‹ L'Europe et la révolution française Volume 3Chapitre 15 sur 74 · LE DÉCRET DU 19 ISOVEMURE · texte numérisé non relu

LE DÉCRET DU 19 ISOVEMURE

magnifique d'une République française, entourée de nations amies, affranchies par elle et scellant avec elle, par la reconnaissance, la grande fédération de la liberté. La Convention acclama ces délégués des nations, mais elle ajourna de délibérer sur les demandes de réunion. Elle en renvoya Texamen aux comités et déclara que les vœux d'incorporation, pour être admis, devaient être manifestés par le seul souverain, c'est-àdire le peuple réuni dans ses assemblées primaires * . Le premier précédent posé consacra donc le principe du vote expressément et librement émis par les populations, La Convention voulait, avant de s'engager, connaître la portée de l'engagement et se donner le temps de réfléchir. Mais l'enthousiasme montait, et les incidents qui se succédaient brusquèrent les décisions.

Le 9 novembre, l'Assemblée apprit la victoire de Jemappes. Jean Debry proposa une fête nationale. Vergniaud la fit décréter. tt Chantez donc, s'écria-t-il , chantez une victoire qui sera celle de l'humanité; il a péri des hommes, mais c'est pour qu'il n'en périsse plus. Je le jure... chacun de vos combats sera un pas fait vers la paix, l'humanité et le bonheur des peuples ! « Le 19 novembre, l'Alsacien Rûhl dit, à la tribune, que les patriotes mayençais craignaient d'être abandonnés par la France. «Je demande, ajouta-t-il, que vous déclariez que les peuples qui voudront fraterniser avec nous seront protégés par la nation française. » Brissot fit observer que le comité diplomatique préparait un rapport d'ensemble sur la conduite à tenir envers les populations affranchies, et que ce rapport serait prêt dans quatre jours. C'était trop pour les ardents. Carra,

* Vote du 4 novembre 1792. On avait déjà lu, le 28 octobre, une adresse dei citoyens de Nice demandant à être Français ; 3 novembre , on lit une lettre du club de Strasbourg annonçant que les Mayençais demandent la réunion; 4 novembre, députation de Nice apportant un vœu de réunion; il novembre» députation des Savoisiens demeurant à Paris et demandant la réunion; 11 novembre, discours d'un patriote batave : « Mes concitoyens brûlent de devenir Français I» ; 15 novembre, adresse de huit commuiies du pays de Nassau-Saarbruck, demandant la réunion : «La France est notre ancienne patrie... Nos relations commerciales et la conformité de langue semblent nous placer naturellement dans U département du Bas-Rhin » ; 18 novembre, rœu de Bergzabein.

La Réveillière, Treilhard proposèrent de rendre, sëance tenante, un décret de principe, sauf aux comités à en régler l'application. Brissot se rallia à cet avis, et le décret fut rendu :

« La Convention nationale déclare, au nom de la nation française, qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté, et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples et défendre les citoyens qui auraient été vexés ou c^ui pourraient l'êtrjj pour la cause de la liberté. »

Cette déclaration aurait du combler les vœux des Belges et assurer le succès du plan de Dumouriez. Il n'en fut rien. Le décret du 19 novembre ne fut, à Paris, qu'un pompeux incident de séance, et hors des frontières, qu'une lettre morte. Il n'apporta aux Belges qu'une déception et ne fit qu'ajouter un conflit de plus à tous ceux au milieu desquels se débattait Dumouriez. Ce général avait achevé sa conquête en moins de temps et plus brillamment qu'il ne pouvait l'espérer. Mais il avait à vêtir son armée et à la nourrir ; il avait à organiser la république des Pays-Bas. Ces deux objets exigeaient tous ses soins. Il se heurta dans l'une et l'autre entreprise au même obstacle : l'opposition que le parti révolutionnaire de Paris et le ministre de la guerre faisaient à sa personne et à ses desseins * . Pache envoyait des déiriagogues où il fallait des intendants. Ses agents, déprédateurs et désorganisateurs, laissaient l'armée souffrir de froid et de faim, les malades sans hôpitaux, les soldats sans vêtements, la cavalerie sans fourrages. Le» Belges étaient contraints de payer le» contributions de guerre en numéraire, que le ministère réclamait pour Paris. L'armée, quand elle payait ses vivres, payait avec des assignats. Lea

* ÇauQuiix, Jtmappes, ch. ?, Pacii«.

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