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LE TROISIEME PARTAGE DE LA POLOGNE. — AN IV

cienne Europe, après avoir montré son mépris de la propriété publique, allait étaler plus çrossièrement encore son mépris de la propriété des particuliers. II convenait pour que la leçon de 1 avenir fût complète et le jugement de Thistoire équitable , que le même temps rapprochât les proscriptions et les confiscations de l'ancien régime de celles de la Révolution.

Catherine procède en Pologne comme les souverains d'Europe ont toujours procédé dans les pays insoumis. Elle exile, déporte, emprisonne, séquestre*. Ce sont les procédés éternels de la force : les émigrés français les ont éprouvés pour avoir combattu leur pavs et prétendu le gouverner avec les armes des étrangers; les nobles polonais les éprouvent pour avoir voulu défendre leur patrie et Taffranchir de la domination étrangère. Kosciusko est condamné à une prison perpétuelle et subit le sort de La Favette. Les gentilshommes qui ont combattu avec lui sont traduits devant des commissions prévôtales. Ceux mêmes qui ne sont point poursuivis voient leurs biens séquestrés. Pour en obtenir la restitution, il faut qu'ils se courbent devant la tsarine, qu'ils paraissent à sa cour, qu'ils sollicitent la faveur de 1 amant impérial, qu ils donnent des gages en prenant du service d'antichambre ou fournissent des otages en engageant leurs fils à la cour ou dans l'armée*. Ainsi en usera Bonaparte envers les émigrés français qui réclameront la radiation de leurs noms de la liste et la restitution de leurs biens non vendus : il ne fera que leur appliquer une règle régalienne consacrée par 1 usage des grandes Cours.

Par un ukase du 8 août 1795, les biens de tous les Polonais qui avaient pris part à la révolution, après avoir auparavant prêté serment à la tsarine, furent confisqués. Confisqués également les biens des propriétaires absents qui n'étaient pas rentrés avant le I" janvier 1795 et qui sont déclarés coupables démigration; les biens des É^Hses cathoHques et ceux des

' Cf. t. I, p. 87, I. III. p. 313, 481, et ci-<le«8U8, p. 186 et suiv.

' Voir le» Mémoires du prince Adam Czariorysld, Paris, 1887, t. I", p. 50, 73

et suiv.

ecclésiastiques dans les districts insur{jés ; enfin tous les biens de l'État polonais. Il se prépare de ces biens une distribution qui devient, dans l'automne, la première préoccupation de Pétersbourg. C'était, dit un témoin, u sur l'horizon moscovite un moment très intéressant, attendu avec anxiété » , anxiété à double face : celle des spoliés qui sollicitent une restitution, celle des courtisans avides de spoliations. Les uns et les autres se rencontrent, se coudoient et se confondent dans une prosternation commune et un commun avilissement, chez le grand dispensateur des grâces, Platon Zoubof, le plus voraçe luimême et le plus avili de tous. Les principaux de l'empire y font assaut de servilité. Les clients encensent le maître et subornent ses secrétaires, qui singent son insolenc,e et s'engraissent de leurs singeries. Un général glorieux, Koutousof, qui a été ambassadeur, tient à honneur d'arriver chez le favori une heure avant son lever, de préparer son café et de le lui porter au lit, devant la galerie, lorsque Zoubof daigne recevoir la tasse de sa main'. Enfin, le jour tant attendu se leva sur Pétersbourg, et le 18 août vit la grande distribution des Polonais. On en répartit 109,000 entre 62 personnes, parmi lesquelles plusieurs émigrés français. Ces 109,000 âmes représentaient environ 2 millions de roubles de revenu. Zoubof, pour sa part, reçut 13,000 Polonais; Romantsof et Souvorof, chacun 7,000; Repnin, Ostermann, Bezborodko, 5,000 chacun; Markof, 3,700; Toultoumine, 3,000^. Tous ces Russes se faisaient la plus haute idée d'eux-mêmes , de leur souveraine , de la puissance de leur empire, et méprisaient l'Occident en proportion de leurs succès, de leurs richesses et des humiliations imposées par la République aux coalisés. Ils raillaient les Autrichiens et ne parlaient de rien moins que d'écraser la Prusse.

Autriche et Prusse se résignèrent à finir une querelle qui faisait d'eux les clients de la Russie et les exposait à en devc-

' Archives Woronzof, t. VIII. Papiers de Roslopchine.

* l'oiir les distriijutions de terre» poiunaises en l'ruisc, eu 1796, voir l'm- LippsoN, t. II, p. 212-220, 28V292.

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