LE BLOCUS DE L'ANGLETERRE. — AN IIJ
vide de la Terreur1. La conquête accomplie, le Comité de salut public de Tan III les reprend, les raisonne, les coordonne et les applique.
« L'alliance de la Hollande, écrit ce Comité, offre un résultat peut-être le plus intéressant de tous, c'est celui d'exclure les Anglais du continent et de le leur fermer en temps de guerre depuis Bayonne jusqu'au-dessus de la Frise, ainsi que l'entrée de la mer Germanique et des mers du Nord. Le commerce de l'intérieur de l'Allemagne rentre alors dans ses canaux naturels... Privée de ces immenses débouchés, travaillée de révoltes et de mouvements intérieurs qui en seraient la suite, l'Angleterre devient fort embarrassée de ses denrées coloniales et asiatiques. Ces denrées, invendues, tombent à bas prix, et les Anglais se trouvent vaincus par l'abondance, comme ils ont voulu vaincre les Français par la disette a. » — « Nous désirons fort que M. d'Yriarte sente comme nous l'importance d'un traité qui, suivi bientôt de l'accession du Portugal, pourrait fermer à notre ennemi commun les portes du continent européen, depuis Gibraltar jusqu'au Texel... » a Nous recevrons avec le plus vif intérêt les ouvertures que M. d'Yriarte voudra nous faire sur les moyens de former avec l'Espagne une Confédération en Italie, pour affranchir ce pays de la domination de l'Empereur. » La France, l'Espagne et l'Italie ont le même intérêt à mettre fin aux violences de l'Angleterre et à chasser les Anglais de la Méditerranée 8.
Le plan ainsi formé, le Comité en poursuit l'exécution partout à la fois. L'Italie n'aime ni la République, ni la France. — Il était évident, écrit un agent4, « que tant que nous ne dominerions pas en Italie par la force des armes, nous n'y aurions
1 Cf. t. III, p. 243, 471, 476, et ci-dessus, p. 62.
* Instructions de Noël, ministre à la Haye, 6 et 7 fructidor-23 et 24 août 1795.
3 Le Comité à Barthélémy, 10 fructidor-27 août 1795, minute de Sieyès; 18 fructidor-4 septembre, minute revue par Sieyès.
4 Miot, ministre en Toscane depuis le 28 mai 1795. Mémoires, t. I, p. 68. — Cf. Frahchetti, t. I, p. 97. — Botta, Trad. française, t. I, p. 318. — Marksca, op. cit., ch. I. — Zeissberg, t. V. Lettres de Ferdinand IV et de Marie-Caroline ; Rapports d'Esterhazy, de Rosenberg et de Gherardini : Naples, Florence, Turin.
ni la sécurité de Ja neutralité, ni les avantages de la conquête. Tous les préjugés y étaient soulevés contre nous... Le peuple, échauffé par les prêtres et par les déclamations les plus odieuses des émigrés, était prêt, au premier mouvement, à se porter aux plus grands excès contre les Français. » Le Bourbon de Naples ajourne, puis écarte la paix dont il s'était rapproché un instant. Il désavoue et repousse la médiation de l'Espagne1. La France, à vrai dire, n'a dans la Péninsule qu'un ami, Manfredini ; mais le crédit de ce ministre est ébranlé. Dans cette même Florence, Alfieri, réfugié, travaille à réveiller l'esprit national de ses compatriotes, et c'est en soufflant la haine de la France qu'il tâche de ranimer l'amour de l'indépendance en Italie. Il compose sa fameuse satire : le Misogallo. Le Piémont, malgré sa détresse, est tout à la guerre. Pour atteindre et soumettre les autres États de l'Italie, il faut s'assurer le passage par le Piémont et tenir cet État à discrétion. La République l'envahira, le battra, le réduira à la paix, et, moyennant la Lombardie qu'elle lui cédera, elle s'en fera, bon gré, mal gré, un auxiliaire, sinon un allié8. Elle aura des rois pour mercenaires. Elle les recrutera par la force, elle les gagnera par l'avarice, elle les retiendra par la peur.
Après le Savoyard, le Bourbon d'Espagne. Le rôle que la République lui réserve est celui de grand amiral. Les Espagnols haïssent les Français et exècrent leur révolution. Charles IV est un prince sans ressort, il a pour conseil un favori sans caractère. Tout est faiblesse, intrigue, duplicité dans cette Cour; tout est antipathie de traditions, de passions, d'intérêts dans cette nation. Le gouvernement régicide de Tan III exigera de l'Espagne monarchique les mêmes engagements, les mêmes sacrifices, la même fidélité qu'en attendaient les rois bourbons. Le fameux pacte de famille que les liens du sang avaient formé et qu'ils maintenaient avec peine contre
1 Marie-Caroline à l'Empereur, 15 août 1795. Zeissberc, t. V, p. 327.
8 BuNcni, t. II, p. 217 et suiv. — Costa de Reauregard, p. 394 et suiv. «— Kellermann à Sieyès, l" thcrmidor-19 juillet 1795. — Note pour le Comité du 14 ttierinidor-1" août. — Plans de campagne de Bonaparte, adoptés le 22 août.