‹ L'Europe et la question d'Autriche au seuil du 20e siècleChapitre 45 sur 66 · A ce chiffre, il faudrait ajouter · texte numérisé non relu

A ce chiffre, il faudrait ajouter

Tchèques 6.000.000

Slovènes 1 .350.000

Serbo-Croates 145 . 000

Soit, au total, 11,237,542. L'Allemagne, agrandie de l'Autriche, comprendrait donc près du sixième de sa population de sujets non allemands.

Incontestablement, la proportion est forte.

Qu'en résulterait-il au double point de vue militaire et politique? Par la force même des choses, l'armée et la flotte de la Confédération comprendraient une proportion à peu près équivalente d'éléments antiallemands. Mais, il faut le remarquer, ces soldats ne compromettraient pas la solidité des troupes dont ils feraient partie. Une fois annexés, les Tchèques et les Slovènes, en tant que soldats noyés dans les contingents allemands fortement encadrés, comme le sont actuellement les Alsaciens-Lorrains, les Danois et les Polonais, rendraient à la Confédération à peu près les mêmes services militaires qu'un Piussien enthousiaste et de race pure. Au point de vue politique, leur opposition serait incontestablement plus efficace. Il est certain que seul un régime de fer, analogue à celui qu'applique le gouvernement de Berlin à ses sujets lorrains, alsaciens, danois et polonais, pourrait maintenir dans l'obéissance des hommes aussi attachés à la liberté que les Slaves d'Autriche. Comme

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le régime d'arbitraire, bien qu'appliqué aux Polonais de Posnanie depuis plus de cent ans, n'a pas fait réaliser de progrès sensibles à la germanisation, on peut admettre, en raison des preuves de vitalité qu'ils viennent de donner, que les Tchèques résisteraient encore plus aisément que les Polonais. Il esl certain même que tous ces sujets, allemands par la force, humiliés, brutalisés, soumis à des impôts écrasants, s'uniraient moralement contre leurs oppresseurs; mais quelle résistance pratique pourraient-ils opposer à un gouvernement qui a l'habitude séculaire de contenir les peuples conquis et récalcitrants? Sans doute, il ne les assimile pas, mais il les domine. N'ayant rien à craindre, au point de vue militaire, d'un accroissement de sujets slaves, il ne craindrait pas davantage leur opposition politique.

Le danger catholique, en raison même des traditions prussiennes, paraîtrait devoir être infiniment plus réel. L'empire allemand d'aujourd'hui compte, sur ses 52,000,000 d'habitants :

Protestants, 31,000,000, soit 63 pour 100,

Catholiques, 17,500,000, soit 35,8 pour 100 (1).

Si l'on ajoute parmi les Allemands d'Autriche :

Catholiques, 8,500,000,

Protestants, 500,000, protestants et catholiques allemands, c est-à-dire ceux qui pourraient avoir une influence quelconque sur le gouvernement, se trouveraient être dans la Confédération supposée :

Catholiques, 26,000,000,

Protestants, 31,500,000.

Ces derniers ne disposeraient donc plus que d'une faible majorité pour leur assurer la direction des affaires.

Il est très certain qu'il y a une dizaine d'années on n'eût jamais consenti à Berlin à envisager une semblable hypothèse ; mais, comme je l'ai exposé, la politique mondiale de

(1) Le» Israélites représentent les 1,2 pour cent du total.

l'empereur Guillaume a tout changé. Adonné surtout à l'expansion économique, convaincu de la nécessité de lutter contre le socialisme international, l'empereur a compris qu'il ne pouvait rien sans avoir avec lui les catholiques qui forment l'appoint indispensable aux scrutins du Reichstag. On sait à quel point cette tactique a réussi. L'évolution des catholiques allemands a commencé peu après la mort de Windthorst. Gagnés par de menues concessions, ils ont renoncé à l'opposition et sont devenus les soutiens les plus fermes de Guillaume II.

En Chine, en Turquie, ils servent avec éclat sa politique; au Reichstag, leurs votes lui assurent tous les crédits qu'il demande pour l'armée et pour la marine. Il ne s'agit donc plus de donner aux catholiques une part du pouvoir; c'est chose faite.

Cette concession apparemment si contraire aux principes luthériens des Hohenzollern offre-t-elle les inconvénients que beaucoup veulent lui trouver? Assurément pas jusqu'à présent. En réalité, les catholiques allemands se sont contentés de peu de chose eu égard aux services qu'ils ont rendus à l'empereur, et si celui-ci, dont les scrupules sont légers, accepte d'accroître encore le nombre de ses sujets catholiques, on peut être assuré que c'est avec l'idée bien arrêtée de les réduire, si le besoin s'en faisait sentir, lorsqu'il aura tiré d'eux l'utilité qu'ils présentent pour l'accomplissement de ses grands projets.

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