HILMI PACHA GRAND VIZIR
ligent, laborieux, fidèle, intègre, il a conquis rapidement tous les grades. Il était gouverneur du Yémen, où il avait déployé une grande énergie, quand il fut désigné par son souverain, à la fin de 1902, pour remplir les très importantes fonctions d' « inspecteur général des trois vilayets de la Turquie d'Europe ». Il n'avait alors que quarantesix ans. C'était le moment où les Cabinets de Vienne et de Pétersbourg préparaient un programme de réformes en Macédoine. Le programme, assez anodin, moins radical que le programme recommandé par M. Delcassé, fut appuyé à Constantinople par les ambassadeurs de toutes les grandes puissances et accepté par la Porte. Hilmi Pacha fut chargé de veiller à son application. Sa tâche, déjà rude, se compliqua quand le comte Lamsdorf et le comte Goluchowski, réunis le 2 octobre 1903 à Mûrzsteg, furent tombés d'accord sur un nouveau programme en neuf points et l'eurent imposé, après de longues négociations, au gouvernement ottoman. L'inspecteur général eut désormais à ses côtés, pour le surveiller ou le stimuler, des agents civils spéciaux des « deux puissances les plus directement intéressées » et un général italien chargé de la réorganisation de la gendarmerie. Plus tard, à la suite de l'accord du 9 mai 1905 entre les six grandes puissances et de la démonstration navale devant Metelin et Lemnos, il eut en outre à traiter avec quatre délégués financiers européens. Sa position était vraiment délicate. Dévoué au sultan, animé d'un vif patriotisme, navré de la détresse macédonienne, irrité des concessions qu'on voulait lui imposer en faveur des chrétiens alors qu'il voyait souflPrir aussi cruellement les populations musulmanes confiées à ses soins, il était plein de bonne volonté, de bonne foi» d'énergie. Mais il se débattait dans des difficultés inextricables et devait éprouver le sentiment de son impuis-
sance à réaliser des améliorations pratiques durables. En paraissant céder à la pression des agents étrangers, il risquait d'éveiller les suspicions du sultan. En se conformant trop strictement aux instructions du souverain, il se discréditait près des représentants de l'Europe. Il eut l'art de conserver la confiance d'Abdul Hamid et de gagner celle des délégués des puissances. Il a, parmi ôeux-ci, plusieurs amis qui éprouvent pour lui autant d'estime que d'admiration.
Son arrivée au pouvoir ne doit pas être considérée comme le triomphe d'un parti jacobin. Hilmi Pacha n'était pas affilié aux Jeunes-Turcs qui ont fait la révolution. Il n'a ni conspiré, ni trahi son maître. Il n'est la créature de personne. Il n'est entre les mains d'aucun comité. Jusqu'au dernier moment, il a consciencieusement informé le sultan de la situation. Quand il s'est rendu compte que le maintien de l'ancien régime était impossible, que l'armée passait tout entière à la révolution, que le' recours à la force contre les officiers mutinés était inadmissible, il a conseillé le retour à la Constitution de Midhat -Pacha, il s'est rallié franchement, sans réserve, au mouvement qui emportait irrésistiblement tout l'empire. Loin de lui tenir rigueur de sa longue fidélité au sultan, les Jeunes- Turcs reconnaissent en lui l'homme de bonne foi capable de rénover l'empire. Aussi le comité Union et Progrès n'a-t-il pas recommandé l'élévation de son propre chef, Achmed Riza Bey, publiciste, orateur, organisateur occulte du parti victorieux. Il sait très bien qu'il faut en ce moment à la Turquie un administrateur éprouvé, inspirant autant de confiance à ses compatriotes qu'à l'Europe, et non un agitateur, un homme de meetings. En cela, il se trouve entièrement d'accord avec le parti adverse, l'Union libérale, auquel Kiamil Pacha avait dernièrement