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L'EUROPE ET LE SI JANVIER

rine, loin d'y perdre, y gagna encore : elle n'eut point à héberger les Gondéens, et elle garda à son service le duc de Richelieu, qui valait, à lui seul, plus que toute l'émigration réunie *. Sur les instances de l'impératrice et du roi de Prusse, François II consentit à employer le corps de Gondé.

Le projet des émigrés de faire rétablir la monarchie par l'Europe sans payer ce service en terres françaises n'était ni dans les habitudes ni dans le goût des souverains alliés ; mais» sur le procédé à employer pour subjuguer les Français, l'émigration et les cours ne pouvaient que s'accorder. Ge procédé était celui que la Gonvention employait pour vaincre les coalisés : la ruine et la peur. La Gonvention cherchait dans les conquêtes un moyen d'écouler les assignats ; les émigrés proposèrent, pour affamer la République, d'inonder la France d'assignats faux*. Avant que le tribunal révolutionnaire fût organisé à Paris, la Terreur était à l'ordre du jour dans les conciliabules de l'émigration et dans les conseils des coalisés. Il n'y a qu'un moyen, écrit un officier émigré au maréchal Lacy, en janvier 1793, c'est de marcher sur Paris a en jetant partout la terreur et le désordre » . Mercy répète le mot dans toutes ses lettres. <« Il faut toujours en venir à cette vérité : a On ne peut écraser la Révolution que par « la terreur » . — a Ge ne seront ni une ni plusieurs batailles gagnées qui réduiront une nation, laquelle ne peut être domptée qu'autant que l'on en exterminera une grande portion de la partie active et la presque totalité de la partie dirigeante. Faire main basse sur les clubs, désarmer le peuple, détruire cette superbe capitale, foyer de tous les crimes, de toutes les horreurs, produire la famine et la misère, voilà les déplorables données de l'entreprise à remplir. » Voilà les mesures « dignes du conseil de Néron et de Cahgula » que jugeait a indispensables » cet

» Whitworth à Grenville, 25 décembre 1792, Hebrmann, p. 329. Voir les papier» de Richelieu, Publications de la Société d'histoire de Russie, p. 22, 204, etc.

* Mémoire de Breteuil, lettre de Cobeml à l'empereur, de Schulenbourg jk Gobenzl, décembre 1792; Vivemot, t. II, p. 437-444. Cf. Papiers de Barthé' lemy, t. II, passim, talile analytique, article Ami/nats.

ancien ambassadeur de Marie-Thérèse, confident très estimé de la plus pieuse des souveraines, l'un des plus cultivés, des plus « humains » et des plus « sensibles » , à coup sûr, parmi les diplomates de l'ancien régime. Voici les conseils que l'on attribue, à la même époque, à un gentilhomme très affiné par le monde, hôte aimable des philosophes et commensal exquis des cours, le prince de Ligne : « Il ne reste qu'une seule manière d'agir contre la démocratie : c'est de réduire la France et de l'affaiblir jusqu'à l'extinction des forces... Il s'agit de ruiner complètement les Français et de ne répondre à toutes leurs clameurs philosophiques que par le silence et le poids de la force... » Il faut démembrer la République de telle façon que, « quel que soit son gouvernement et ses principes, elle ne puisse devenir un sujet d'inquiétude pour les nations effrayées de la chute de ce colosse; pour que ses restes, célèbres par des crimes et des malheurs, qui serviront longtemps d'exemples, ne puissent plus sortir de l'obéissance où la force des armes les aura réduits * » .

Le démembrement de la France, même avec la restauration de la monarchie, l'anéantissement de la puissance française, quel que fût le gouvernement de la République, la destruction de Paris, l'extermination des républicains, l'assujettissement de la nation entière, tel est le sort que les coalisés réservaient à la France aux mois de février et de mars 1793. Les émigrés se proposaient d'ajouter à tous ces excès le rétablissement par la violence de tous les abus de l'ancien régime et la satisfaction de leurs vengeances. Et voilà ce qui se disait, non dans des manifestes destinés à servir d'épouvantail, mais dans des lettres intimes et des notes secrètes de chancellerie. La Convention y opposa des mesures terribles ; mais les plus forcenés des conventionnels n'ont jamais menacé l'Europe de desseins plus effroyables que ceux qu'agitaient alors, dans leurs conversations polies et leurs lettres en style noble, les agents de la

* Mercy à Starhemberg, 6 février et 13 janvier 1793, Thuhhkim, p. 36, 45; id., p. 30. — Mémoire attribué au prince de Ligne, 1" février 1793; Vivkmot, t. Il, p. 470.

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