LES DECLARATIONS DE KIAMIL PACHA
LE NOUVEAU RÉGIME ET LES NÉGOCIATIONS EN COURS. — LA QUESTION DES BOSNIAQUES MUSULMANS.
14 janvier 1909.
LE grand-vizir a fait, hier mercredi, devant le Parlement ottoman, un exposé général de la politique intérieure et extérieure de l'empire. Ces déclarations constituent en quelque sorte l'inauguration du régime parlementaire en Turquie. Pour la première fois depuis la révolution, le Cabinet se présentait devant les députés de la nation, leur rendait compte de son administration, leur demandait l'approbation de ses actes et leur confiance. Il n'avait plus à répondre de sa politique devant une puissance occulte, comme le comité Union et Progrès. Il s'adressait au pays tout entier. Le discours, très long, a été lu par Fuad-Bey au nom de Kiamil Pacha, qui s'est contenté, en raison de son grand âge, de prononcer une courte allocution préalable. C'est un historique de l'introduction du nouveau régime et un récit des négociations qui sont sur le point d'aboutir à une solution pacifique 'des difficultés orientales. C'est cette dernière partie qui présente aujourd'hui un intérêt particulier pour nous.
Si le texte transmis par les dépêches est fidèle, il convient de constater tout d'abord que les déclarations de
Kiamil Pacha sont conçues dans des termes encore plus modérés que celles du discours du trône. La Bulgarie, qui avait témoigné au sujet de quelques expressions contenues dans ce dernier, des susceptibilités un peu exagérées, n'aura cette fois aucune raison de s'émouvoir. Le grandvizir n'a plus parlé du vali de la Roumélie orientale et n'a plus donné à entendre que la proclamation de l'indépendance de la Bulgarie avait provoqué l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine. Il s'est contenté de dire" que l'Autriche- Hongrie avait notifié son intention d'annexer les deux provinces occupées, immédiatement après la proclamation de l'indépendance bulgare. Il n'avait pas à dire si c'est l'intention de l'empereur François-Joseph, connue du prince Ferdinand, qui avait influé sur les décisions du gouvernement bulgare. Mais il a ajouté un peu plus loin que la coïncidence de ces deux 'événements, survenus simultanément, avait fait présumer une alliance secrète entre leurs auteurs. Cette présomption est sans doute plus voisine que l'autre de la vérité. Elle n'a rien dont puisse s'off^usquer le Cabinet de Sofia.
Quant aux négociations elles-mêmes, Kiamil Pacha a exprimé le ferme espoir qu'elles seraient couronnées de succès. Mais il n'a pas donné de certitude. En ce qui regarde l'Autriche-Hongrie, il a dit : « J'espère qu'avec l'indemnisation des droits du gouvernement, la garantie pour l'avenir et le respect des droits religieux et civils de la Bosnie et de l'Herzégovine, la question sera réglée prochainement. » Il faut conclure de ce langage que, malgré les informations venues de Vienne, la question litigieuse n'est pas encore réglée à l'heure actuelle et qu'elle concerne non seulement les dédommagements pécuniaires dus à la Turquie, mais encore l'administration de la Bosnie et de l'Herzégovine. Ce dernier point est très important. Il est