LE CONSEIL EXÉCUTIF ET LA PKUSSE
leurs négociations ce qui en devait être le résultat. En conséquence, ils rédigèrent la déclaration suivante :
« Les généraux ayant fait connattre au Conseil qu'il leur a été fait des ouvertures de la part du roi de Prusse, qui annoncent quelques dispositions à entrer en négociations, le Conseil, après avoir délibéré sur cette communication, arrête qu'il sera répondu : Que la République française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes prussiennes aient définitivement évacué le territoire français, n
Le lendemain, 26, Lebrun porta cet arrêté à la Convention*. Il le fit précéder d'un rapport violent. Il y parlait, notamment, a de ces perfidies profondes dont la politique du cabinet de Berlin avait souvent donné le scandale » . Le reste allait du même ton. Si Brunswick ignorait le langage qu'il faut tenir aux peuples libres dont on désire l'amitié, Lebrun n'avait aucune notion de l'art de parler aux rois dont on recherche Talliance. Il y avait sans doute quelque finesse cachée et des arrière -pensées qui se dissimulaient sous l'emphase de son rapport, comme il y en avait dans le manifeste de Lucchesini ; mais chacun gardait pour soi les restrictions mentales ; manifeste et discours s'adressaient à la galerie , et la galerie, qui les prenait à la lettre, n'y voyait que des menaces et des provocations. La lecture du rapport fut suivie de celle de l'arrêté. L'un et l'autre furent accueillis par des applaudissements. Lebrun annonça en terminant que désormais la politique « serait aussi franche que peu compliquée » , et qu'il n'y aurait plus lieu de recourir « à cette diplomatie, qui n'était que l'art de la dissimulation, de la perfidie, de Vimposture et de la tromperie » . Gela fait, il rentra dans éon ministère et signa les instructions destinées au négociateur qu'il chargeait de jouer au plus fin avec un de ces poten-
' Le texte du Moniteur^ t. XIV, p. 56, diffère légèrement de celui du registre du Conseil : annonce le désir, au lieu de : annonçaient quelques dispositions ; veut entendre^ au lieu de : peut entendre; enticiement, au lieu de définitivement; les généraux des armées du JSord et du Centre, au lieu de : les généraux. Aula.ro, t. I, p. 70.
tats qu'il venait de flétrir et dont il repoussait si superbement les avances
Considérant les Points posés par Manstein, Lebrun déclarait que Louis XVI ne représentait plus la France et que Ton ne pouvait le mettre en liberté. « Il sera jugé, et la nation ne souffrira point qu'aucun étranger vienne influer sur sa justice ou sur sa clémence * . » C'était avec le Conseil exécutif qu'il convenait désormais d'entrer en négociations. Sur le second point, la propagande, il s'expliquait nettement : il la réprouvait, comme une calomnie des émigrés : — la propagande n'avait jamais reçu ni organisation ni autorisation, ci La nation française crut toujours que le livre éternel de la nature et de la raison était une propagande infaillible et plus puissante que ses orateurs et ses pamphlets. C'est donc sur la raison, sur les intérêts bien entendus des princes, plutôt que dans l'exaltation même de ses sentiments de bienveillance universelle, qu'elle s'est reposée du bonheur de l'humanité. Elle ne souffrira jamais qu'on s'autorise de son nom et de sa puissance pour porter le trouble dans les États de ses alliés. » La Prusse pourrait être un de ces alliés : le sort de Louis XVI n'importe point à son bonheur. « Si le roi de Prusse renonçait à une guerre désastreuse..., ses propositions sellaient écoutées avec intérêt, et l'alliance des deux nations deviendrait possible w ; mais il y aurait un préliminaire indispensable, ce serait la retraite des Prussiens en territoire neutre. « Dans cette hypothèse, l'alliance ne tarderait pas à être promise, on s'occuperait promptement d'en régler les bases. » Ces dispositions ne s'appliquaient qu'à la Prusse : l'Autriche en était exclue ; la France ne poserait les armes qu'après s'être vengée de la cour de Vienne. Ce qui suivait était d'une nature extrêmement délicate et montrait que le Conseil avait lu et médité les mémoires que des diplomates officieux lui avaient remis *. On voit dans quelle mesure ce conseil, tout en conservant encore pour luimême les principes do la Révolution, était déjà disposé, dans
* Lebrun à Dn m obviez, 26 septembre 179:^.
• Cf. ci-de»«u», p. 23-24.