CHAPITRE PREMIER
Le23 janvier 1793, deuxjours après Texécution de Louis XVI| la Russie et la Prusse signèrent à Pétersbourg le traité du second partage de la Pologne. Tandis que les révolutionnaires décapitaient le représentant de la plus vieille dynastie de l'Europe, deux monarques démembraient l'un des plus anciens États de la république chrétienne. Ce rapprochement de dates est significatif. Il définit et juge l'esprit de la première coalition.
Les soldats de Catherine avaient assuré le succès des confédérés de Targowitz*. Cette faction accomplissait en Pologne, par la force des Russes, la contre-révolution que les e'migrés français avaient espéré accomplir dans leur patrie par la force des Prussiens et des Autrichiens coalisés*. Les confédérés anéantirent l'œuvre réformatrice de la grande Diète de 1791 et restaurèrent partout l'ancien régime. Ils formèrent un gouvernement provisoire sous le nom de « généralité » ; ils remirent
' Voir t. II, liv. IV, ch. u, La Pologne et la Révolution française^ p 457 et •uiv
' Cf. ci-de88u«, p 2-3.
en vigueur le liherum veto; ils suspendirent la justice régulière et y substituèrent des commissions chargées de juger selon leurs ordres ; ils privèrent de leurs droits politiques toutes les personnes qui refusèrent de signer le serment de confédération. Les soldats russes se chargèrent de convertir les incertains ei de châtier les dissidents. A les voir à l'œuvre^ dès l'automne de 1792, on est forcé de convenir que les commissaires du Conseil exécutif en Belgique n'étaient que d'imparfaits imitateurs.
Réquisitions , pillage organisé sous prétexte de visites domiciliaires, espionnage de jour et de nuit, délations, patrouilles incessantes, arrestations arbitraires, terreur dans les villes, jacquerie militaire dans les campagnes, invasion et dévastation des châteaux, assassinat des propriétaires, viols, supplices, chauffages, incendies, toutes les horreurs de la guerre civile et de l'invasion combinées, il est impossible de percevoir aucune différence entre ce spectacle qu'offre en Pologne ia victoire d'une aristocratie soutenue par une impératrice, et celui que donna en France la tyrannie anarchique des pires démagogues '. Ce n'était encore que la préface du démembrement, et les alliés se disposaient pendant ce temps-là à faire subir à la Pologne, par la complicité des confédérés de Targowitz, l'opération qu'ils auraient voulu faire subir à la France, par la complicité des émigrés.
Les négociations, commencées dans le Luxembourg, s'étaient continuées à Vienne, pendant les mois de novembre et de décembre, entre Haugwitz, qui représentait la Prusse, le vicechancelier Gobenzl et son confident, le référendaire Spielmann, qui représentaient la cour de Vienne*. Les Autrichiens temporisaient. La Belgique était perdue, et il ne pouvait plus être question d'échanger la Bavière. Ce iroc in partibus n Qui été qu'une confiscation hypocrite du patrimoine de la dynastie bavaroise. Ce n'était point que les Prussiens répugnassent aui
' Comparer Ferrand, liv. XI. Lettres de Varsovie, 14 novembre 1T9S Moniteur, t. XIV, p. 649, et Taine, Lm conquête jacobine La Révolution, t. lli • Cf. ci-dessus, p. 128 et suiv.