‹ L'Europe au jour le jour (volume 5)Chapitre 94 sur 161 · AVANT-PROPOS IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS IX

Toutes les circonstances, grandes et petites, montraient le gouvernement bulgare dominé par la volonté de prendre sa revanche de 191 3 et lié à la politique germano-turque par des arrangements positifs. Le seul j ait que, lors de la rupture de la Turquie avec la Triple-Entente, il ne s'était point empressé de négocier avec celle-ci pour se dédommager de ses pertes de 191 3 aux dépens de V ennemi héréditaire, criait sa complicité avec VAustro- Allemagne. Jamais la Turquie ne se serait aventurée dans une guerre contre les puissances occidentales , qui V avaient à deux reprises tirée des griffes russes, si elle n 'avait pas été absolument sûre de la Bulgarie. Les incursions répétées de troupes bulgares déguisées en comitadjn sur le territoire serbe fournissaient une autre preuve des intentions du tsar Ferdinand. Cent autres symptômes manifestaient la résolution préméditée à Sofia de saisir la première occasion favorable pour étrangler la Serbie et la Grèce. Sans doute, si les Alliés avaient écrasé V Austro- Allemagne pendant la première année de la guerre, le tsar Ferdinand se serait jeté dans nos bras en jurant que son cœur n avait pas une seule minute cessé de battre avec le nôtre. Mais il ne restait provisoirement neutre que parce que les Autrichiens battus par les Serbes ne pouvaient opérer leur jonction avec lui et qu'il risquait d'être coincé entre la Serbie, la Grèce et la Roumanie. Il guettait l'heure de la curée.

A Paris, à Londres et à Pétrograd on tenait un autre raisonnement. « La Bulgarie, disait-on, sait qu'elle est en ce moment l'arbitre des Balkans. Elle veut seulement se faire payer le plus cher possible. Offrons-lui donc assez pour qu'elle nous donne la préférence. Le peuple bulgare regarde toujours la Russie comme la grande nation sœur ; ses enfants

AVANT- PROPO?

'tireront jamais sur les soldats du tsar libérateur. Il oblid son roi à marche? avec nous si nous lui faisons assez de concessions. » Et, malgré les avertissements de Belgrade et d Athènes où Von était bien renseigné, la Triple-Entente offrit à Sofia provinces sur province», les serbes, les grecques et les turques. Suivant le mot d'un personnage français, il fallait offrir la lune à M. Radoslavof s'il la demandait. Mais M. Radoslavof se dérobait. Avant tout il exigeait d'être mis en possession des territoires promis. Cette condition ne dissipa point les nuages où les ministres de la Triple- Entente se plaisaient à évoluer. Même la mobi.lisa.tion générale bulgare, en seipembre 191 5, conïcidant avec de grands mouvements de troupes austro- allemandes en Hongrie, ne dessilla point leurs yeux. A Londres Lord Kitchener affirmait que la mobilisation bulgare était dirigée contre la Turquie. A Paris on chuchottait le même refrain. A Pétrograd on était stupéfait et inerte. On refusa à V armée serbe l'autorisation de prévenir le coup de Ferdinand IcV en tombant sur V armée bulgare avant que celle-ci fût concentrée. On ne sortit du rêve que lorsque les troupes bulgares envahirent la vallée du Vardar. en même temps que Vannée commandée par le maréchal Mach.ensen franchissait le Danube et la Save.

Gardienne inexorable des doctrines sacrées du trio G Sasonof-Delcassé, la censure ne permit pas que les journaux içais missent en doute la loyauté de Ferdinand Ier et de ses ministres, ni qu'ils critiquassent leurs prétentions. Pendant deux jours elle prescrivit le silence total sur la mobilisation générale bulgare . Aux yeux de ses inspirateurs, les événements qu ils n avaient pas prévus ne devaient pas exister^).

(') Voir notamment les articles censurés pages 308 et s.

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