LES POUVOIRS DD COMITÉ. — AN III. 25T
La situation du Comité, toujours précaire, devenait critique. La lutte pour le pouvoir, qui était au fond la lutte pour l'existence, s'était, durant quelques semaines, poursuivie sourdement dans les couloirs. EUle remontait à la tribune, et les séances de la Convention redevenaient orageuses. Les Montagnards dénonçaient, comme autant de complots contre-révolutionnaires, toutes les mesures du Comité pour organiser la République et réprimer l'anarchie. Ils travaillaient à soulever la populace ; ils ne trouvaient que trop de prétextes et trop de ressources dans l'horri'. Je misère qui sévissait à Paris. Le Comité sentait que s il se laissait déborder par les violents, il s'exposerait à un assaut et y succomberait. Il résistait. Les actes de réaction se succédaient à l'intérieur. Un décret apporta un sursis à la vente des biens des parents des émigrés, un autre abolit le maximum , un autre autorisa la mise en liberté des prêtres et ci-devant nobles condamnés à la déportation'. Le 19 février, les comités révolutionnaires furent supprimés. Le 21, Boissy d'Anglas fit décréter la liberté des cultes. Le 28, la Convention vota une loi contre les attroupements. Le 2 mars, les anciens membres du Comité de l'an II, Barère, Gollot, Vadier, Billaud-Varenne, furent décrétés d'accusation et arrêtés. Pour exécuter ces mesures, le Comité était forcé de recourir aux modérés, et les modérés se montraient envahissants : le Comité n'entendait point leur livrer la République ; mais pour la garder, il jugeait qu'un coup d'éclat était nécessaire. Jamais la paix ne lui avait paru plus urgente. «Nous devons te confier une grande et triste nouvelle, écrivait Merlin à
' 1" nivôse-2i décembre, 4 nivÔ8e-24 décembre 1794; 23 nivÔ8e-12 janvier, 29 nivôse-i8 janvier 1795.
258 LE TTIAITK DIT 16 GEIWIINAL. — 1795.
un des représentante en mission aux Pyrénées, c'est que si, dans le plus bref délai, il n'y a pas une paix conclue avec quelquesunes des puissances marquantes de la coalition, la République pourrait courir les danjj^ers les plus effrayants, peut-être même se perdre sans retour. Rien de plus critique que notre position... La famine menace de toutes ses horreurs les communes les plus peuplées. Paris même, l'objet de nos principales sollicitudes en ce genre, n'est pas à l'abri du péril... Faciliter la navigation pour nos approvisionnements, diminuer nos consommations, réduire nos dépenses, ranimer le crédit par la confiance des citoyens dans la stabilité de la République , prévenir la lassitude et le désespoir du peuple, voilà ce que nous devons chercher, voilà ce qui fait l'objet contiimel de nos méditations, et voilà ce que nous pouvons obtenir par quelques traités de paix honorables et avantageux ' . »
Telles étaient les inquiétudes du Comité de salut public, lorsqu'il connut, par les rapports de Barthélémy, les nouvelles dispositions et l'espèce de retraite du gouvernement prussien^. Harnier avait laissé espérer la cession de la rive gauche du Rhin : il se dérobait maintenant. Le Comité s'était toujours méfié des intentions du roi de Prusse. Ni la correspondance de Barthélémy, peu porté vers le système prussien et peu complaisant aux manèges de Berlin, ni surtout les rapports de Grouvelle qui relataient toutes les manœuvres des Anglais pour circonvenir Frédéric- Guillaume, n'étaient faits pour dissiper ces soupçons. Le Comité se crut joué, et, le 1" mars, sans réfléchir que l'armistice de fait qui s'était établi profitait surtout à la République, sans se préoccuper des 80,000 hommes de troupes, reposées et refaites, dont disposait Mœllendorf, Merlin écrivit à Barthélémy : « Nous revenons purement et simplement à notre résolution précédente de continuer les opérations militaires, nonobstant les négociations pour la paix'. « Le
' 17 vcrilÔ8e-7 mars 1795. Revue historique, t. XII, p. 290. * l'our le détail des pourparlers entre Barthélémy et Harnier, du 1 1 an 25 fé- .vrier 1795, voir Jievuc historique, t. VI, p. 30-40. ' Voir Revue historique, t. VI, p. 43-45.