‹ L'Europe et la révolution française (volume 4)Chapitre 94 sur 128 · REPRISE DES HOSTILITES. — AN III · texte numérisé non relu

REPRISE DES HOSTILITES. — AN III

Celte humeur atrabilaire avait envahi jusqu'aux membres du Comité. Us avaient perdu non seulement l'esprit d'entreprise et la confiance des premiers mois, mais le zèle même et 1 ardeur au travail qui leur avaient permis de soutenir avec cette vigueur cavalière le plus pesant labeur d'Etat et de débrouiller le plus enchevêtré réseau d'affaires qui fut jamais. En même temps qu ils prenaient l'habitude du pouvoir, ils en subissaient 1 usure. Ils cessaient d'improviser dans la fièvre, mais aussi dans 1 exaltation ; ils remplissaient leur tâche, non plus en chef de corps, toujours en alerte et toujours l'arme en main, mais comme les intendants las d'un gouvernement vieilli. Le Comité se réunissait difficilement et ne délibérait presque plus. Les membres des sections agissaient à leur guise, chacun dans son domaine, et obtenaient à grand'peine les deux signatures exigées pour la validité de leurs actes '.

La diplomatie se ressentit de cette dépression morale. Il sembla qu avec la reprise des hostilités toute la politique fût remise en question. Les négociations avec la Prusse demeuraient suspendues. Le Comité se plaignait, non sans motifs, de la mauvaise volonté, sinon de 1 hostilité, des agents prussiens envers la République ; il se plaignait, avec plus de motifs encore, de la faiblesse avec laquelle la Prusse faisait rsepecter la neutralité des États de l'Allemagne du îiord. Il envoya Caillard à Berlin pour rétablir les affaires; mais sur le fond des choses, c est-à-dire sur la question du Rhin, il prescrivit à ce ministre d'écouter seulement et de se taire *. C'est que les membres du Comité se sentaient repris de doutes non seulement sur les dispositions de la Prusse, mais sur leur propre svstème. » Ce serait, écrivaient-ils à 1 un des agents de la République, une grande question à discuter s'il con\-ient à nos intérêts d'accroître et d'affermir la puissance de la Prusse pour

' Mémoires de fievellière-Lépeaux, t. I, p. 246 et suiv. — Correspondance de Merlin de Thionville, RErsACD, t. II, p. 246, 253. — ToiBiCDEAC, Mémoires sur la Convention, ch. xviii. — Bévue historii/ue. Les frontières constitutionnelles, t. XV III. p. 21-2-3.

* Instructions de Gaillard, 24 fructidor-10 septembre 1795. — Bailleu, t. I, p. 20.

opposer à l'Autriche un voisin plus redoutable... Est-il utile que le système fédératiPde l'Allemagne soit conservé dans son intégrité? Avons-nous intérêt de détruire les États subalternes, les électorats cléricaux, pour en agrandir ou en composer d'autres États de premier rang? Ces propositions tiennent en grande partie à la conservation de la rive gauche du Rhin ou à notre renonciation à nos conquêtes ' . » Questions redoutables, dont la solution, quelle qu'elle lût, devait engager tout l'avenir de la France. Le Comité, qui les avait discutées avec Barthélémy, les agitait encore; et, dans l'incertitude où il était sur le lendemain, il faisait composer dans ses bureaux de grandes dépêches académiques où il s'exposait en quelque sorte à lui-même ses desseins et ses doutes '.

Le landgrave de Cassel avait traité, le 28 août, sur le même pied que la Prusse'^. Les États du midi de l'Allemagne tremblaient devant l'invasion et les réquisitions. Ils accablaient Hardenberg et Barthélémy de leurs doléances. Entre l'Autriche qui refusait de reconnaître leur neutralité, et la France qui ne pouvait l'accepter que si l'Autriche la respectait, leur situation était vraiment digne de pitié. Ils désiraient la paix, ils portaient le faix de la guerre, leurs territoires menaçaient de servir successivement de champ de bataille et de champ de partage. Barthélémy peignait leur désespoir et traduisait leurs lamentations. « Mais, ajoutait-il, cette considération, qui est très juste, n'attaque nullement notre droit... Il paraît qu'il est dans l'ordre inévitable des choses que tous les États faibles périssent au détriment de l'intérêt de plusieurs grandes puissances et particulièrement du nôtre... Dans la détresse dans laquelle l'Empire se trouve, la France pourrait espérer d'inspirer aux États qui le composent quelque énergie pour en sortir, en se montrant leur soutien. S'ils sont destinés à périr et

' Instructions de Le Hoc, ministre en Suède, fin de fructidor-milieu de septcnd>rc 1795.

* Inslnutions de Le Hoc. — Dépêche à Verninac, 1" vendémiaire an IV- S3 septembre 1795.

» De Clehcq, t. I, p. 264

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