‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 113 sur 134 · COMMUNICATION RUSSE. — DECLARATION DE M. NOVAKOVITCH A LA SKOUPTCHINA · texte numérisé non relu

COMMUNICATION RUSSE. — DECLARATION DE M. NOVAKOVITCH A LA SKOUPTCHINA

26 février 1909.

LA situation se présente aujourd'hui sous un meilleur aspect. Les nouvelles de Saint-Pétersbourg et de Bel- "^rade sont aussi rassurantes qu'il était permis de Tespérer. M. Isvolsky a fait connaître aux Cabinets qui avaient exprimé le désir qu'une démarche commune fût faite à Belgrade dans un esprit amical, que le gouvernement russe était disposé, en principe, à s'associer à cette démarche. D'autre part, le chef du nouveau ministère serbe a lu hier à la Skoupchtina une déclaration où ne se trouve formulée aucune revendication pouvant être considérée comme une provocation par l' Autriche-Hongrie.

Il eût été préférable que la démarche fût effectuée simultanément à Vienne et à Belgrade. Uniquement inspirée par le désir d'éclaircir la situation, de dissiper les malentendus, de prévenir tout conflit, elle ne devait blesser la susceptibilité de personne. Elle n'eût constitué ni une intervention ni une pression. Il semblait donc que le représentant de T Allemagne pouvait, sans inconvénient, se joindre à ses collègues de France, d'Angleterre, d'Italie et de Russie pour demander amicalement, à Vienne comme à Belgrade, les éclaircissements nécessaires. On ne l'a pas

pensé à Berlin. Le prince de Bùlow a cru que sa qualité d'allié lui commandait de s'abstenir à Vienne de tout ce qui pourrait froisser, si légèrement que ce fût, les susceptibilités autrichiennes. Il a exprimé l'avis qu'il y avait lieu d'agir seulement à Belgrade. Dès lors que les autres gouvernements étaient exclusivement guidés par l'esprit de conciliation, ils ne pouvaient pas songer à passer outre. Toutefois, toujours résolus à ne négliger aucune chance d'assurer le maintien de la paix, ils ont persisté dans leur entreprise pacifique. Ils ont décidé de chercher à Belgrade les informations qu'on leur refusait à Vienne. Mais, comme la démarche risquait alors de prendre un autre caractère, ils ont demandé à la Russie si elle ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'elle fût faite dans ces nouvelles conditions» M. Isvolsky a répondu favorablement, sous la seule réserve que les quatre Cabinets intéressés s'entendraient préalablement sur la nature et la portée de la démarche. Comme les quatre Cabinets n'éprouvent que de la sympathie pour les Serbes, on peut être assuré que leurs représentants à Belgrade tiendront aux ministres du roi Pierre un langage dont ils ne pourront être blessés. On est donc en droit d'attendre de MM. Novakovitch et Milovanovitch une réponse conciliante.

Les déclarations de M. Novakovitch à la Skoupchtina n'interdisent nullement cet espoir. Elles respirent, il est vrai, un patriotisme ardent ; elles montrent le peuple serbe disposé à sacrifier jusqu'au dernier homme à. la cause nationale. Il n'en pouvait pas être autrement. Mais, sous une forme émue, éloquente, elles reconnaissent formellement aux puissances signataires du traité de Berlin le droit d'apprécier la légitimité des « aspirations » contenues dans le programme serbe « et du droit qui en fait le fond )^. Le président du Conseil s'est gardé de préciser

ces aspirations. « Le gouvernement royal, a-t-il dit, a assumé la tâche d'intervenir entre le peuple serbe et les grandes puissances afin de leur faire comprendre la situation dans laquelle la Serbie est placée par les derniers changements dans le problème balkanique. )> Cette tâche est ardue. Elle n'est pas au-dessus des forces de ministres patriotes conscients des véritables destinées de leur pays. Mais il faudra qu'elle soit facilitée par les hommes de bonne volonté et de bonne foi de tous les pays. Si la Serbie remet ses intérêts vitaux entre les mains des puissances, celles-ci doivent faire honneur à cette confiance. La just ce et l'intérêt de la paix universelle l'exigent.

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