LKS RELATIONS EXTÉRIEURES APRÈS LE 10 AOUT. IT
de Paris*. « Établissez, écrivait-il à Lebrun, un plan révolutionnaire lié entre les sujets de Berne et les Allobroges, entre les sujets de Bâie et les Alsaciens, entre les Gruériens et les indomptables habitants du Jura. » Il conseillait d'effrayer Genève, de caresser les Grisons qui tenaient une des routes de l'Italie, et de ménager Neufchâtel par égard pour le roi de Prusse. Il engageait Lebrun à envoyer en Suisse des émissaires « bien révolutionnaires, d'une éloquence simple et forte îî , et il recommandait à ce ministre « de donner dans l'avenir la plus grande consistance » au club helvétique qui s'était fondé à Paris *. C'était mettre en question la neutralité de la Suisse; mais on en faisait assez bon marché à Paris. Il n'en allait pas de même de celle de l'Angleterre.
Cette neutralité formait un des chapitres principaux du système de Dumouriez *. Elle était l'objet des vues directes et personnelles de Danton. C'est sur ce point aussi que Talleyrand était le mieux en mesure d'éclairer ses nouveaux patrons et de les servir. «Le 10 août*, disait-il, a dû nécessairement changer notre position; il a peut-être sauvé l'indépendance et la liberté françaises, il a du moins écarté et puni des traîtres, mais il nous a paralysés. Dès ce moment, il n'est plus possible de répondre des événements ; il faut agir sur des bases nouvelles, ou plutôt, en s'abstenant d'agir, il faut se borner à prévenir et à surveiller les coups qui pourraient être portés de ce côté. » Ces coups ne laissaient pas d'être redoutables. Le mmistère anglais donna, le 17 août, à lord Gower Tordre de réclamer ses passeports et d'avertir le gouvernement français que si le Roi était décidé à « observer les principes de neutralité en tout ce qui regarde l'arrangement du gouvernement intérieur de la France » , il ne croyait pas se départir de cette neutralité en manifestant sa sollicitude pour la famille royale de France et son espérance
' Katîlek, Papiers de Barthélémy. Paria, 1886, t. I; Dumouriez à Lebrun, 24 août 1792, p. 253.
* Voir, sur ce club, Stehn, Das Leben Mirabeau s. Berlin, 1889, t. II, ch. xil, •t Revue historique, t. XXXIX, p. 282.
' r.f, t. II, p. 418.
* Fragment sur sa miasîon. Affaires étrangères, Correspondance de Londres^
qu'elle serait à l'abri de tout acte de violence « qui ne manquerait pas d'exciter un sentiment d'indignation universelle dans tous les pays de l'Europe » . Chauvelin, tout suspect et séquestré qu'il était à Londres, et tout jacobin qu'il s'efforçait de paraître à Paris, ne pouvait se refuser à l'évidence de ces sentiments ni les dissimuler au Conseil exécutif. « Je ne puis vous cacher, écrivit-il à Lebrun le 31 août, que la position particulière et individuelle du Roi inspire un intérêt assez général, et je ne crains pas d'affirmer que les amis de la liberté dans tous les pays n'apprendraient pas sans indignation que, commettant un crime inutile, on déshonorât la plus belle des causes, en attentant à sa vie. » Lebrun avait jugé politique, pour expliquer aux Anglais l'événement du 10 août* et les engager à reconnaître le gouvernement provisoire, de rappeler les précédents de 1648, ainsi que les relations de Gromwell et de Mazarin. Chauvelin fit observer que le nom de Cromwell était en horreur auprès des Anglais, que le souvenir de la révolution de 1648 serait fort importun à tout le monde, et que l'on célébrait, tous les ans, un jour d'humiliation pour la mort de Charles 1"*. Il n'avait jamais rien écrit de si judicieux. 11 ajouta que le cabinet de Londres ne reconnaîtrait plus aucun agent français.
Le Conseil exécutif décida de rappeler Chauvelin; mais Danton et Lebrun persistaient à vouloir négocier. Danton comptait sur les amitiés qu'il avait nouées avec plusieurs démocrates anglais *. Lebrun fondait de grandes espérances sur un publiciste aventureux, Miles, qui se disait son ami, qui voulait le rapprochement des deux pays et se faisait fort de mettre en relation avec Pitt l'agent que Ton enverrait pour remplacer Chauvelin*. Lebrun proposa pour cette mission Noël, chef de bureau à la seconde division politique, affaire»
* Dépêche à Chauvelin, 18 août 1792.
* Rapport du 28 août 1792.
* Voir Robinet, Danton émigré^ ch. ii.
* Ch. PoPHAM MiLEg, The correspondence of \V. Àugustus Miles, hotkArtf, I89&.