnants, ne sont-ils pas pour nous dire, en particulier, comment la sainte Eucharistie est notre Aliment? Des Saints vivent de vous, ô Sainte Hostie, alors que vous n'êtes pas dans le Saint Sacrement pour nourrir le corps! Quelle nourriture êtes-vous donc pour l'âme !
Et vous nous dites ainsi combien vous voulez nous élever au-dessus des préoccupations matérielles. Une sainte Rose de Lima semblait, à la suite de ses communions, déjà vivre dans le Ciel.
MIRACLES QUI NOUS DISENT COMMENT JESUS SE RÉVÈLE A SES SAINTS, LES ATTIRE ET EST ATTIRÉ PAR EUX.
Ce n'est pas que nous prétendions à de pareilles faveurs. Mais il est des grâces que nous pouvons espérer et dont ces miracles peuvent nous inspirer le désir.
Tout d'abord nous avons tous besoin que Jésus se révèle à nous. Nous ne lui demandons qu'une augmentation des vues de la foi et des dons de sagesse et d'intelligence, en admirant les révélations miraculeuses faites aux saints.
« Ida de Louvain sentait la présence sacra- idu
mentelle de Xotre-Seigneur à l'aide d'une sorte safnt^coktte.
280 l'kuchakistie intime
de perception spirituelle, et cela même à des distances considérables.
« Un jour, le clerc qui servait la messe ayant présenté au prêtre de l'eau au lieu de vin, et par suite de cette erreur la consécration n'ayant pas eu lieu, sainte Colette s'en aperçut, bien qu'elle se trouvât à une grande distance de l'autel. Julienne de Cîteaux... s'apercevait souvent qu'après l'office on retirait le Saint Sacrement de l'église Saint-Martin qui était assez, éloignée de sa demeure, et chaque fois elle était plongée * p. fabef, dans une profonde tristesse *. » ''"d" p' Ce miracle se retrouve dans la vie de beaucoup
de Saints canonisés ou de saints personnages.
Comment Jésus-Hostie se montre-t-il à eux? Question bien mystérieuse (1).
Ce qui nous importe, c'est, je le répète, la
leçon à tirer de ces faits, c'est de demander à
Jésus de se révéler à nous par la foi qui s'épanouit
en amour et en œuvres.
Miracles d'at- J\ me semble qu'il n'est pas de miracles qui
traction entre . . .
l'Eucharistie puissent nous taire plus de bien que les miracles
(1) « Gôrres, note le P. Faber (p. 365), divise les saints en plusieurs catégories, suivant le sens à l'aide duquel ils parvenaient à découvrir la présence du Saint Sacrement : 1° Ceux qui le distinguaient par le toucher : de ce nombre sont Marie d'Agréda, sainte Rose de Lima: 2° par le goiît : comme Lucie d'Adelhausfen, nous citerons parmi eux : Giles de Reggio, Catherine de Sienne, Philippe de Néri, Herman Joseph; 4° par l'ouïe : comme Joseph de Cupertino, Véronique de Binasco. Pierre de Toulouse, Catherine de Sienne, Marie d"Oignies, etc. »
l'eucharistie et l'ordre SURNATUREL 281
de divine attraction entre l'Eucharistie et les et les Saints.
a Profit spirituel
n 11 iv . qUe nous pOU-
Nous n'aspirons, non plus, il est bien vrai, à vons en tirer rien de pareil : car il y a là non seulement miracles, mais miracles extraordinaires entre les miracles.
Pourtant, comme ces miracles nous invitent à désirer Jésus-Hostie et à nous renseigner mieux sur ses désirs à notre égard!
Ces miracles nous disent l'attraction que Jésus- Hostie devrait avoir sur nous et l'attraction que nous pouvons exercer sur lui. Le Docteur séraphique, saint Bonaventure, dans sa dernière maladie, ne pouvant communier, pria son supérieur d'approcher le saint Ciboire de sa poitrine. « O merveille! on vit aussitôt un ange lui ouvrir le côté; puis, prenant une hostie dans le Ciboire, il la mit dans le cœur de saint Bonaventure, sans qu'il restât la moindre marque de la blessure qu'il lui avait faite *. » * bolland ,
Écoutez ces deux miracles les plus extraordi- p3 jï™,^'' naires. Sainte Catherine de Sienne, étant arrivée p- 309quand la Messe était déjà bien avancée, allait omettre la Communion. Elle restait agenouillée à l'extrémité de l'église; lorsque le bienheureux Raymond de Capoue brisa l'hostie, une parcelle se détacha et fut lancée dans l'air en passant au-dessus du calice. De là grand trouble pour le saint Directeur.
En vain il la chercha après la Messe.
Et comme il confiait sa peine et son trouble
282 l'euchabistie intime
à sainte Catherine, elle se prit à sourire et dit : « Avez-vous bien cherché? » Il répondit affirmativement. « Eh bien! alors, dit la Sainte, pourquoi vous désoler ainsi? «Raymond, soupçonnant alors ce qui était arrivé, lui dit : « Ma Mère, c'est vous qui avez pris la parcelle de mon hostie? — Mon Père, reprit-elle, ne m'accusez point. Ce n'est pas moi, mais un autre qui a fait ce que vous dites. Croyez-moi, vous ne retrouverez jamais cette parcelle. » Raymond insista pour savoir ce qu'elle était devenue. Catherine lui répondit : « Mon Père, ne soyez point contristé. C'est Notre-Seigneur qui a eu pitié de moi; il m'a lui-même apporté cette parcelle et m'a communiée de sa propre main. Réjouissez-vous donc avec moi, car vous n'avez rien perdu, et moi j'ai reçu une grande faveur pour laquelle je serais heureuse de pouvoir consacrer cette journée tout entière à rendre grâces à Dieu et à chanter ses
* p. fabek : louanges *. »
fle ,f^i,nt S Tt Mais aucun miracle de ce genre n'est aussi
rement. t. II, ©
pp. 372, 373. remarquable que celui dont fut favorisée sainte Julienne de Falconieri. Elle qui récemment communiait tous les jours, devenue gravement malade, se plaint avec larmes de ne pouvoir pas même voir son Sauveur. Son confesseur, en considération de ses admirables vertus, consent à le lui apporter. L'attrait se développe à mesure qu'il est exaucé. Si elle pouvait maintenant donner à l'hostie un baiser profondément respec-
l'eucharistie kt l'okdhf. surnaturel 283
tueux! Le confesseur s'y refuse. Du moins qu'on mette son Sauveur tant aimé sur sa poitrine! Sur sa poitrine lavée, on place donc un corporal et l'hostie sur le corporal. O prodige! l'hostie a bientôt disparu. Sainte Julienne l'a attirée en elle et au moment où la divine hostie est entrée en elle selon la parole de l'Apocalypse : « Je viendrai en lui et je ferai un repas avec lui », sainte Julienne sourit d'un sourire de ravissement, et doucement expire.
Sainte Hostie, donnez-nous des désirs ardents vers vous, dans la Communion, et souvent au cours du jour. Ciel des cieux et ciel du Tabernacle, répandez votre rosée... O Père, envoyez de l'Autel l'Agneau dominateur de la terre et de mon âme. Que mes désirs, mille et mille fois, aillent droit vers vous seul. Et que tous mes autres désirs convergent, des créatures auxquelles je puis les devoir, vers vous toujours.
Nous trouverions un grand charme à déve- nous aime-
, , , , ,,-,^ .. rions pouvoir
lopper davantage ce résume de 1 .Lvangile mira- faire un réculeux que la divine Providence a voulu écrire sume. .pl"s
t complet des
autour de la vie eucharistique de Notre-Seigneur miracles eucharistiques, et en son honneur.
Il a fallu nous borner à quelques traits en y0ir toujours
pressant le lecteur de voir surtout dans- ces sui]te01^ la
miracles la leçon doctrinale, le but eucharis- doctrinale et
, -„. . morale.
tique de Dieu sur notre vie.
Ils nous disent tous, ô Jésus, que vous êtes
28 i l'eucharistie intime
dans l'Eucharistie, le Foyer adorable de la toute puissance, comme vous l'étiez en Palestine, — que vous êtes la Source de vie, et, j'ose dire, plus parfaitement encore qu'en Palestine. En Palestine vous n'entriez pas dans vos auditeurs pour être leur lumière et leur vie, tandis qu'ici vous entrez en nous, pour exercer du dedans, sur nous, votre toute-puissance et nous communiquer votre vie.
Vous voulez, de l'intérieur même de notre âme. faire rayonner vous-même la grâce et les vertus dans tout notre être, comme un aliment et un breuvage fortifiant et enivrant semble se répandre dans tout notre corps et atteindre notre âme elle-même.
Ainsi êtes-vous notre nourriture principale. N'est-ce pas ce que vous vouliez nous dire quand vous vous faisiez, pour vos saints, pour leur corps même, l'unique nourriture?
Vous voulez nous faire enfants à votre image, ô petit Enfant qui aimez d'apparaître dans l'hostie pour nous charmer et semblez dire à chaque âme : « Fais-toi semblable à moi, en te nourrissant de moi! »
Vous voulez nous faire victimes à votre image, vous dont le Sang a coulé parfois sous nos yeux de l'Espèce du pain et même a inondé les linges de l'Autel, ou rejailli jusqu'à la voûte. Il faut que nous sachions répandre pour vous quelques gouttes de notre sang, et, peut-être, si nous en étions moins indignes, tout notre sang.
l'euchahistie et l'ordre surnaturel 285
Vous avez partout le droit de régner sur nous. Mais, puisque, malgré tous vos droits, vous ne voulez pas régner sans être choisi par nous, vous vous présentez à notre élection dans la sainte Eucharistie : c'est là que vous voulez être élu pour roi et vous l'avez montré par les hommages que vous y avez reçus des Anges, de bêtes sans réflexion, d'insectes sans raison.
Partout et toujours, vous voulez être notre Ami. Mais, sur la terre, c'est dans l'Eucharistie que vous désirez avoir avec nous des colloques, une amitié, une intimité, plus vraies, que toutes les amitiés et les intimités créées. X'est-ce pas ce que vous avez voulu nous dire, quand vous vous laissiez attirer par les désirs de vos saints? Si nous voulions vous posséder en nous, votre Cœur serait charmé d'y venir, d'y être traité, et de nous traiter en ami.