D'APRÈS LES PANGERMANISTES
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Gattaro, Trieste et Pola, constitueraient, comme l'Alsace- Lorraine, un Reichsland, un pays d'empire, administré par un gouverneur militaire impérial, territoire qui servirait de base à la puissance maritime de l'Allemagne dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (1). Le royaume d'Autriche serait lié à la Prusse par une convention militaire, mettant son armée dans une situation analogue à celle du duché de Bade ou du Wurtemberg (2). La flotte autrichienne se fondrait dans la flotte allemande (3). Pola et Gattaro deviendraient des ports de guerre de l'empire (4).
Les autres brochures (5) qui traitent du démembrement de l'Autriche offrent les mêmes traits; elles sont unanimes notamment à exclure la Galicie, la Bukovine et la Dalmatie de la liste des conquêtes désirées ; ce sont là des poids morts, inutiles au « germanisme » , dont il faut se débarrasser à tout prix.
Poussant plus loin encore dans l'avenir, les Pangermanistes ne se contentent point de prévoir les conditions du morcellement de l'Autriche, ils prétendent en déduire toutes les conséquences. La couronne impériale d'Autriche passerait — cette fois pour toujours — aux Hohenzollern (6). Un régime de fer beaucoup plus dur que celui qui a été em-
(1^ « Das Kiistenlancl zusammen mit der Siitlpitze von Dalmatien ^Rngusa, Bocche di Gattaro, Spizza mit den Hàfen Triest, Pola und Gattaro) bildet ein Deutsches Reichsland, organisirt als Militàrgrenze unter der Verwaltung eines kaiserlich-deutschen militàrischen Statthalters. Es bildet die Grundlage fur die deutsche Seemacht in der Adria und dem Mittelmeer. Op. cit., p. 10.
(2) « Mit dem Kbnigreich Oesterreich schliesst Preussen eine Militarkonvention ab, nach dem Vorbildeder wiirttembergischen oder badisclien. » Op. cit., p. 11.
(3) « Die bsterreichische Kriegsflotte geht in der deutschen auf. » Idem.
(4) « Pola uns Gattaro werden Reichskiiegshàfen. » Idem.
(5) Par exemple Gi-ossdeutschland. Deutschvblkischer Verlag « Odin », Munich, 1900.
6 « Die bsterreichische Kaiserkrone geht (und zwar flir ewige Zeiten) an die Hohenzollern liber. » Die Deutsche Politik der Zukunft, p. 14. Deutsch vblkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.
ployé en Alsace-Lorraine serait appliqué à la nouvelle conquête. Salus Germaniae suprema lex. En Moravie, les propriétés tchèques passeraient à l'État prussien (1) ; partout les journaux et les livres ne paraîtraient plus qu'en langue allemande (2). Une série de mesures longuement énumérées, réactionnaires au point d'être féodales, assurerait dans tout le pays la compression du « Slavisme » .
§ 3. — L'intensité des convoitises sur l'Autriche ne fait pas oublier aux Pangermanistes le reste de leur programme, mais ils estiment qu'il deviendra seulement réalisable le jour où l'empire allemand s'étendra de Hambourg à Trieste. « Notre avenir est sur l'eau, disent-ils, mais notre présent est entre l'Adriatique et la mer du Nord. » Une fois en possession de l'Autriche, nous redeviendrons les voisins des pays faiblement peuplés du Danube et des Balkans (3). L'action de la Grande-Allemagne pourra s'exercer dans ces régions avec toute son intensité. Elle rayonnera ainsi au nord et au sud-est.
Il ne sera pas très difficile alors d'amener la Suisse, la Hollande et la Belgique à entrer dans le Zollverein de l'Europe centrale. L'Allemagne forme l'hinterland de ces deux derniers États et le trafic qui en résulte leur est si nécessaire qu'il ne pourraient mener longtemps une politique commerciale séparée (4). Enfin, la force d'attraction économique d'une confédération ainsi formée au centre de l'Europe sera peut-être telle qu'une série d'autres États
(1) « Das Gut der Tschechen in Màhren geht in den Besitz des preussischen Staates iiber... » Gross-Deutschland, p. 18. Deutschvtilkischer Verlag « Odin » , Munich, 1900.
(2) « Bûcher, Zeitungen und Zeitschriften diirfen nur in deutscher Sprache erscheinen. » Op. cit.y p. 19.
(3) « Und endlich, im Besitze von Oesterreich, wcrden wir wieder die Nachbarn der d'unn bevblkerten Dcmau-und Balkanlânder... » Die Deutsche Politik der Zukunft, p. 9. Deutschvblkischer Verlag « Odin n , Munich,
(4) Alldeutsche Blàlter, 1897, p. 224.
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du continent demanderont à en faire partie pour y trouver une compensation de leur exclusion de l'Union douanière de toutes les terres anglaises de l'Univers (1).
Dans la conception de ses auteurs, la réalisation du Pangermanisme apparaît donc comme une opération à deux temps : la première imminente vise V Autriche; son succès rendra possible la seconde, qui donnera enfin à £ Allemagne ses frontières « naturelles » à F ouest, Luxembourg et Bel fort, à lest une ligne allant de Memel à la mer Noire et au sud Trieste (2).
Pour les partisans de la Grande-Allemagne, la théorie n'est qu'un moyen; l'action seule les séduit. Ils veulent inculquer leurs idées à tous les Allemands. A cet effet, ils ont créé une puissante organisation de sociétés fédérées entre elles, admirable instrument de propagande, dont j'exposerai plus loin le fonctionnement (3). Ce qu'il faut maintenant établir, c'est le lien étroit existant entre le mouvement pangermaniste et la question d'Autriche.
(1) « Ja, es wiïrde sich sogar vermutlich eine Reihe anderer europàischer Staaten mit uns zu einem gemeinsamen Zollvereine zusammenschliessen, um fur die Ausschliessung vom engliscli redenden Teile der Erde Ersatz zu finden ». Die Deutsche Politik der Zukunft , p. 13. Deutschvolkischer Verlag « Odin », Munich 1900.
(2/ Paul de Lacarde, Deutsche Schnften, p. 113 Dieterich, Gottîngen,
(3) V. chap. v, lr* partie.