‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 49 sur 62 · l^-^ catégorie · texte numérisé non relu

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Autrement :

Instruits o75.496

Non instruits 695.982

Prenons, maintenant que nous avons passé en revue les éléments constitutifs de Tarmée italienne, les données de la statistique officielle du général Torre, à la date du 1«^ juillet 1887.

Armée active et réserve.. 871.464 hommes.

Milice mobile 295.674 —

Milice territoriale 1.337.227 —

Total général. 2.504.365 hommes.

ITALIE 'ÔTi

Plus 32,459 officiers, savoir :

Armée active 47.998 ce qui donncàpeu près

Milice mobile 2 . 914 l^L E^AUemVgSeTâ

— territoriale 5 . 512 proportion est de l of-

Retraités 3.769 «"«'P^^'^s.

Services auxiliaires , 2 .266

Si maintenant nous retranchons du total général le personnel des écoles, les invalides, les détenus, etc. nous trouvons par arme :

Infanterie 665.896

Cavalerie 33.349

Artillerie 118.034

Génie 29.520

Services 21.116

Gendarmerie 24.739

Dépôts, fonctions sédent.. . 264.678

Total qui se répartit par âges :

17 à 20 ans 43.856

âo à 30 476.656

40 ans 1.171

D'autre part, le ministre de la guerre, dans une assez récente déclaration, décomptant les forces en trois groupes : hommes de i^ catégorie (armée permanente et milice mobile), troupes de complément (hommes de la 2° catégorie) et milice territoriale (hommes des l"* et 2® catégories), énonce Teffectif de 1,360,000 hommes.

Enfin, le Popolo romano, dans un article du mois de janvier de cette année « La questione dei fucili », reprenant la statistique dernière du général Torre, mais lui faisant subir quelques corrections (déchet, etc.]. Chiffre \ ,293,000 hommes.

Nous ferons simplementremarquer que ces totaux, quelle que soit leur provenance, sont fastidieusement exagérés. Il faut, pour les composer, tenir compte de toutes les non-valeurs imaginables, négliger Tinsuffisance des cadres, la forte proportion des hommes incomplètement instruits, les manquements dans les approvisionnements de réserve, etc.

Des renseignements, dont je ne puis ici indiquer Torigine, me portent à fixer à 850,000 hommes, la valeur numérique de l'armée italienne réellement utilisable.

Et quand je dis, réellement utilisable^ cela s'entend encore dans les limites de temps permises par la mobilisation et la concentration.

Je tiens à noter ici, pour indiquer combien mon enquête est consciencieuse et indépendante, que les manquements dans les approvisionnements de réserve précédemment signalés, ne portent que sur certaines des fournitures indispensables à la mobilisation d'une armée.

C'est ainsi que Tltalie possède en fusils plus qu'il ne lui est nécessaire. Les 126,770,000 francs accordés par les diverses lois, depuis celle du 16 juin 1871 jusques et y compris celle du 2 juillet 1885, lui ont permis la fabrication de 1,400,000 fusils, dont 800,000 du modèle Vetterli-Vitali et 250^000 en cours de transformation.

C'est précisément Texacte appréciation de cette situation qui a provoqué en décembre 1888 et en janvier 1889 un intéressant et instructif débat parlementaire, souligné par une polémique entre Tofficieux Esercito et le Popolo romano.

VEsercitô soutenant la demande ministérielle de 36 millions, pour achever la fabrication des armes, le Popolo romano prouvait que la dépense était superflue car elle devait servir, soit à armer la totalité de la milice territoriale ce qui était inutile, soit à cou< vrir d'autres dépenses.

Cette dernière conjecture est fort plausible, en admettant toutefois qu'une partie du crédit demeurerait réellement affecté à la fabrication de nouvelles cartouches.

Nous déterminerons par la suite, en examinant le rendement du réseau ferré, la capacité de concentration de Tarmée. Disons, dès maintenant, quelques mots de sa mobilisation.

L'Italie, malgré son unification tant vantardée * , n*a pas cru pouvoir encore adopter le recrutement régional. Elle reste divisée en grandes zones sous-réparties en 87 districts' de recrutement, fournissant chacun à Tinfanterie une fraction de son contingent. Pour les autres armes, le contingent est prélevé sur

* Qu'on veuille bien se souvenir de l'incident Misdea, dans une caserne de Naples, incident que le commissaire du gouvernement a très franchement imputé à Pesprit particulariste, vestige non disparu des anciennes divisions de la péninsule.

* Chacun de ces districts possèdent un certain nombre de compagnies spéciales qui fournissent à la mobilisation les tcoupes de garnison « bataglione e compagnie presidarie ».

l'ensemble du territoire. Les compagnies alpines ont un recrutement local. Ainsi : le bureau de recrute* ment de Naples fournil 8 régiments d'infanterie, 1 de bersaglieri, 1 du génie, 3 d'artillerie, 9 de cavalerie et 2 compagnies sanitaires. Autre exemple : le 7® régiment de cavalerie (Milan) reçoit les hommes des districts de Avellino. Bari, Brescia, Gatane, Macerata, Mantoue, Massa, Rovigo. Or, comme les réservistes rejoignent, non le corps le plus à proximité, mais celui d'origine, et qu'ils font le détour par le bureau de district, on se rend aisément compte corn* bien la mobilisation italienne est péniblement compliquée et grevée d une fâcheuse complication. Il est vrai que pour compenser, dansla mesure du possible, ces lenteurs et ces difficultés de mobilisation et de concentration, la carte de dislocation des troupes accuse la plus forte densité dans la partie continentale du royaume.

Nous y relevons, sauf changements, sans grande conséquence :

47 régiments d'infanterie ; 33 bataillons de chasseurs ; Toutes les troupes alpines ; 9 régiments d'artillerie ; 2 régiments du génie; iS régiments de cavalerie.

Quant à la valeur même de l'armée italienne Userait injuste de ne pas l'apprécier. L'infanterie surtout a d'excellentes qualités. L'ensemble est parfaitement instruit, et sur le champ de manœuvre, et dans les camps d'instruction, et les grandes manœuvres en

Emilie, confirmeQt amplement cette excellente opinion, que nous savons partagée par tous ceux, qui sans se laisser accrocher par quelques légères mésaventures, ont pu être spectateurs du combat du 2 septembre à Ghîardo et de la revue près de Hubiero,

A. Sehange, ces appréciations sont moins favorables. J'ai sous les yeux diverses correspondances anglaises datées de Massaouah, dont une signée par un officier supérieur de Tarmée des Indes, et des extraits de journaux allemands, y compris le fameux article du Militar Wochenblatt^ d'avril 1887, qui a causé tant de déplaisir à la Pilotta, parce que Ton n'y cachait pas, sous assez de fleurs, une sévère critique de Torganisation italienne.

Les revues, que le jeune empereur allemand a été passer, de l'armée et de la flotte de son allié, à Gentocelle et à Naples, n'ont point modifié cette fâcheuse appréciation.

Je me garderai bien, à ce sujet, d'émettre un avis personnel, préférant de beaucoup laisser dire un correspondant du Berliner tageblatt (28 novembre 1888)*. Le correspondant ne cache pas la mauvaise impression ressentie par l'état-major allemand, et la néces-

* Je signalerai également un article dans le Times (2^ octobre), de son correspondant de Rome, rendant compte de la revue de CentoceJle.

Cet article dans une note générale très favorable k Tannée italienne, contient néanmoins quelques critiques :

1** Les chevaux de Tartilierie et de la cavalerie laissent à désirer ;

2^ Si Tarmée n'est pas ce quelle doit être, la faute en est au corps d*off)cier ; le système de promotion dans les grades supé*

33â l*EUROPE KN ARMES

sit^ qui lui a été imposée de faire entendre un blâme :

1* La principale de ces remontrances porte sur rinsufBsance du réseau ferré pour satisfaire au)c besoins de la mobilisation.

Outre qu*elle se trouve fort exposée, la ligne de la mer Thyrénéenne à un rendement tout à fait insuffisant. L'organisation du service des chemins de fer laisse à désirer, le matériel roulant est en mauvais état et en quantité insuffisante.

Ces remontrances ont été entendues.

Une demande de crédits spéciaux, présentée en décembre, a pour but d'améliorer la ligne Pistoya- Bologne, par rétablissement de voies de garage, et de donner, vers Faenza, une nouvelle traversée de l'Appenin.

L'organisation militaire des chemins de fer se mo* difie dès à présent sur le modèle prussien.

Quant au mauvais état et à la pénurie du matériel, le ministre des travaux publics a fait comprendre aux compagnies, qu'elles étaient les premières intéressées à modifier cet état... aux frais de leurs actionnaires et obligataires. De petites notes habilement jetées

rieurs, donne prUe à la critique et est trop dépendant du favoritisme ;

3^ Le système de centralisation à outrance enlève toute initiative aux grades subalternes ;

4** Le plus {;i:rand péril pour Tltalie en cas de mobilisation, est l'org^anisation défectueuse de son service des chemins de ter. Le transpoii de trente et quelques mille hommes qui ont pris paît à la revue, a complètement bouleversé Texploitatioa normale.

5o Un autre (^ave défaut dans l'infanterie est l'absence complète de discipline du feu.

dans les journaux, signalent journellement depuis lors, Tencombrement obstruant les voies, tantôt à Milan, tantôt à Gènes, et auquel les compagnies ne peuvent remédier qu'en augmentant leur matériel.

2^ En second lieu, Tinsufûsance, en nombre et en qualité, des officiers de l'armée de seconde ligne; l'imprévoyance et l'imperfection des dispositions prévues pour les détails de la mobilisation.

Ici, la critique du correspondant allemand est d'autant plus autorisée, qu'elle emprunte en totalité les récriminations énoncées par VEsercito dans un article eh date du 9 novembre, portant appréciation sur les dernières convocations de la milice mobile et de la miliee territoriale.

Dans ces deux milices, les officiers sont en nombre insuffisant, et leur instruction professionnelle donne prise à d'identiques reproches. Ils s'adressent seule* ment — et c'est là toute la différence — dans la milice territoriale, aux capitaines et aux officiers supérieurs.

Dans cet ordre d'idées encore, les conseils venus de Berlin ont été docilement suivis. Pour la quantité, on a eu recours à de nouvelles promotions ; pour améliorer la qualité, des cours spéciaux d'instruction ont été organisés.

J'ajouterai enfin, le journaliste allemand ayant cru devoir passer ce fait sous silence, quel'état-major de Berlin a vivement conseillé à celui de Rome, une intelligente épuration dans le haut personnel de l'armée, épuration d'autant plus nécessaire que la retraite par limite d'âge ne frappe pas nos collègues de l'armée italienne. Le roi Humbert s'est incliné et n'attend que l'occasion d'agir.

334 l'europr en armes

J'ai tenu essentiellement — pour éviter tout reproche de partialité — à faire dire à Tarmée italienne les vérités qui lui sont pénibles à entendre, par des compatriotes ou des amis. Toutes ces critiques peuvent à mon sens se résumer en une simple formule : quantité fictive au préjudice de la qualité.

Gênée comme elle Test par des finances obérées, Torgueilleuse alliée de TAllemagne n'est que trop fatalement condamnée à compromettre les qualités sérieuses de sa véritable armée, à la vanité de dénombrer des masses considérables.

Les dépenses, sans cesse croissantes, prétextées par la défense nationale, s'élèvent pour Texercice courant à 632,410,272 francs.

Savoir :

i>..^«^»^.» i««»«n*, i dépenses ordinaires. . . . 244.431.419 Budget de la guerre. | ^/^^^^^^ extraordinaires. 153.390 000

n.,^««#^^i«w»«..;«« { dépenses ordinaires. ... 89 065^853 Budgetdelamarme. | ^^^^^^^^ extraordinairee. 65.523.000

Chemins de fer stratégiques

Peu importe au fond de discuter, si c*est à Mezza* capo ou à M. Crispi qu'incombe la responsabilité d'une situation économique à ce point compromise, que le ministre des finances en est réduit aux plus misérables expédients, non pour sauver la situation, mais seulement pour retarder la catastrophe.

Les aveux de l'infortuné successeur de M. Magliani, M. Perazzi, sont toutefois bons à recueillir, ne serait-ce que 8PU9 forme de conseil adressé à nos nationaux,

assez imprudents et malavisés, pour trop hésiter à se défaire d'une valeur italienne soutenue facticement, par des spéculations chèrement rétribuées à certains banquiers de Londres et de Berlin.

pes aveux résumant un historique très complet et fort sincère des finances italiennes, depuis la fondation de Tunilé, portent sévère condamnation du système suivi dans ces dernières années.

De 1862 à 1870, le déficit moyen était de 339 millions.

De 1871 à 1875, il est réduit successivement et disparaît complètement.

De 1876 à 1881, période de véritable prospérité, les recettes dépassent les dépenses.

En 1882, l'excédant qui était encore de 54 millions en 1881 tombe à 4 millions. En 1887-88 le déficit atteint 73 millions. Celui de l'exercice courant est de 191 millions, et, à la fin de ce même exercice, le découvert total du trésor se chiffrera par 460 millions 1 1 !

Dans de telles conditions, l'incident du général Mattei, directeur de l'artillerie et député, se refusant à voter les crédits militaires, a-t-il réellement besoin de beaucoup de commentaires * ?

* Le général Mattei, comme on l'a vu par des indiscrétions de la Gazetta di Venezia (2 janvier 1889), a voté contre les dépenses militaires, alors que d'autres de ses collègues s'étaient simplement abstenus, parce qu'il n*a pas confiance dans Tadmlnistration actuelle delà guerre et qu'il y soupçonne des tripota* ges, entre autres, choses, n'admettant pas la demande de 49 millions, pour fabrication d'armes portatives, le département de la guerre possédant plus de fusils qu'il n'y a de combattants.

Le général Mattei, mis en disponibilité, a depuis cette époque demandé sa mise à la retraite. Quant au parlement il n'a pas tenu à ce que la lumière se fit sur les tripotages soupçonnés.

Les gens bien informés ont prétendu que, lors de Tentrerue célèbre entre M. Crispi et M. de Bismarck, le ministre italien avait reçu le conseil très pressant et fort impératif de soigner ayant tout la marine.

M. de Bismarck aurait insisté particulièrement sur ce point délicat, que l'action éventuelle de l'Italie devait se prononcer principalement aux deux ailes du déploiement stratégique, et qu'il était de principe admis à Berlin, que toute pénétration en Provence était irréalisable, si l'attaquant n'était pas maître de la mer.

Ce principe exprimé sous une autre forme, < la victoire reste à qui sait se servir de la mer >, sert de thème à la curieuse étude Rome et Berlin (signée Charles Roppe), et cette considération, impose au gouvernement du roi Hurabert, comme préoccupation essentielle, l'augmentation et le développement de la puissance navale italienne.

L'étude du budget de la marine prouve surabondamment ces tendances.

La marine italienne est absolument spécialisée et particularisée par des types de colosses, armés d'une formidable artillerie, doués d'une bonne vitesse, masses offensives autant que défensives^ dont les prototypes sont le Duilo et le Dandolo.

Tels : le Lepanto et Yltalia cuirassés à 430 mètres, armés de 4 pièces de 103 tonnes et 8 pièces de 13 centimètres, dotés d'une machine de 18,000 chevaux, donnant une vitesse de 17 nœuds, un peu supérieure à celle des nouveaux bâtiments Ntie et Trafalgar

que l'Angleterre vient de mettre à la mer. Le Re Umberto, qui vient de quitter, les chantiers deCastellamare ; la Sicilia, en construction à Venise ; la Sardegna, qui s'achève à la Spezia ; le Morosinifle Doina, le Ituggeris di Lauria, tous trois de 10,000 tonnes complètent cette brillante série.

Les 18 cuirassés de l®*" rang dont nous venons de citer les spécimens les plus remarquables, ne sont pourtant pas tous de même valeur. Nous y retrouvons les vieux types de 1863 à 1868, avec des vitesses de 13 nœuds, de faibles cuirassés (110 à 120 mètres) et un tonnage de 2,125 conime le Castelfidardo.

Gourant 1888, les 12 cuirassés se réparlissaient ainsi : S armés, 7 en réserve, 3 en deuxième réserve, 3 en construction.

Des 16 cuirassés de 2® rang (8 armés, 4 en réserve, 3 en deuxième réserve, 1 en construction), presque tous sont des bâtiments de choix filant 17 nœuds : Vespucci, Saroja, Fieramoscà, Bausan, Etna, VesU" vio, Stromboli, Tripoli, holgore, Dogali, etc.

Les 9 avisos qui forment la 3"^ classe n'ont rien de remarquable, jmême en cherchant bien dans les 170 bâtiments que les Italiens font entrer dans cette catégorie.

Ajoutons-y encore 17 canonnières et 106 torpilleurs : 21 de 2« classe, n°* 1 à 21, 38 de 1'** classe dont 2 en construction et 47 de haute mer dont 32 en construc* tion.

Les Italiens, comptant absolument sur tout ce qui flotte, prétendent posséder 247 bâtiments dont 43 en construction. En 1897, à l'achèvement complet du

programme élaboré en 1877, Tltalie pense avoir 282 bâtiments ainsi répartis :

76 bâtiments ( *^ ^® *** classe, typeDuilo etitalia. d^escadre ?? ^/ f, classe, type Savoie.

l 40 de 3« classe.

16 transports.

il2 avisos.

120 de haute mer. 58 pour la défense des côles.

Cet ensemble constitue assurément une belle et puissante flotte, mais incapable à elle seule de tenir la Méditerranée, et devant se résigner à attendre des circonstances exceptionnellement favorables pour risquer Tattaque de notre escadre, tenue sagement, en un mot, à la défense et à la protection de ses côtes.

Qeci dit, pour se tenir dans un équitable milieu, à égale distance de Tenthousiasme officiel * ou officieux

• Rappelons seulement le banquet à Turin du mois àe septembre 1888 dans lequel M. Brin a fait devant ses électeurs le pompeux éloge de la marine et surtout de son activité personnelle. A retenir entre autres :

1° Constance dus efforts se traduisant en chiffres par la valeur du matériel t en 1866, ce matériel valait 160 millions, en 1874, tombé à 100 millions, relevé aujourd'hui à 360 millions.

2» Tendances à substituer l'industrie nationale à la production étrangère. Le Duiio, le Dandolo, le Lepanto, Vltalia, ont été construit avec le matériel étranger. Le cuirassé Lauria a déjà une partie de sa cuirasse de provenance nationale. Les cuirasses du Dorxa et du Morosini seront entièrement fournies par l'industrie italienne. Pour le Re Umberto, la Sicilia, la Sardegnay le progrès sera plus accentué encore, les machines auront été construites en Italie. Ces progrès sont dus en majeure partie au développement de l'aciérie de Terni.

S"* Enfin comme appréciation : « La Ûotte italienne est un excellent instrument de défense. »

et des trop violentes critiques de quelques pessimistes comme M. Molli, ancien officier de marine, rédacteur de la Riforma S ou des sévères études /ie M. de Jerbi, développant, dans la A^wora-Anfo/oj'ia, le programme du rôle qu'il attribue à la marine de son pays.

L'Italie, comnie toutes les autres puissances, a pris des dispositions avec les grandes compagnies de navigation pour la mise en service d'une flotte auxiliaire de transport. Toutefois, à quelques exceptions près (Solférino, Rosario, Gorrière di Livorno), les bâtiments de la Société de Navigazione générale ou de la Veloce^ sont mal conditionnés. Aussi la compagnie de Navigation générale se serait-elle récemment engagée avec promesse d'une très forte subvention — près de 40 millions — à se conformer au programme proposé par le contre-amiral Morin, de construire des bâtiments neufs : 29 transports et 33 croiseurs.

Enfin, le gouvernement n'a rien négligé pour développer à la Spezzia, à Naples, à Castellamare et à Venise, les chantiers de construction navale, l'aciérie de Terni et la succursale que la maison Armstrong a créée à Puzzoli. Les torpilleurs, dont quelques-uns ont été achetés en Angleterreet à Eibing, se construisent en Italie sur les chantiers Orlando, Pattison, NicoloOrdero, Harothorn, Guppy, etc.

Nous avons déjà donné le chiffre du budget de

* Cet écrivain dans une dernière brochure, déclare illusoire la solidité des navires, trop limité la protection des cuirasses, défectueux les appareils moteurs. Il fait valoir la délicatesse excessive du mécanisme de la grosse artillerie que la moindre avarie peut mettre hors de service, et il estime dangereux la longue période que nécessite Tai'mement des vaisseaux.

Texercice courant, rappelons ceux des exercices antérieurs :

y ajoutant le crédit de 88 millions réparti en dix an« nuités accordés par la loi du 28 mai 1888.

Enfin, il n'est pas inutile de faire remarquer, pour achever cette caractéristique de la marine italienne, que de Tavis même de certains, il n'y a pas unité de pensée dans le corps des officiers. D'une part, se trouvent les partisans du ministre Brin; d'autre part, les adhérents des amiraux Acton et Saint-Bon. Ce dernier surtout, dont l'absence à la revue navale de Castellamare a été très commentée, a eu avec le ministre de la marine une succession de conflits qui lui ont fait perdre son emploi de président du conseil supérieur de la marine.

La Tribuna a couramment consacré à ce sujet un article très justement remarqué tDecapitazione délia armata ».

En dernier lieu, les 807 officiers inscrits aux contrôles sont en nombre insuffisant pour satisfaire aux exigences de la mobilisation ; il en faudrait 1,200 environ.

L'instruction des équipages n'est que médiocre et, comme Ta reconnu aussi le député Toscanelli, leur mobilisation est compromise par de grandes difficultés et une excessive lenteur.

DE l'utilisation DÉFENSIVE DU TERRAIN ET DU RENDEMENT OFFENSIF DU RÉSEAU FERRÉ

Le 23 janvier 1863, sur rinitiative du pouvoir exécutif, fut instituée une Commission permanente pour la défense de TEtat, présidée par le prince de Carignan.

La Commission sommeilla jusqu'en 1871, époque à laquelle elle présenta un projet de loi demandant 182 millions de dépenses extraordinaires pour fortifications, savoir :

36 millions pour les frontières.

162 — pour l'intérieur.

108 — pour les côtes.

Ce projet, même réduit, n'a jamais été approuvé dans son ensemble. Les ministres ont dû se contenter des sommes successivement disponibles, savoir :

Frontières Intérieur Côtes

Loi de 1872 » » 22 millions.

Loi de 1875........ 7 4 1

Loi de 1880 18 3 4

Loi de 1882 19 11 25

Loi de 1885 (en bloc) .^. . ." 777 152 mil.

Total r. " 266 millions.

Nous ajouterons, mais pour mémoire seulement, la demande de crédits extraordinaires présentée au Parlement le 1^ décembre 1888, par les ministres de la guerre et de la marine.

â4i L*EUROPE EN ARMES

Ces crédits s'élèvent à la somme totale de 145 millions à obtenir :

1® Par prélèvement anticipé, au profit de Texercice 1888-89, des sommes déjàaccordées par diverses lois, notamment par celle du S juillet 1885, soit S3 millions pour la guerre et 17 millions pour la marine.

2^ Par consentement à de nouveaux sacrifices à répartir sur deux exercices^ savoir :

1888-1889. 38.000.000 (guerre) 19.000.000 (marine) 1889-1890. 19.000.000 —

Les députés italiens, justement alarmés de la malheureuse situation économique du royaume, ont eu la prudence de ne pas accorder à M. Grispi le vote hàtif qu*il sollicitait de leur complaisance. Le projet a été renvoyé à une commission militaire, tandis qu'une autre commission, dite des finances, s'efi'orce d*aiderle ministre des finances à créer de nouvelles ressources.

Les fortifications de la frontière consistent en forts de barrages établis sur la frontière de Touest et de Test — la commission de 1873 ayant considéré la frontière septentrionale comme couverte par la neutralité de la Suisse — disins les vallées de la Koja, de la Doria Riparia, de la Dora Baltea, du Cents, dans les vallées d'Arrosia, de Neva, de Lanavestra, Maremola et Porra, d'Adda , val Camonica, Sehio, Sugano, Chièse, position de Rivoli, vallées de Léogra, de la Brenta, rade de Sansobbia (col de Giovo) et de Gor (col de Turchino).

Laissons de côté comme d'un intérêt secondaire, et pour nous, et par suite des conditions politiques du

présent moment, les défenses du front est, pour nous attarder avec plus de complaisance à la frontière des Alpes, en ne nous occupant, bien entendu, que des hypothèses plus ou moins fantaisistes admises par les Italiens.

La région des Alpes occidentalles est traversée par un certain nombre de roules et de sentiers muletiers qui peuvent être groupés en six faisceaux au nord : le Petit Saint-Bernard, le mont Genis, le mont Genèvre ; au sud : Argentière, Tende et Gadibone.

Les communications du premier faisceau dévalent le versant italien par les vallées de la Dora Baltea, de la Dora Riparia et du Ghisone. L'entrée de la plaine est fermée par le fort de Bard.

La route du col du mont Genis est formée par des ouvrages sur la Coma Rosm^ le fort et la tour de la Cassa remplaçant l'ancienne redoute de la Tour du Chab. Ges défenses pourraient à la rigueur être tournées par le col de Glapiers.

Exilles et Suse gardent la vallée de la Doria Riparia, qui donne passage au chemin de fer et à la route du mont Genèvre, près du col de TAssiette, entre le mont Ghaberton, et les escarpements du val de Thurres dessinent une assez bonne position de défense. Le col de Sestrières conduit par-dessus le mont de l'Assiette dans la vallée du Glusone, où se trouve Fenestrelle avec le fort Mutia sur la rive droite, et le tracé, qui, sur la rive gauche, descend du fort de l'Elmeetdu fort de Vallées. Mais Fenestrelle peut être tourné par le col d'Atbriès, qui suit la vallée de la Germanasca, et les ouvrages de la place sont do-

minés par les contreforts du massif de FAssiette et de TAlbergian.

Le col de l'Argentière (route de Barcelonnette à Goni) emprunte en Italie la vallée de la Stura et traverse le fameux déûlé des Barricades. Yinadin, qui ne vaut pas grand*chose, obstrue cette communication. Yinadin peut, de plus, être tourné au nord par la route de Gastel Delfino à Démonte, par le pas de la Mule, et au nord, par trois chemins dont celui du col de Fremamorte — entre autres — a été utilisé en 1793 et 1794.

La vallée de la Maira n'a aucune importance militaire. Il est toutefois surprenant que les Italiens aient négligé la vallée de la Yraita, au fond de laquelle débouchent les trois chemins d*Agnello, du Longet et du Lautaret, convergeant sur Gastel-Delûno.

Tous les chemins dans les Alpes-Maritimes sont commandés par des forts d'arrêt. Gol de Tende* (route de Nice à Goni) en arrière duquel se pose le fort de San Dalmazzo ;

Gol de Nova (d'Oneille à Ponte di Nova) ;

Gol de San Bernardo (Albenga à Garessio) ;

* Quelques détails techniques sur les fortifications du col de Tende, les plus importantes de tout le système. Ces ouvrages sont:

Le fort Central ou de Colle alto,;date de 1881. Achevé, armé et occupé.

Le fort de Margheria (1855 mètres d'altitude) bat la rive droite de la Roya, la route et le vallon de Caramagna, achevé» armé et occupé.

Fort de Taborda, bat le vallon de Rio Feddo, les lacets de la vieille route du col de Tende et la rive gauche de la Roya, non encore complètement achevé, armé et occupé.

Fort de Pernante (2116 mètres d'altitude). Aies mêmes ob-

Col de Melogno (Finale-Borgo à Gallizano) avec deux ouvrages, celui de Melogno et de Gapra Joppa;

Col de Gadibone (Savone à Carcare) ;

Route de la Corniche avec la petite place de VintimiiUe, les ouvrages de Zuccarello et ceux de la hauteur de San-Benedetto au-dessus de Abbenga.

La valeur de tous ces ouvrages n'est que très relative.

On a souvent déjà appelé l'attention sur la structure différente des versants alpins et des vallées qui y sont creusées.

Sur le versant italien, la direction des vallées détermine trois groupes de thalswegs qui convergent :

Celui du nord vers Turin ;

Celui du milieu sur le mont Tanaro ;

Celui du sud vers Alexandrie.

La possession de ces vallées permet donc à l'envahisseur, le dispositif en plusieurs colonnes convergentes, mais sans bonnes communications transversales dans les hautes vallées, ce qui l'oblige à la jonction de ses masses sur le champ de bataille même. La défense bénéficie de la position centrale et de la manœuvre sur les lignes intérieures.

Cette position centrale, ou mieux, cette zone de concentration, est logiquement indiquée sur la ligne Ca-

jectifs que le fort Margheria, mais outre qu^il protège les trois forts de première ligne, il bat profondément le vallon de Garamagna et atteint les enseUements de Saluta et de Margheria ; sera terminé et armé en 1889.

Fort de Giaura (2260), bat tout le baut bassin de la Roya,pas acbevé.

Fort Pepino, non achevéi

sale-Alexandrie, prolongée par les hauteurs marquées par Toriglia, mont Antola, mont délie tre Groce, Rocca di Stradella, couvrant les communications avec Plaisance et Gènes par la vallée de la Scoffera. Cette barrière est coupée seulement à Vargi par la route de Yogbera à Bobbio.

La position, quoique un peu trop éloignée du débouché des Alpes, est fort bien aménagée, et appuie très solidement les deux principales masses de Tarmée à former autour de Turin et d'Acqui.

Gasale et Alexandrie sont, aux mains d un envahisseur qui aurait remporté un premier succès, des points trop dangereux pour qu*on puisse songer à les fortifier, alors qu*ils ne sont pour la défensive que d'une médiocre utilité. Les vieux ouvrages de ces places n'ont donc pas été améliorés, ce qui donne nettement à l'aire de concentration que nous venons de déQnir, le simple caractère d*une position de résistance tactique.

Les lignes d'opérations, éventuellement de retraite, franchissent le défilé de Stradella que ferme la place de Plaisance, aisée à convertir en un camp retranché par l'établissement de tètes de ponts à Pavie et Mezzanacorte. Quant à la place même, il a déjà été plusieurs fois question d'améliorer ses ouvrages : à l'ouest, positions de Roccadel Vesovo- Gapella-Serra ; à l'est, batteries à Brioni, Bonasco, etc.

D'une façon générale, les obstacles du franchissement des Alpes et la rupture des résistances à vaincre dans les hautes vallées, sont peu de chose en comparaison des difficultés qu'une armée d'invasion aurait à surmonter dans le secteur au sud du Pc.

Enfin, assis en arrière de tout le système, formant en quelque sorte réduit central, et commandant les lignes d'invasion dans l'Italie péninsulaire, se trouve le camp retranché de Bologne (forts Morosini, de la Madona, de Santa Lucia au sud ; forts Slrada Maggiore et Vitale à Test ; forts Donato, Galiera, Bevera au nord ; fort San Felice à l'ouest^).

On a pu se rendre compte, combien était important dans toutes les combinaisons hypothétiques le rôle de Gènes, point d'appui de gauche du dispositif stratégique; que celui-ci s'oriente face à l'ouest ou qu'il effectue en arrière son changement de front.

Gènes, malgré ce caractère, n'a pas comme place de guerre une valeur considérable.

La Spezzia, second verrou tiré à l'entrée de l'Italie péninsulaire lui a nui.

Gènes, outre ses batteries rasantes sur le front de mer et son enceinte gravissant le contrefort entre la Polcevera et le Bisagno, est pourvu d'ouvrages détachés tels que :

Forts de la Crocetta, il Diamante, mont Groce, mont Ratti, San Martinos d'Albaro et l'Iuhen.

C'est à la Spezzia que l'Italie accentue son effort le plus considérable, car la Spezzia n'est pas seulement un camp retranché, mais surtout et avant tout une station maritime.

L'arsenal date de Gavour (1860) et près de 80 millions ont été dépensés pour k mettre en état de recevoir^ tant bien que mal, dans ses bassins, de gros cuirassés comme Vlialia et le Lepanto,

La Spezzia, qui a été le théâtre(l*'juillet 88) de ces fameuses manœuvres navalei, qui n'ont eu d'autre

résultat que d'égarer Tamour-propre des Italiens, se trouve au fond d'une baie dont rentrée est défendue par une série de très bons ouvrages que nous énumérons comme suit :

Front de mer. — a). Fermant le golfe en avant de la digue sous-marine, entre les forts Santa-Maria et Sainte-Thèrese : fort Palmariaen Tîle du même nom; à la pointe délia Senola^ batterie blindée système Gruson, et à la pointe délia Mariella, projecteur électrique; fort de la Gastagna sur remplacement de Tancien ouvrage du même nom. De Tautre côté de la rade, en face du fort de la Gastagna, à la pointe de Haramozza, coupole cuirassée Gruson et projecteur électrique, puis fort de Lerici et batterie de Falco* nara.

b). En arrière de la digue, à l'intérieur de la rade ; à gauche en pénétrant dans la rade : batterie du Lazaret, batteries hautes et basses de Pezzino. En face de la tour, de Tautre côté du port intérieur, batteries du Moulin-à-Vent, batterie des Gapucins, batterie du Val de Lochi, haute batterie et batterie rasante de la pointe de San Bartolomeo, batterie du monte Pianellone, batterie haute et batterie rasante de Saint-Teresa.

c). Gouvrant la place sur le front ouest : fort Muzzerone dominant les escarpements de la côte, haute batterie délia Gastagna, et fort de Gastellana. Sur Tarête même du relief, fort projeté à Santa- Groce, batterie projetée au Monte-Bramapane, fort en construction au Monte-Parodi (cote 627) et un peu audessous, fort projeté sur le Monte- Verugoli.

Front de terre à Touest ; fort de Vissegni, fort de Marinasco, fort du Monte-Gastellazzo, fort du Monte- Albano, fort du Monte-Vallerano (en projet) ouvrage de bon Viaggio (projeté), fort du Monte-Bastia (non achevé), fort de Vezzano Gapitolo (projeté); puis s*mclinant au sud-est et dominant le vallon de la Magra, fort de Fresonara (projeté), ouvrage au Monte-Graggîano (projeté), ouvrage de Trebiano (projeté), fort de Ganarbino au-dessus des batteries entre Lerici et Sainte-Thérèse, batterie projetée à Ginestrone, audessous du fort de Ganarbino, fort projeté au Monte- Branzi, au-dessus de Lerici, fort projeté au Monte- Valestieri, fort de Monte-Rochetta (non achevé), et enfin fort projeté de Monte-MarcelJo sur le capGorvo.

La Spezzia nous amène directement à traiter la question de la défense des côtes, système auquel Rome s'est en quelque sorte réduite. Ou si Ton préfère, Rome est la plus importante, des places fortes maritimes de ritalie péninsulaire.

Les Italiens, par suite d'une opinion que nous n'avons heureusement pas à discuter, mais simplement à constater, opinion que bien certainement ils n'ont pas été seuls à inventer, s'imaginent que toute l'étendue de leur côte, sur la mer Thyrénienne, est exposée au péril d'une attaque de la flotte française; attaque pouvant se réduire aussi bien à de simples tentatives de bombardement d'un port quelconque, de destruction de la voie qui court parallèlement au littoral, ce qui gênerait fort la mobilisation, ou même à un débarquement en force, menaçant directement Rome.

Je crois n'avoir pas besoin de beaucoup insister

pour établir combien celte croyance est devenue pour la majorité des Italiens un article incontesté de foi. Il suffirait presque de rappeler le fameux article que M. Crispi inspira en mars 1888 à YEsercito, et rappel qu'il fit à l'assistance anglaise, appel qui amena dans la Méditerranée Tescadre de Tamiral

Gomme l'écrivait alors à la France militaire son correspondant d'Italie, cet affolement fait peu honneur à la bonne organisation et à l'exact fonctionnement du service d'information que l'Italie doit avoir établi en France.

Si le signataire de cette correspondance, au lieu de séjourner à Naples avait résidé à Berlin, et s'il avait pu s'y créer de bonnes intelligences, il n'aurait pu mieux faire que d'attribuer cette colossale fumisterie à la seule Italie. L'Italie n'a été qu'un complice joué.

Mais nous ferons tout aussi bien de rechercher des documents plus sérieux, tels l'article de M. Zerbi dans VàNuova Antoloyia (mars 1888) ; telles les discussions qui ont eu lieu dans l'enceinte de Monte-Gitorio. M. Grispi a trouvé plus d'une fois des compères, dont M. Nicotera, son ancien collègue, et les mois de juin et de juillet ont été occupés par quelques séances fort intéressantes.

Dans ces séances, on à insisté sur le péril que faisait courir à la défense nationale, l'absence presque complète de défense côtière. Gênes, Naples^ Palerme

• Naples 450.000 hommes. Arsenaux et chantiers importants, les ouvrages qui couvrent la place sont de vieilles bicoques sans intérêts. Sainte Elme, au nord, Gastello del Ovo, au sud, et sur le port même, Gastello Nuoro, Gastello Gapnaro, Gastello de! Garmine.

sont exposées aux insultes d'une escadre française.

Le ministre de la guerre, le général Bertole Viale, et Tex-président du comité d'artillerie, le général Mattel, ne protestent que faiblement devant les clameurs alarmistes de MM. Nicotera et Toscanelli; mais le gouvernement est obligé de reconnaître que d'après les études précédentes, le développement complet du système de défense coûterait 140 millions, et que ces millions sont bien difficiles à trouver. Avec soixante millions, on pourrait déjà faire besogne utile, en ne protégeant que les grandes cités commerciales comme le proposait ilf.5o/a. Une commission a été nommée et sanctionne ce mode de procéder. Seulement il reste à trouver l'argent, impossible d'opérer une réduction sur le programme des voies ferrées projetées, et depuis longtemps promises. Il ne reste que l'impôt ou la répartition de la défense sur plusieurs exercices.

Les Italiens pourtant ont déjà fort bien fait les choses.

Spezzia, Messine, Tarente et la Maddalena avec Venise, pour mémoire seulement, sont ou seront les quatre ports d'attache, de ravitaillement et de construction de la marine italienne, lui permettant de demeurer maîtresse de la faculté de combattre.

Le projet de Tarente date de 1862, mais n'a été adopté qu'en exécution de la loi du 29 juin 1882. — La courbe (mare grande), qui entame le côté entre les caps Rondinella et San Vido, est jalonnée à peu près en son milieu par l'île de San Pietro, flanquée

Soi L^EUROPE EN ARMES

d'une annexe, l*llot San Paolo, Seule la passe entre rUot et le cap San Yido est praticable aux gros bâtiments. La ville même est sise sur une lacune séparant la rade (mare grande) du bassin intérieur (mare piccolo). Un des plus remarquables travaux d'aménagement a été rétablissement, plus exactement Tamélioration du chenal sud (Porta Lecce), pour faire communiquer le port intérieur (mare piccolo) avec la rade (mare grande). Ce chenal mesurant 380 mètres de longueur et 12 de profondeur, commencé en 1883, a été achevé le 22 mai 1887, et coûte 4.200.000 francs.

Messine, déjà armé de pièces Krupp de 40 centimètres, étend son camp retranché sur les crêtes qui couvrent la ville (forts Polverina, Groce Gamina, fort du col de Salice, ouvrage près de San Marco, de Gresso et de Tarantone, plus ou moins partiellement achevés) et forme tête de pont sur l'autre côté du délroit.

La position de la Maddalena enserre son bassin entre les tlots de la Maddalena et de Caprera * et les caps Orso et Ferro de la Sardaigne. Elle %e complète par la mise en état de défense préparée des hauts plateaux de Galura-Ozieri en Sardaigne.

Messine et la Maddalena sont, à proprement parler, ports de refuge, et en même temps stations stratégiques, permettant par la combinaison de toutes les manœuvres, la jonction aussi bien que la disjonction d'escadres, l'action offensive et l'attitude défensive.

• Ouvrages : Vidodisquila, Porta Teg^gia Moneta, Porte Vecchio sur nie de Maddalena; Punla Rossa et Stagari sur l'île de Caprera.

La Spezzia forme avec Messine les deux solides extrémités de la ligne de défense extérieure, couvrant les côtes italiennes'. A peu près au milieu de la ligne se trouve la station de laMaddalena. Ainsi appuyée, la flotte italienne espère pouvoir fournir aux taches diverses qui lui incombent :

Gêner le transport en France du XIX*' corps mobilisé en Algérie.

Couvrir Rome et les côtes de la Sardaine et de Tîle d*Elbe, contre une agression de la flotte française, en attendant l'arrivée espérée des escadres anglaises ;

Assurer le transport par mer duXIP corps (Sicile). ( Gon proprio sacrifigio >, ainsi que ledit très bien le colonel Perruchette ;

Appuyer et ravitailler en partie l'aile gauche de son armée;

Menacer la Gorse ;

Insulter les côtes de nos possessions africaines, et se saisir de la Tunisie.

Néanmoins, avant de songer à l'action ofl'ensive, ritalie a la sagesse de se préoccuper d'abord de la protection de son propre littoral.

Le long développement des côtes paraît avoir été réparti en six secteurs :

Le premier, avoisinant la frontière française, est compris entre Ventimiglia et Vado. Buggio, d'après certaines indications, paraît être le point de concentration de la défense mobile ;

Le second secteur s'étend de Vado à Gènes;

Le troisième, de Gênes à la Spezzia;

Le quatrième, de la Spezzia à Piombino, y compris nie d'Elbe et l'archipel Toscan;

3Si L*EUHOPE EN ARMES

Le cinquième s'étale jusqirà Terracine;

Le sixième, appuyé a la place de Gapoue, qui deviendra plus tard un camp retranché, va de Gaëte à Naples et s'annexe les lies de Ponza, Gapri et Ischia.

La protection de la côte du Salernltano, de Gilento et de la Galabre est principalement confiée aux milices locales.

Les Italiens, dans leur affolement, craignent non pas seulement pour la côte toscane, et la côte romaine de Talamone ou San Stefano à Gaëte, mais bien encore pour le golfe de Naples.

Pourtant, les approches de Florence sont aisément défendables, et la région est couverte par la chaîne de Monte-Albano, commençant au col délie Pilastre, passant à Monteluppo, pour se terminer non loin de Signa. La chaîne domine la cuvette de Pistoja et de Prato, et son versant ouest très abrupte est difficilement accessible du côté de la mer.

Mais c'est pour Rome surtout que nos voisins affectent les plus grandes appréhensions. G'est cette inquiétude qui a motivé la transformation de la capitale en un camp retranché et qui fait obstruer tous les chemins, qui, de la côte peuvent y donner accès,

N'a-t-il pas été calculé par leurs écrivains militaires, que le matin du septième jour après la déclaration de la guerre, un corps français pourrait avoir achevé son débarquement en un point quelconque entre Talamone et Gaëte?

Le camp retranché de Rome date de 1877-1878.

Les travaux des 15 ouvrages qui le composent auront coûté environ 15 millions. Ges ouvrages sont :

Rive droite du Tibre, de la Via Triumphaleàla Via Portuense :

Monte-Mario et son annexe San Onoforio, Braschi, Val Carnata, Aurélia Antica, Trojani, Portuense.

Rive gauche : Grotta Perfetta, Appia Antica, Gasilina, Premestina, Tiburtina, Monté-Sacro, Monte- Antenna.

Ges forts ou ouvrages intermédiaires, à intervalle de 2 à 4 kilomètres, doivent être armés chacun de 12 à 24 pièces. Leur établissement est sujet à bien des critiques, autant par le choix peu judicieux des remplacements, que par les conditions défectueuses de leur construction et de leur organisation intérieure. Le génie italien n'a fait que piètre besogne, et ses travaux ont tout au plus la valeur d'ouvrages en style provisoire.

Talamone doit porter un ouvrage sur le Monte- Pretrosco ; Givita-Vecchia sera couverte par la hauteur des Gapucins; Port-d'Ecole, qui n'a que peu de profondeur mais qui est bien garanti des vents du large, juchera ses défenses sur le piton du télégraphe du Monte-Argentario; à San Stefano la hauteur de Torre-Argentario commande à 280 mètres d'altitude toute la côte du cap Lividonia à Santa-Liberta, ainsi que le9 vallées de Pozzarello et de Gampone.

Porto-Angio, Terracine et Fiumiccino sont sans intérêt, et peuvent être négligés.

Gaëte ne vaudra quelque chose, que quand le Monte- Orlando aura été couvert d'un bon ouvrage.

Je me garderai bien de discuter l'opportunité de ces travaux.

De Talamone, pourtant, le chemin sur Rome est

rendu bien difficile par les contreforts entre TAlbegna, la Fioraet laMarta, et Ton peut sérieusement douter qu*un général ennemi ose débarquer son corps à Naples ou à Gapoue, à 12 ou 14 étapes de la ville sainte, ayant à franchir bien des obstacles, et ne serait-ce que Volturno.

Mais, allez donc raisonner avec des gens qui ont cru sérieusement au bombardement en pleine paix !

Donc, passe encore pour les fortifications. L'Italie dépense des millions et arrive tant bien que mal au résultat qui peut plus ou moins la satisfaire, mais il est un autre facteur influant, le rendement de sa puissance militaire, dont elle est inhabile à corriger les imperfections.

Je veux parler du réseau ferré à utiliser pour la mobilisation.

Si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur la carte dltalie, nous constatons : un excellent réseau à Touest de la transversale Gène-Milan, dans la zone même de concentration.

Deux lignes seulement débouchant de la péninsule, pour se souder sur la rive droite du Pô à cette transversale.

A proprement parler, trois lignes qui sont :

La voie bordant TAdriatique, courant de Rémini, par Bologne à Plaisance ;

La voie qui suit le littoral Thyrénien ;

L'artère centrale traversant une région difficile et franchissant TAppenin à Pistoja pour se rattacher à Bologne.

Toutes ces lignes sont encore à une voie, leur tracé

r nrnrr

est défectueux, les voies de garage sont trop peu abondantes, le matériel fait défaut, le personnel d'exploitation est peu expérimenté et négligent.

La ligne Savone-Gênes-la Spezzia-Pise-Givita-Veccia- Rome suit fidèlement le littoral, et si la flotte est impuissante surtout au début des hostilités, àtenir la mer, les Italiens n'ont plus à compter sur cette ligne. Ils s'en rendent du reste si parfaitement compte, que tous leurs efTorts tendent à rejeter à l'intérieur leurs transports militaires, en augmentant dans la mesure du possible le rendement de l'artère centrale, et en créant de nouveaux raccordements avec la ligne de l'Adriatique (secteur Florence-Faenza).

L'artère centrale Na pies- Rome-Florence, va être doublée sur les secteurs Naples-Rome et Rome- Ghiusi, où la ligne se dédouble par Stena et Trezzo, pour se ramifier de nouveau à Florence.

Mais cette artère n'en reste pas moins dans de très fâcheuses conditions. Le secteur Florence-Pistoja- Bologne, affligé de fortes rampes et de courbes très malheureuses, obligeant à des machines spéciales tfaînant des trains de 15 voitures, fournit un rendement inférieur de marche, au moins à celui des lignes à simple voie.

En somme, cette ligne ne peut pas transporter plus de 6,000 hommes par semaine et dans de telles conditions il y aurait encore avantage à faire débarquer l'infanterie et la cavalerie à Florence.

L'Italie s'est beaucoup préoccupée en ces dernières années de modifier l'état défectueux de son réseau ferré, mais l'état de ses finances ne lui permet que l'exécution d'une très minime partie des vastes pro-

jets conçus par ses ingénieurs et par ses politi* ciens.

Dès 1879, le Parlement décidait la construction de 6,000 kilomètres de voie, répartis suivant leur importance en trois catégories, dont la première comprenait les chemins de fer de TEtat et la seconde ceux subventionnés. Les dépenses devaient être réparties en annuités IS, 18 et 21. Une loi de 1882 vient modifier les dispositions de celle de 1879, diminuant de moitié la durée de construction, et activant surtout la construction des lignes désignées par le ministre de la guerre, comme ayant une impor< tance militaire. Ces lignes, au nombre de 14, sont :

Mantoue-Legnano ; Ceva-Ormea; Cuneo-Gol de Tende (achevé) ; Aulla-Lucques ; Gajano-Borgo, San Domingo (achevé); Bassano-Primolano ; Lecco-Collicô ; Gazzano-Domo d'Ossola ; Fabriano-San Arcangelo ; Bologne-Vérone (achevé) ; Avezzano-Geprano- Roccasecca ; Sulmona-Iserhia-Gampobasso ; port de Gatanzaro-Gol Veraldi ; Gosenza-Noceva-Tirrenao.

La construction décrétée de ces chemins de fer représente une dépense de 2,431,000,000 francs. Jusque fin 1888, il en a été établi 1,922 kilomètres ; savoir : 1,299 kilomètres dans la partie continentale et 623 kilomètres dans la péninsule.

La discussion qui a eu lieu en juillet 1888 au Parlement, suffit à indiquer dans quelles singulières conditions avait été réglé le programme de ces travaux.

M. Deprètis fixait à 322,000 fr. la dépense moyenne par kilomètre. M. Baccarini réduit cette somme à 234,000 francs, puis à 227,000. Le Parlement rogna

à son tour, réglant les frais à 200,000 francs au kilomètre.

Il est résulté, de cette façon de procéder, un déficit dont M. Saracio, le ministre des travaux publics, a répudié avec raison la responsabilité.

Ainsi sur la ligne Novarre-Pino, les dépenses, prévues à 20 millions, se sont élevées à 45 millions. La ligne de Giovi, évaluée à 21 millions, en coûte 70. Sur la ligne Gallarata-Laveno, les dépenses sont plus que doublées (13 millions au lieu de 6), etc., etc. Les modifications apportées par la dernière loi se traduisent naturellement par des accroissements de dépense.

Ainsi :

Ligne Parme-Spezzia, ancien projet, 46 millions,

nouveau projet, 132 millions ; Ligne Faenza-Florence, ancien projet, 40 millions, nouveau projet 76 millions et demi ; Ligne Cunéo-Ventimiglia, ancien projet, 33 millions, nouveau projet 87 millions ; Ligne Génes-Ovada-Acqui, ancien projet 80 millions, nouveau projet 80 millions. Où trouver tout cet argent?

Malgré les conditions défectueuses de son réseau ferré, Tltalie compte pouvoir transporter 280,000 hommes en cinq jours.

D'autre part les Italiens ne peuvent cacher que, malgré certains récents remaniements, il serait imprudent de compter que les réservistes auront rejoint avant le 20° jour leur corps d'affectation*

Si nous tenons compte de la répartition territoriale des corps d'armée, de la densité prépondérante des effectifs dans la région continentale, des ressources en matériel qui y Kont déjà accumulées, nous pouvons admettre que Tltalie déplacera immédiatement, sous la protection de ses troupes de couverture, six corps d'armée pour parer aux plus pressantes éventualités, plus exactement pour donner à son allié des gages immédiats de son bon vouloir.

Ce n*est que successivement, et sur place que se complétera cette mobilisation. En un mot, Tltalie ne tenant aucun compte des enseignements donnés par le début de la campagne de 1870, prétend commencer ses transports de concentration aussitôt que possible, peut-être même le 3* jour, pour Tinfanterie et l'artillerie, et n'achèvera qu'ensuite sa mobilisation.

Mais, supposons la mobilisation et la concentration terminées afin de discuter les hypothèses qui peuvent commander le groupement de ces armées.

Le colonel Perruchetti a écrit un fort savant ouvrage « La difesa délia stato > avec une objectivité trop particulière, pour que nous puissions accepter comme remède souverain et surtout d'une immédiate application, la position de la Cattolica-Spezzia. Nous avons dit ce que nous pensions de l'excellence de cette position, mais seulement en seconde éventualité. Oue dirait donc l'état-major de Berlin si l'armée italienne allait se dérober si loin de nos frontières? L'allié veut des masses agissantes et non simplement présentes.

L'armée italienne doit se montrer en avant de sa véritable position de défense.

Nous admettrons donc le choix d'une zone de déploi^ement, pouvant être approximativement détinie par les points de Ghivasso, Turin et Goni.

Ge déploiement permet de tenir tête à Tattaque frontale que l'on peut attendre par le mont Genis et par le mont Genève, et, ce qui est l'essentiel, de surveiller une menace bien improbable venue de la Tarentaine, par le col du petit Saint-Bernard, et descendant sur Ivrée par le val d'Aoste. Enfin le dispositif couvre également la pénétration dans la région Onéglia-Savone, et les tentatives de franchissement parles routes Onéglia-Mondovi, Albenga- Mondovi, Finale ou Savone-Gairoo.

Gènes même est très efficacement protégée, tant que la flotte française n'aura pas opéré un débarquement dans une des rades d'Alasio, de Vado, de Vollri ou de Sestri. Seule la rade de Vado est réellement tentante, celle de Voltri, peut être plus avantageuse, offrant l'inconvénient dé n'être sise qu'à 15 kilomètres de Gênes.

Quelle est maintenant l'expression numérique de la force que l'Italie peut en fin de compte, et tant bien que mal, assembler dans sa zone de concentration, et sur sa zone de déploiement?

Nous croyons à un groupement de trois masses off*rant la valeur de dix corps d'armée.

Deux autres corps d'armée semblent réservés à une destination spéciale, quoique difficile à concilier avec Tensemble de faits et d'incidents que l'on est convenu de dénommer « Res Tridenttinae, Res Tirolenses >.

Toutes les autres formations existantes, ou à improviser, sont maintenues dans Tllalie péninsulaire.

3G:Î LKUROPE EX ARMES

L'Allemagne qui n'a cherché dans son alliance avec ritalie qu a compenser le préjudice que lui cause sur la fronlicre de la Yistule rimmobilisation dune armée, prétend, nous Tavons dit, imposer à sa très docile alliée, un rôle agissant, et lui assigne comme objectifs de son offensive :

1" La ligne de Turin-Lyon par le Saint-Bernard, le mont Genis et le mont Genève ; tout en constatant pour ne pas tomber dans l'absurde, la gêne créée par Briançon et Albertville.

t" Des opérations secondaires, dans les Alpes maritimes.

3° La pénétration par la vallée de la Stura dans celle de la Durance, pour balayer la région entre Nice et Briançon.

Enfin, il n'est pas inutile de rappeler qu'il a déjà été fréquemment question du transport, soit par le Saint-Gothard, soit par le Brenner, d'une fraction d'e l'armée italienne (un ou deux corps) pour joindre directement l'aile gauche du dispositif allemand.

Le passage par le Brenner ne regarde que l'Autriche qui assurément s'y prêterait de fort bonne grâce. Service pour service.

Quant au franchissement du Saint-Gothard, c'est probablement une autre affaire. Nous savons par l'étude consacrée à la Suisse que nos voisins ne sont nullement disposés à laisser violenter la neutralité de leur territoire et à rééditer, s'il est besoin, la campagne de 1799 *.

* En mai 1799, Soult était chargé de la pacification du Canton d'Uri et Suchet de celle du canton des Grisons. Cette dernière

Malgré les si pressantes instances de leurs alliés, les Italiens ne cèdent que mal leur prudente préférence pour la défensive, et leur tendance à attendre le débouché des colonnes françaises, ce qui leur permet d'utiliser les avantages de la position centrale.

Us n'ont peut-être pas absolument tort.

Rappelons, en effet, pour autoriser nos conclusions :

l'' Les conditions défectueuses du système de réserve ne fournissant à Tarmée, qu'en proportion réduite d'un petit nombre d'hommes suffisamment instruits ;

2® Le système non moins fâcheux de mobilisation ; le rendement peu favorable de ses lignes, obligeant ritalie ^ des opérations successives, et l'exposant à toutes les aventures ;

3^ La nécessité de maintenir au sud des Apennins une notable partie des forces du royaume ;

soutenue par les troupes autrichiennes du général Saint-Julien force Soult à franchir le col de Oberalp, qui n'avait pas encore été pratiqué, pour rentrer dans la vallée de Urseren. L'insurrection dans le canton d'Uri devient générale, mais les Français après s'être refaits, reprennent l'offensive dans la vallée de la Reuss, et le 17 août emportent le pont du Diable. Quelques jours plus tard, Souvarow gravissaient le Saint-Gothard avec les Russes, et 600 hommes de la division Lecourbe arrêtaient 4,000 Russes à Stalvedro, plus exactement à Casa dei Pagani, un peu au sud d'Airolo. Néanmoins, le 25 septembre Souvarow occupait Airolo avec ses 25,000 hommes, et les Français se repliaient dans col Tremola, qu'ils sont ensuite forcés de vider devant la furieuse attaque de front des Russes, combinée avec un mouvement tournant du général Schweikowski , par Sarescia.

Malgré une étonnante défense de Lecourbe dans la vallée de la Reuss, l'énergie de Souwarow, triomphe de tous les obstacles, comme par exemple les 5 et 10 octobre au franchissement du col de Panix

4® L'obligation qui lui serait imposée de porter hors de son territoire, quelques fractions de Tarmée.

Nous conclurons donc d'une façon générale, que ritalie est tout au plus capable de nous créer des embarras, mais qu'elle est absolument impuissante pour tenter à notre préjudice quoi que ce soit de sérieux.

On peut même oser plus encore, et se demander si ritalie, la constante fanfaronne, ne se bornera pas à de simples mais bruyantes démonstrations, criant au delà des Alpes à TAllemagne, son zèle et son bon vouloir.

Une nation qui toujours a eu la bonne fortune de profiter même de ses défaites, peut bien espérer qu'il lui suffira, pour avoir sa part du gâteau convoité, de balayer rofflce et d'aider à mettre le couvert.

Quant à nous, ne l'oublions pas, la grosse partie doit se jouer sur les Vosges. Ne nous laissons donc pas disti:iaire sur les Alpes.

Notre flotte doit suffire pour tenir, dans la Méditerranée l'Italie en respect, pendant les quelques jours que nous avons besoin pour régler notre compte avec l'Allemagne.

Espérons que notre marine sera à la hauteur de sa tâche.

Nous déclarerons tout d'abord dès les premières lignes de cet article ne pas être de ceux qui croient à Texistence d'une convention secrète entre l'Espagne et l'Allemagne, convention qui aurait été négociée entre MM. de Hatzfeld et Yega de Armijo, et àlaquelle, les voyages à Berlin de Alphonse XII, et à Madrid de Frédéric prince royal, auraient servi de témoignage public.

Nous ne croyons pas non plus, comme le publiait au mois d'août de l'année dernière la Voz de Gnissuzcoa, que l'Espagne négocie sa reconnaissance comme grande puissance, au fait de son accession à l'alliance des puissances centrales.

Nous réputons mensonges, à la manière du vieux Crispi, tout ce que certains journaux italiensont pu publier à ce sujet.

Nous croyons fermement que le gouvernement de la reine régente Christine et la nation espagnole sont mieux intentionnés à notre égard et qu'ils sont désireux, préoccupés avant tout de leurs propres intérêts, de demeurer le cas échéant dans la plus loyale neutralité.

Nous ne pensons pas non plus que les Espagnols

368 l'europe ex armes

aient à noire sujet des craintes que rien ne justifierait. Nous ne prenons donc pas au sérieux les fantaisistes alarmes du colonel Juan. L. Lapoulide parues sous le titre Vencidos^ au commencement de cette année, dans l'organe militaire El EJercito, L'auteur aura simplement voulu, dans un tableau aux sombres couleurs, sous forme de production dans le genre des batailles imaginaires, forcer l'attention de ses compatriotes sur les réformes de l'armée.

Ce n'est donc pas sans un certain regret que j'ai noté l'importance exagérée et mal interprétée, donqée aux récents travaux de fortifications que le génie espagnol vient d'achever dans la partie nord de la péninsule.

Ces derniers travaux, on le sait, consistent dans l'achèvement des forts San Marcos et San Cristobal.

L'ouvrage de San JUàrcos est auprès du cap Figuier, entre Saint-Sébastien et notre frontière. Une des batteries annexes de l'ouvrage a vue sur Saint-Sébastien et Passages. L'autre commandera Irun et Oyarzun et croisera ses feux avec la redoute de Guadeloupe, commencée seulement l'année dernière.

Dans le voisinage du fort San Marcos, le génie a établi en outre des travaux préparatoires pour un camp retranché dominant la vallée de l'Uruméa vers Saint-Sébastien, Hernani et Astigarraga.

Le fort de San Cristobal, vers Chalender, dont il a été également parlé, appartient au système de Pampelune, se rattachant plus ou moins à la question du transpyrénéen dont l'établissement n'est plus qu'une affaire de temps.

Il en est de même des ouvrages en construction en Jaca et entre cette place et le Somporl. Il serait plus

que puéril de noire part d'interpréter avec malveillance ces travaux définitifs, tout gouvernement ayant non seulement le droit strict, mais aussi le devoir d'admettre dans les préoccupations qui concernent la sécurité nationale, les hypothèses même les moins vraisemblables.

Une invasion française en Espagne entre forcément dans le domaine du plus invraisemblable, même dans ses conceptions générales. A plus forte raison quand il s'agit des Pyrénées centrales.

Aussi, les quelques études sérieuses publiées à ce sujet en Espagne, répondent-elles presque toutes à des préoccupations particulières, spécialement à la ligne de Ganfranc. Je citerai seulement, à titre d'exemple, un article datant déjà de plusieurs années, de MM. Leandro Mariscal et S. del Castillo dans la Revisia cientifico militar et du lieutenant-colonel Don Ramiro de Bruna dans la Revista militar Fspanoia. Je ne puis guère faire exception — tout au moins pour les ouvrages à ma connaissance — qu'en faveur de l'ouvrage du capitaine />. Modesto Navarro y Garcia c estudios militares aplicados al caso hipotetico de una guerra con Francia ». A condition de complètement négliger l'argumentation politique et de n'admettre que la simple étude de géographie militaire, l'ouvrage est bien travaillé et instructif à lire.

L'auteur, parlant d'une donnée qu'il n'est pas possible d'accepter, admet sur le versant nord des Pyrénées la formation d'une armée d'environ 300. 000 hommes dont 2f)0.000 seraient sur la Bidassoa, 10.000 dans les Pyrénées centrales et 30.000 en Roussillon.

Il préconise pour l'armée espagnole, la défensive

dans les Pyrénées occidentales, en indiquant deux lignes de défense, dont la plus importante court par la Sierra San Adriaa, Urquiola Durango (gauche\ la Nerra Urbasa et la Sierra de 'Andia au centre, pour s'appuyer à droite aux Montes del Perdon et Alaix* Par contre, il adopte dans les Pyrénées orientales Toffensive par la vallée de la Sègre avec Mont-Louis pour objectif, conseillant en cas d'insuccès la retraite par la Catalogne, pour tenir successivement la résistance derrière le cours d'eau, couvrant les approches de Barcelone, la Houga, le Fluvia, le Ter et le Lobrégat. Le savant officier s'est naturellement beaucoup inspiré des mémorables campagnes de Don Antonis Ricardos.

Les ouvrages dans la vallée de Canfranc, que j'ai eu à plusieurs reprises occasion de visiter, ne sont pas encore achevés. Je ne puis donc, pour plusieurs d'entre eux, parler que du projet qui les concerne :

Dans la vallée de Penticosa et au sud de cette station balnéaire, la vieille tour de Santa Ëlena doit être remplacée par une batterie casematée pour cinq pièces, taillée dans le roc, avec une galerie pour cent cinquante fusils. Dans cette même vallée, et plus en aval, un petit murage doit être établi à Sabinânigo.

A la descente du Samport, au col de Ladrones, s'achève un fort pour dix pièces, qu'appuiera sur le hauteur de Saguëlas une batterie pour cinq pièces. Entre le col et Canfranc se voient deux tours du style Arroquia, portant deux pièces sur la plate-forme.

Jaca, dont l'antique enceinte pentagonale date de Philippe II, doit être amélioré et presque transformé en un petit camp retranché. Les collines de Asiero et

de Rapitan doivent être couronnées de petits ouvrages. Un autre doit être établi à cinq kilomètres plus loin sur la rive gauche du Rio Gas, et sur le chemin de Penticosa. Enfin à treize kilomètres de la place, couvrant Taccès de la Navarre, un dernier ouvrage doit s'élever à Paco-Mondano. Quelle que puisse être un jour rimportance, fort contestable du reste, de ces ouvrages, la configuration du massif suffit à elle seule, pour attribuer tous les avantages aune défense sachant d'abord utiliser le terrain pour la résistance pied à pied, et déboucher ensuite par le canal de Berdun pour menacer le flanc de la ligne d'invasion.

Je veux dire aussi combien peu il faut au soldat espagnol pour s'accrocher au terrain, et rendre par son courage la plus mauvaise place imprenable. J'ai visité peu de temps après l'insurrection, alors que les dommages n'étaient pas encore réparés, les champs de bataille de cette guerre. J'ai vu Bilbao avec les forts improvisés qui dominent Tentonnoir, j'ai vu Puycerda avec sa brèche voisine de la grande place, si héroïquement défendue, j'ai visité la Seu d'Urgel avec ses antiques ouvrages, et je me suis toujours etpartout demandé, comment les défenseurs avaient pu être assez follement braves pour tenir derrière ces murs délabrés.

Plus tard j'ai parcouru encore l'Espagne.

J'ai Fcvu Bilbao dont les ouvrages étaient accrus par la tour de Serantes, fichée à 300 mètres d'altitude en face de Portugalette, et plus bas une caserne pour l'artillerie, solidement mise en état de défense. En somme Portugalette avec le Serantes, San Roqtie, Gampanzas et Gruz de Cueto, qui bat le rio Galinda, peut bien jouer en petit, le rôle d'un minuscule camp

'Sli l'huropë en apmes

retranché^ maintenant libres les communications de Bilbao avec la mer, mais avec cette prétention, que la guerre civile est de plus en plus improbable.

J*ai visité Santona et le FerroL Je me suis embarqué à Cadix pour Algesiras, faisant dans une détestable carriole le tour de la baie pour aller coucher le soir à Gibraltar. J*avoue, dans ce long itinéraire, n'avoir vu nulle part, sauf à Cadix, et encore, ce que j'appellerai de sérieuses fortifications.

Inutile de ne pas à appliquer à l'Espagne et j'en suis fort aise, les procédés dont je me suis servi au cours de quelques-unes de ces études.

Il peut me suffire de faire connaître d'une façon très superficielle l'état général de l'armée espagnole, et de compléter cet aperçu par un exposé des i^éfbi^mes militaires et navales^ question qui, à l'heure actuelle, domine en Espagne mémela situation politique.

L'armée espagnole subit incessamment, depuis la fin de la guerre carliste, une succession de réformes qui fâcheusement n'adoptent pas un programme raisonné, et dont l'exécution, malgré de très nobles efforts, est retardée par la crise économique et les fréquents changements ministériels, conséquence fa« taie de l'évolution des partis.

Je reviendrai plus tard sur cette question politique. Les essentielles réformes organiques ne pr.ennent toutefois date que du décret du l®"" juillet 1882, décret partageant le royaume en cent quarante districts, acheminement possible, quoique bien retardé, à l'ackoption du recrutement régional.

Mais l'organisation de Tarmée est encore entachée d'une seconde hérésie non moins condamnable. Le

service n'est ni obligatoire ni personnel, et le remplacement est admis pour une prime moyenne de 2.000 fr. De 1877 à 1881, on compte 32.230 remplaçants.

Une loi annuelle fixe Teffectif du contingent à incorporer et la répartition en est faite par décret militaire au prorata du nombre des inscrits.

La durée du service est de trois ans dans l'activité, trois ans dans la première et dans la deuxième réserve.

Armée active comprend :

Infanterie : 60 régiments à 2 bataillons (4 comp.) et deux cadres de compagnie de dépôt ; effectif réglementaire, 910 hommes (mais toujours au-dessous). Les régiments,y comprenant le régiment d'Afrique (Pija de Geuta) sont numérotés de 1 à 61 et portent, de plus, un nom patronymique : colonel honoraire, province, événement historique, etc. Ex. : rég. de la Reine, de là Princesse, dé l'Infant, d'Isabelle II, de Zamora, de Gordoue, de Baylen, de Tetuan, de la Constitution, de la Loyauté, etc., etc.

Vingt bataillons de chasseurs (cazadores), d'Alphonse XII, de Catalogne, de Madrid, de la Habana, des Trapilés. J'ai eu le plaisir de voir ce dertiier dans la caserne de la Montana à Madrid et il m'a donné la plus favorable impression de la parfaite instruction de ces corps, et de la qualité exceptionnelle du recrutement de l'infanterie espagnole.

L'infanterie est armée du Remington, et Ton n'a pas encore sérieusement pensé à l'adoption d'une arme à répétition, quoique l'on suive avec beaucoup d'attention, à l'école de tir de Tolède, que dirige le colonel Gallardo, l'état de la question à l'étranger, et que des

officiers de l'armée nationale aient eux-mêmes pré* sente des modèles d'armes ou de chargeurs rapides, entre autres le capitaine Mata.

La cavalerie que j'ai vue dans diverses de ses garnisons, dont j'ai visité l'école à Valladolid (notre école de Saumur), et que j'ai eu occasion de revoir sur Thippodrome deGasadeCampo,m'afrappé par l'excellence de ses remontes, qui presque toutes, proviennent des provinces du midi (établissements de Ubeda, Gordoue, Jerez, Moron, etc.],etparlesbrillantesqualitésdeson personnel. La cavalerie compte 28 régiments à quatre escadrons :

8 régiments de lanciers créés de 1818 à 1818, supprimés, puis recréés en 1844 (régiments de la Reine, du Prince, etc.).

4 de dragons (9 à 1:2) dont l'origine se rattache au premier régiment créé à Vittoria en 1638, et dont l'histoireaeu de bien nombreusesvicissitudes. Enl749 les dragons sont si en honneur que la cavalerie espagnole compte 17 de ces régiments qui supprimés en 1803 réapparaissent de 1808 à 1818.

2 régiments de hussards, celui de la Princesse et de Pavi'e (n^'' 19 et 20).

14 régiments de chasseurs (13 à 18 et 21 à 28) {Alphonse Xll, Marie Christine d'Alcantara, de Totavera, etc.). Les chasseurs datent de 1803. Supprimés en 1823, ils réapparaissent en 1848, comme chasseurs d'Afrique, et sont définitivement rétablis en 1818.

Il n'y a donc pas actuellement dans la cavalerie de cuirassiers (coracero). Après avoir été transformés en lanciers, puis recuirassés,ils ont été définitivement supprimés en 1874.

V Artillerie compte :

2 régiments de montagnes à 6 batteries de 6 pièces.

i régiment de siège à 4 batteries de 6 pièces.

5 régiments de corps à 4 batteries de 6 pièces

5 régiments divisionnaires à 6 batteries de. 6 pièoes.

9 bataillons d'artillerie de forteresse à 4 ou ou 6 comp.

Arme bien instruite comme j'ai eu occasion de le constater au polygone de CarabancheL Très beau matériel, entièrement de construction nationale. Du reste l'exposition de Barcelone a été pour Tartillerie espagnole, présentant quelques spécimens de ses nouvelles pièces c Sotomayor^^ un réel succès.

Génie, 4 régiments de sapeurs-mineurs à 2 bataillons de 4 comp.

1 régiment (bataillon) de pontonniers;

1 bataillon de chemin de fer ;

1 bataillon de télégraphe ;

Une brigade topographique.

Le génie est remarquable dans Tarmée espagnole par son corps d'officiers, extrêmement savant et à hauteur du progrès, par ses nombreux travaux et par son caractère scientifique. A Guadalaxarra, il y a une remarquable école de l'arme, et l'instruction qu'on y donne est certainement des plus complètes et des plus scientifiques.

Maintenant, quelques chiffres sous forme de récapitulation générale.

Ensemble dont au nord de l'Ebrc

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