Soit au total près de 1.800.000 hommes
Comme j'ai eu soin de le dire, depuis nombre d'années tous les ministres de la guerre qui se sont succédé à Madrid ont plus ou moins tenté des réformes : Maréchal Quesada qui a beaucoup fait pour l'organisation des réserves, pour la cavalerie, pour le service des remontes, el qui a permis à la fonderie de canons de l'aciérie de Trubia d'arriver à son complet développement; le marquis de Fuentefiel^ qui a créé les bataillons de réserve ; Martinez Gampos, Lopez Dominguez, Castillo et autres, mais aucun assurément n'a eu l'intention de faire plus radicalement que le général Cassola. C'est uniquement de son programme que nous aurons à nous occuper dans cette partie de notre étude, à laquelle peut se donner l'entête de Riformas militaris. Nous n'avons pas la prétention de pouvoir en quelques lignes détailler
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d'une façon complète le programme des réformes du général Cassola, programme comprenant 79 articles et remplissant 13 pages du Diaris de Sesiones de Gortes. Qu*il nous suffise d'en établir les points principaux :
A). Adoption du service personnel et obligatoire, de vingt à IrenteHieux ans : trois années sous les drapeaox/qnatre ans dans la première et cinq ans dans la seconde réserve ; le remplacement et la susbtitution ne seraient admis que pour le service dans la péain* suie. Conservation du volontariat d'un an.
6). Augmentation du contingent annuel, sans toutefois recourir au recrutement régional; augmentation de Teffectif budgétaire, et par suite, formation de nouveaux corps.
L'armée active sur le pied de paix de 104.976 hommes, passant à la mobilisation à un effectif de 286.977 hommes, avec une réserve de 180.000 hommes, serait encastrée dans 71 régiments de ligne à 3 bataillons, 15 bataillons de chasseurs, 28 régiments de cavalerie, 24 régiments d'artillerie, 8 bataillons du génie, 1 régiment de pontonniers, etc.
C). Réformes dans l'état des officiers. Répartition plus égale de l'avancement :
1* Par la suppression de faveurs faites aux armes spéciales, grades honoraires qui permettent, par exemple, à un officier du génie d'être capitaine dans son arme et colonel de l'armée.
2® En ramenant à de plus équitables conditions la répartition des grades élevés. Ainsi, si l'on prend la proportion des colonels aux sous-lieutenants, on
trouve : infanterie 8,46; cavalerie 10,8; artillerie 18,8; génie 17,47; état-major 89,82.
Le programme des réformes militaires est arrivé le 8 mars 1888 devant la Chambre, et quand la session a pris fin dans les premiers jours de juillet, le général Cassola avait été remplacé par le général O'Ryan, après un incident qui aurait pu amener la chute du cabinet Sagasta. En effet, pendant le voyage de la reine à Barcelone, Tinfante Eulalie, femme de Don Antonio, fils du duc de Montpensier, était restée à Madrid, et le général Martinez Gampos, capitaine général de la Nouvelle-Castille, s'était refusé à Tactc de eoBiioisie consistanl à lui porter le mot (el santo y sena). Le ministre de la guerre aurait voulu sévir énergiquement contre le capitaine général, mais des considérations de politique intérieure obligèrent M. Sagasta à ne pas donner raison à son ministre de la guerre qui préféra se retirer.
A la session actuelle de la Chambre des députés le projet de loi-militaire a été remis en discussion, pour donner tout au moins à Tarmée, dont on ne tient pas à provoquer, le mécontentement un semblant de satisfaction.
M. Sagasta, malheureusement, se heurta à une vive opposition. M. Romero Robledo, ancien ministre de rintérieur et M. Canovas y Castillo sont Içs adversaires déclarés du projet de réforme ; M. Castelar s'est également prononcé contre ce projet avec beaucoup d'énergie, estimant que la discussion du programme serait fatale au parti^ibéral, et qu'il y avait à se préoccuper de plus urgentes réformes, ne serait-ce que la réforme de la loi électorale.
Du reste, le projet que défend aujourd'hui le général Chinchilla, refusant énergiquement toute réduction du contingent pour aider les efforts de son collègue des finances voulant combler un déficit de près de 56 millions de francs, ce projet, disons-nous, n'est plus qu'un squelette décharné, réduit par la commission parlementaire aux modestes proportions d'une loi sur l'avancement, laissant de côté tout ce qui concerne le service obligatoire, la division territoriale, etc.
En somme, personne n'aura été satisfait, et l'Espagne aura à attendre de meilleurs jours pour reprendre dans de meilleures conditions, le programme des réformes dont tous les patriotes acceptent l'impérieuse nécessité.
Les hommes d'action dans les divers partis politiques ne font pas défaut, pour satisfaire dans des conditions différentes, il est vrai, ce besoin de réorganisation militaire.
Les conservateurs pensent reprendre le général Cassola. M. Martos ou M. de Romero Robledo comptent sur Lopez Dominguez, le neveu du général Serrano, servi par de brillantes qualités et une ambition démesurée. Martinez Gampos, le héros de Sagonte, illustration à son déclin, attendant le dernier honneur qui puisse lui être conféré, la grandeur promise par Alphonse XII, incline vers M. Canovas y Castillo, apportant au groupe le prestige non encore complètement effacé de sa grande personnalité.
Les trois partis qui se disputent le pouvoir, ont ainsi chacun leur général.
La triste affaire du 19 septembre 1886, dans la-
quelle le général Villacampa a pu seul être compromis a montré au parti républicain que le temps des pronunciamentos était passé.
Cette étude sur la qualité de l'Espagne comme puissance militaire serait incomplète, si je ne consacrais pas quelques pages à la marine qui, elle aussi, a son chapitre des Be formas de marinas.
Le souci de bien établir combien en la matière mon impartialité est grande, me porte à une appré- . dation étrangère. Au moment où l'incident des Garolines menaçait de faire naître un conflit entre l'Espagne et l'Allemagne, de nombreux journaux de la péninsule ont publié des renseignements sur la marine nationale. Entre autres un article de VEpoca se résumait ainsi :
Effectif de la flotte 145 bâtiments, 815 canons avec un personnel de 637 officiers et 14,000 marins. L'infanterie de marine compte 376 officiers et 7,043 soldats.
Les bâtiments ont, pour la plupart, été achetés en France et en Angleterre. Le plus important de ces bâtiments, le Vittoria, a été acquis à Londres en
Au mois de septembre de cette même année, un organe spécial anglais, publiait l'article suivant que la Gazette de Voss ne désapprouvait pas :
« La conduite pleine de prudence du cabinet (espagnol) impressionne désagréablement la marine et, on
liSi L'eUROPC en ARMES
dil même que le ministre de la marine aurait offert sa démission. Les officiers de la flotte doivent pourtant être les premiers à ne pas ignorer combien à tous les points de vue la marine espagnole est inférieure à celle de TAllemagne, et qu'un combat de leurs vieux et impropres bâtiments contre les navire^ de leur adversaire aurait pour eux une tragique issue. La marine espagnole est inférieure par ses constructions, son artillerie et Tinstruction de ses équipages. L'Allemagne est en situation d'assurer en peu de jours une flotte de cuirassés, de croiseurs, de torpilleurs, que ni la France ni TAngleterre n*ont le droit de mésestimer. Nous ne voulons en rien humilier la marine espagnole, mais comme observateurs impartiaux (??) nous ne pouvons que conseiller à l'Espagne d'éviter un conflitqui, au début peut-être, pourrait êtrepréju- . diciable au commerce allemand mais qui, se terminerait par l'anéantissement complet de la marine espagnole. »
La presse politique anglaise donnait dans la même note. Qu'il me suffise de rappeler ici un article du Mo7mmg Post « The german and spanish navies cornpared » que nous analyserons :
L^Allemagne s*est constamment tenue à hauteur du progrès, Y Espagne est demeurée stationnaire. Le plus fort cuirassé espagnol porte des plaques de 150 millimètres ; l'Allemagne en possède deux avec 308 millimètres, 6 avec 2S4 millimètres, 2 avec 238 millimètres, 11 avec 203 millimètres. Les plus faibles ont 114 millimètres.
La flotte allemande porte 840 canons; les plus forts calibres sont de 30 cent. 5, les pièces de 26, 28,
21 centimètres, même celles de 17 et 18 centimètres perforeraient à 2,000 mètres les cuirassés espagnols. La flotte d'Espagne à 479 canons ; les plus forts sont de Armstrong de 10 centimètres.
L'Allemagne possède 27 cuirassés, l'Espagne 7 seulement. »
Je ne veux pas perdre mon temps à relever les exagérations artificielles de ces articles, écrits dans des antichambres par de plats valets. Je préfère dire brièvement les très louables efforts faits en ces dernières années pour la réorganisation de la marine, antérieurement déjà, mais surtout depuis la loi du 12 janvier 1887, dite loi de construction de Vescadre nouvelle.
Le général Béranger promoteur de la loi, ambitionnait avant tout d'attribuer à cette organisation un caractère essentiellement définitif et, donnait par suite un grand développement à la construction des torpilleurs.
Son programme élaboré avec Tassîstance du conseil de la marine (consejo de gobierno de la marina) portait en substance trois types de constructions :
1° Bâtiments de combat, type de croiseurs de bonne vitesse (15 à 18 nœuds) ; armement 2 pièces de 28 centimètres. Ce groupe plaçait la marine espagnole à la tète de celles de deuxième rang. Il devait comprendre 8 bâtiments au nombre desquels le Pelayo construit à la Seyne et récemment livré (cuirassés en acier de 9,900 tonneaux ayant filé 15,76 nœuds au tirage naturel et comprenant dans son armement 2 pièces de 48 T., 2 pièces de 38 T., 12 pièces de 12 centimètres, 21 canons-revolvers.
i^ Croiseurs de grande vitesse (bâtiments de course) pour faire la chasse à la marine marchande de Tennemi ; 8 de première classe, 7 de seconde, et 40 de troisième. Les croiseurs de première classe doivent avoir 95 mètres de longueur, 4,300 tonnes de déplacement et une vitesse 18 nœuds. Ils doivent être armés de 4 pièces de 20 centimètres, 6 de 12 centimètres et de canons-revolvers.
3* Groupe destiné à la protection des côtes : 150 torpilleurs et autres bâtiments, tels que batteries flottantes dans le genre du Duque de Tetuan au Ferrol.
L'amiral Arias^ successeur du général Béranger, a fait modifier par un décret de la régente la loi de construction d'escadre nouvelle et cette décision a provoqué entre lui et son prédécesseur, un débat curieux, duquel le ministre de la marine s'est néanmoins tiré avec une vote de confiance lui accordant un crédit de 253 millions.
Le général Béranger, sacrifiant les théories qui lui sont chères, regrettait surtout la lenteur que ces modifications allaient apporter à la réorganisation de la flotte.
L'amiral Arias ne pouvait que difficilement se défendre de ces reproches. Il a toutefois fourni de très valables explications en exposant la ferme intention du gouvernement de favoriser avant tout l'industrie nationale.
Son projet porte création de : 6 croiseurs de 6.500 à 7.000 tonnes.
20 croiseurs.
30 torpilleurs.
Le projet bien décidé de ne faire construire qu'en Espagne est fort louable et en partie justifié par l'expérience. L'Espagne ayant été trop souvent mal servie par les constructeurs étrangers (anglais).
Ainsi, le fameux chasse-torpille Destructor construit en Angleterre en 1887, et qui avait été mis à la disposition de la reine pendant son séjour à San Sébastien, est aujourd'hui relégué comme une épave au Ferrol — les deux croiseurs-torpilleurs Ile-de-Cuba et lle-de-Luzan (1.600 chevaux, 2.400.000 francs, 6 pièces de 12 Hontoria, 4 Hotschkiss, 9 Hordenfeld, 3 tubes lance-torpilles), fournis par la maison Armstrong n'ont été acceptés par l'amirauté que parce qu'il était impossible de faire autrement. '
Actuellement l'Espagne fait construire dans ses trois forts de guerre, Garthagène, Cadix et Ferrol ; elle s'est entendue en septembre avec la maison hispano-anglaise , Martinez-Rivas-Palmer à Bilbao, pour la construction de 3 croiseurs avec production môme pour les machines, uniquement espagnole. Un quatrième croiseur et des bâtiments de moindre importance ont été commandés à Cadix, et 24 torpilleurs ont été commandés à la maison La Grana au Ferrol.
Au résumé la marine espagnole subit actuellement une très heureuse crise de transformation, qui sous peii la portera très en avant des marines des Etats de second ordre. Nous la faisons figurer dans le tableau ci-après.