HOLLANDE, BELGIQUE. RHIN. — AN III
tout reposait, menaçait de se dissoudre, faute de subsistances. Il fallait donc intimider les Hollandais par la défection des Prussiens, décider les Prussiens par la soumission de la Hollande et entraîner les Espagnols et les Sardes par l'exemple des deux autres. Et en attendant, il fallait vivre : on ne le pouvait qu aux dépens des pays conquis. Ces pays étaient à bout. Si une révolte éclatait quelque part, elle risquerait de tourner en désastre. Le Comité ne se faisait aucune illusion sur ce danger : les rapports des représentants ne lui en laissaient aucune.
MalfjTé 1 éclat du succès et la supériorité de puissance déplovée par la France depuis 1793, la situation de Pichegru en Hollande demeurait presque aussi précaire que l'avait été celle de Dumouriez en Belgique. Un coup de hardiesse des coalisés, un retour des Prussiens à la coalition, une reprise de 1 offensive, et l'on était exposé à revoir les désastres de 1793*. — « Citoyens collègues, écrivaient, dans les derniers jours de pluviôse, les représentants en mission près les armées du Nord et de Sambre-et- Meuse, nous vous devons la vérité tout entière, -o La Belgique est ruinée et désespérée. tt Des vêpres siciliennes seraient peut-être à redouter dans le cas où les armées françaises feraient une marche rétrograde. » Les habitants imploraient la pitié et demandaient justice. Les Liégeois députèrent à Paris, le 23 février; les Gantois, le 5 mars : on les avait frappés, disaient-ils, d une contribution de 7 millions, qui représentait plus que dix années d impôts. Jamais les Belges n'avaient éprouvé tant de rigueurs de la part des pires tyrans : Philippe H, Louis XIV, Louis XV. « Les temps anciens et barbares seraient-ils revenus, et doit-on croire que le droit de conquête, depuis le 9 thermidor, soit le droit de destruction^"? » — La Belgique, écrivaient les administrateurs, a pavé 32 à 33 millions en numéraire : pour les obtenir, il a fallu lever des otages, pressurer le pavs,
' Voir Bévue historique, t. XVII, p. 33-34. Cf. h'Europe et la Révolution, t. III, p. 286, 338 et suiv. ; et ci-dessus, p. 240 etsuiv.
' BORGSET, eh. XXII.
vendre à vil prix les biens nationaux. Il reste 23 millions à percevoir; « il y a impossibilité morale et même physique d'en obtenir la moitié en numéraire « . Luxembourg a payé 400,000 livres. « Ce pays dévasté, brûlé en partie et hors d'état de se rétablir en moins de vingt ans, ne pourrait entrer dans la répartition. »
Les Belges demandaient la réunion à la France comme un allégement au régime de la conquête. Ils alléguaient les vœux émis et les décrets portés en 1793. Le Comité finit par se rendre à leurs sollicitations, considérant « que l'intérêt commun des deux peuples paraissant être que la Belgique soit réunie à la France, il n'est pas du bien-être de la République d'ôter à ces contrées les moyens nécessaires à l'industrie des habitants » ; il rapporta les mesures les plus vexatoires et les plus onéreuses; il restitua aux communes l'administration de leurs revenus, réduisit à un quart le payement en numéraire du reste de la contribution, et facilita aux émigrés non nobles les moyens de rentrer ' .
Il fallut en user de même dans le pays entre Meuse et Rhin. « Ce pays est dévasté pour trois ans, écrivait le représentant Gillct. Que reste-t-il? rien ou à peu près rien... Nous ne faisons pas la guerre aux peuples ; nous ne voulons pas les réduire au désespoir^. » Roberjot, ci-devant prêtre, sorte de vicaire savoyard de la République , envoyé en mission , écrit d'Aix-la-Chapelle : « Ce pays... est dans ime sorte de stupeur. » La Convention y dépêcha Becker, député de la Moselle, humain, modéré, bon administrateiir, qui fit une enquête sur les excès et les répara, dans la mesure dU possible. Il rendit de la confiance aux peuples, en leur montrant de la pitié et en mettant de l'ordre dans leurs affaires. Le Comité, sur les rapports de ces envoyés, leva les séquestres placés sur les prétendus émigrés de ces pays, qui n'étaient que des fugitifs, et leur procura les moyens de rentrer. Comme en Belgique, les
' BoncNKT, ch. XXII. — Arrêté du Comité de salut public, 25 {»crininal- 14 avril 1795. — Micuki,, Mallet du Pan, Lettre du 7 mars 1795, t. I, ]>. 138. * 26 veut6se-14 février 1795. — Voir Revue historique, t. XVII, p. 34-37.