CHAPITRE II
LE TRAlTt DE LA HAYE ET LA NELTRAUTÉ DE l' ALLEMAGNE DU NORD
Le 15 floréal-4 mai, le jour où Reubell et Sieyès partaient pour la Hollande, le Comité se renouvela. Lesage avait donné sa démission. Marec, Chazal, Breard et Creuzé sortaient. Ils furent remplacés par Treilhard, Defermon, Doulcet de Pontécoulant, Rabaut-Pomier, Vernier. Des quatre membres qui entraient pour la première fois au Comité, Rabaut seul avait voté la mort. Fils d'un pasteur du Désert, il devint pasteur à Montpellier quand TÉglise réformée recouvra le droit de cité. Sesgoûts le portaient vers les modérés. Doulcet, Defermon et Vernier appartenaient à ce parti. Cambacérès continua de présider le Comité, et Treilhard fut placé aux relations extérieures, où l'absence de Reubell et de Sieyès exigeait qu'il v eût un adjoint ' . Treilhard était éloigné du gouvernement depuis le mois de novembre i Doulcet, Defermon, Rabaut et Vernier y étaient nouveaux. Ils se firent rendre compte de Tétat des affaires. Cet état leur parut alarmant. Il Tétait en réalité. Enveloppée de sa ceinture d'armées conquérantes, la République, considérée du dehors, apparaissait glorieuse et formidable. Mais tout était fièvre et déchirements à l'intérieur.
Sans doute la Vendée paraissait se pacifier : une trêve venait d'être signée avec les chefs. Ces partisans étaient à
' Le Comité au 15 floréal-4 mai 1795 : Cambacérès, Reubell, Sieyès, Merlin de Douai, Fourcroy, Treilhard, Doulcet, Aubry, Tallien, Lacombe, Laporte, Gillet, Roux, Vernier, Defermon, Rabaut.
toute extrémité. Ils n'avaient plus de ressources, et les populations ne voulaient plus se battre. Les soldats se débandaient. Le Comité avait dépêcbé aux Vendéens un liomme qui, pour les pacifier, valait plus qu'une armée , Hoche, un héros doublé d'un politique. Le Comité prit en même temps une mesure qui, par la seule proclamation que l'on en fit, détruisit l'ouvraj^c funeste des noyades de Carrier et des colonnes infernales de Turreau : il donna l'amnistie et laissa rentrer les prêtres dans les églises. Il finissait par où l'on aurait dû commencer, et il enlevait à l'insurrection l'élément populaire et religieux qui en avait fait la force ' . Mais les chefs vendéens étaient-ils sincères? Leur accommodement n'était -il pas une feinte? Réduits aux abois, n'avaient-ils pas d'autre objet que d'arrêter les armées répidjlicaines, d'attendre les secours des Anglais, le prince annoncé depuis si longtemps et de nouveaux prétextes pour appeler les populations aux armes? Ces soupçons étaient permis. L'événement prouva promptement qu'ils étaient fondés ^. D'autre part, le Midi était en feu. Partout où la réac-
' Arrêté des représentants en mission, 13 Horéal-2 mai 1795 : «Considérant que les départcMUJ-nts de l'Ouest sont dévastés depuis dcuv ans par une guerre désastreuse, que les troubles qui les agitent prennent leur source dans la clôture des temples et l'interruption du paisible exercice de tout culte quelconque ; que les lionimcs auteurs de ces maux et de ces désordres sont ceux qui ont voulu plonger la France dans l'anarchie et qui, en persécutant, ont cherché à établir un culte particulier dont ils voulaient être les pontifes; que ces anarchistes, après avoir audacieuseuienl violé les droits de l'hounuc, ont été atteints par le glaive de la loi..., arrêtent : Tout individu, toute section de citoyens peuvent exercer librement et paisiblement leurs cultes. » Signé : Ruelle, Ghaillon, Jary. — Voir : La Sicotièiœ, Les articles secrets, Pacification de la Vendée, Revue des questions historiques, janvier 1881. — Louis de Frotté et les insurrections normande , Paris, 1889, t. I, liv. II.
^ « Le ministère britannique parait avoir de bonnes raisons pour être convaincu que l'apparente soumission de M. Charettc n'est (pi'une feinte pour ôter toute tléfiance aux Français et pour épargner le sang et la vie des royalistes, jusqu'au moment de l'arrivée des secours qu'ils attendent. » — « J'ai eu lieu de me convaincre depuis (pielques jours de la certitude de l'opinion que V. E. n'ignore pas quej'ai depuis lonjjtemps, que le ministère anglais avait toujours eu une correspondance secrète avec MM. Charette et Stofflet, et que leur paix prétendue avec la Convention n'était qu'un stratagème imaginé de concert avec l'Angleterre pour gagner du temps, dans im moment où les royalistes manquaient de tout, et où il n'y avait aucune possibilité de leur envoyer des secours. " Rapports de Starhemberg, Londres, 17 avril et 23 juin 1795. Zeissberc, t. V, p. 171, 260.