‹ L'Europe et la révolution française Volume 3Chapitre 64 sur 74 · LA LÏBÉBATION DU TERRITOIRE · texte numérisé non relu

LA LÏBÉBATION DU TERRITOIRE

\m marque de cet esprit exclusif qui rétrécit son génie. Ce trait lui est commun avec les plus illustres hommes de guerre, sauf peut-être avec ce Vauban, qu'il avait pris pour modèle.

Ces faiblesses furent rares chez lui. Il sut s'entourer, et il y fallut du courage , de collaborateurs excellents, sortis tous de Tancienne armée : Lacuée de Gessac, Montalembert, Favart, Laffitte-Glavé, d'Arçon, gens d'étude et de ressources qui constituèrent à l'armée française, dès la fin de 1793, le premier état-major général qu'il y eût alors en Europe. Ils opèrent sur un terrain qu'ils connaissent d'expérience; ils discernent, d'après les correspondances des diplomates, les mouvements politiques des alliés ; ils pressentent, ils devinent, ils mesurent d'instinct les déplacements constants des masses qu'opère la Pologne; ils spéculent sur les dissensions, ils profitent des incertitudes, et tous leurs plans se fondent sur ces calculs.

Leur stratégie est celle qui convient le mieux à une armée de formation récente, plus capable d'entraînement que de manœuvres patientes, qui ne peut s'aguerrir que par la victoire, qui ne peut vaincre qu'en attaquant et triompher que par l'élan et par le nombre ; c'est celle aussi que la politique conseille envers une coalition aux membres lourds et dislo* qués, qui opère avec art des mouvements de détail, mais ne parvient jamais à porter des coups d'ensemble. Gondé, aux débuts de sa carrière, demandait à Turenne quelle conduite il devait tenir dans la guerre de Flandre : « Faire peu de sièges, répondit Turenne, et donner beaucoup de combats. Quand vous aurez rendu votre armée supérieure à celle des ennemis par le nombre et par la bonté des troupes (ce que vous avez presque fait par la bataille de Rocroi), quand vous serez bien maître de la campagne, les villages vous vaudront des places'. » Ges maximes étaient classiques. Dumouriez s'en était inspiré à Jemappes. Garnot et son état-major s'en firent un système, et ils changèrent la tournure de la guerre.

' Saimt-Évbemokd, Élo^e de M. dt Turenne.

54« LE OOUVERNEMEIMT RÊVOLUTÏOISN AIBE. — 1793.

Les commissaires de la Convention les aidèrent souvent, et les génèrent plus souvent encore.

Ces commissaires, c'est la Convention même qui se transporte dans les camps avec son despotisme, son énergie et ses factions. Leur œuvre est complexe, comme celle de TAssemblée qu'ils représentent. On retrouve parmi eux, ce qu'on voit dans le Comité de salut public, les hommes d« tyrannie et les hommes de guerre, opérant côte à côte, en conflits les uns avec les autres, souvent avec eux-mêmes; car il y a moins entre eux des divisions de parti que des divisions d'âme, et le même conventionnel a pu passer, sous le coup des circonstances, presque instantanément du rôle de terroriste à celui d'intendant du salut public, u Emplois redoutables » , disait Tun d'entre eux, « où le moment de la réflexion était sans cesse absorbé par la nécessité d'agir * . »» Leur tâche est d'activer les concentrations d'hommes et les approvisionnements ; de maintenir la discipline ; d'attiser le feu dans les cœurs ; d'empêcher tout à la fois les soldats de se trop attacher à leurs chefs, les chefs de se trop attacher à leur gloire; de forcer les généraux à vouloir, la troupe à obéir, tous à \aincre. Ils donnent, dans l'ensemble, une impulsion formidable; mais, en même temps, par leurs complaisances aux délateurs, leur complaisance aux flatteries, leurs partialités, leurs révocations arbitraires, leur goût à souffler les rivalités entre les généraux, leur intolérance politique, leur esprit de discorde, l'incohérence et le despotisme de leurs ordres, ils créent presque autant d'obstacles qu'ils contribuent à en abattre.

L'ennemi, qui recevait les coups, ne se trompa point sur la main qui les portait. Un officier de l'ancienne armée royale, passé au service de la Russie et chargé par Catherine de suivre les opérations des alliés, écrivait après la campagne de 1793 * :

* Jeakboh Saint- André, Discours à ta Société des sciences de Mayence, 1804, cité par Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII, article Jeanbon. Voir Wallon, Le* représentants du peuple en mission, 5 vol. Paris, 1890.

• Mémoires de Langeron : Campagnes de 1793 en Flandre et en AUace. — Mémoires sur la guerre, janvier 1794.

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