‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 21 sur 93 · CONQUÊTE DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA BELGIQUE

Belges V. Les délégués se constituèrent, proclamèrent la déchéance des états de Brabant et celle de la maison d'Autriche; puis ils envoyèrent des députés à la Convention, pour exprimer leur reconnaissance à cette assemblée, demander des garanties contre le cours forcé des assignats français et combattre ridée qui commençait à se répandre, d'une incorporation de leur pays à la République.

Dumouriez se remit en marche. Il atteignit Liège le 28 novembre ; le même jour, Anvers capitulait entre les mains de Miranda. La Belgique était conquise. Liège n'avait pas attendu les Français pour opérer sa révolution. L'évéque s'enfuit, et les démocrates, exilés naguère, reprirent l'administration de la Tille. Les élections avaient eu lieu dans toute la Belgique ; elles n'étaient pas dans l'ensemble aussi favorables aux démocrates que celles de Mons et de Bruxelles. La majorité des administrateurs provisoires appartenait aux partisans de l'indépendance nationale; elle était nettement hostile à la réunion à la France et à l'application du système français. La minorité se partageait entre les aristocrates qui réclamaient le maintien pur et simple de l'ancien régime, et un petit groupe de révolutionnaires fanatiques qui voulait « municipaliser « la Belgique et recevait le mot d'ordre des Jacobins de Paris. La quasi-unanimité se prononçait pour la constitution d'un État libre. Les Autrichiens considéraient la Belgique comme perdue pour eux. Leur armée n'avait de retraite que dans le Luxembourg, déjà ruiné par les passages de troupes. Ils voyaient la rive gauche du Rhin aux mains des Français et la Hollande à la veille d'une révolution démocratique * . C'étaient pour les Impériaux des conjonctures désespérantes. Les emportements de la Convention, les folies de Custine et la discorde des généraux français allaient, en peu de semaines, changer la face des choses. Les causes de ce revirement apparaissent au lendemain même de la victoire de Dumouriez.

^ Lettres de Mercy, novembre 1792. — Tudbhbim, Briefe des Gra/ea Mercy^ iDibruck, 18».

164 LA GUfiRRB D'EXPANSION. — i79S.

LMdée de commander aux rois et de dominer I*Europe en ie révolutioimanty partie des officines de propagande cosatepoliie, fermentait dans les dobs, dans Im (SonveatitM, dans les jo«^ nauxy dans le public. On avait été tout patriotisme dam les premiers moments du péril, tout enthovsiasme dans les premiers moments de la délivrance ; Tlienre de Torgueil arrivait. Au lien d'une république, forte et politique, s*introiuisait par le jeu des intérêts et des affaires ^ns le ttonde des États, comme Tavait fait la répvblique de CIromwell, et, tovt récenment, celle de Washington, on commençait à nowginer une république glorieuse et entreprenante, qui régénérerait le vieux monde, pour le plus grand bien deTbamanité, le trioraplie de la Révolution et la suprématie de la France. Ces idées s'annonçaient çà et là par des explosions soudaines et ineobërenles, jaillissant partout où il s'ofirait quelque ouvertore. Le Conseil exécutif suivait cette marche de l'opinion publîqve, d'un pas incertain : il ne la réglait pas. Ses dépêches trahisteat les tiraillements qu'il subissait, entre les maximes •«^bnelles qm devaient lui servM* de règle, et les dispositions des esprits qui se transformaient înoessammeni.

Lebrun éprouvait le besoin de s'en expliquer, avec ses agents autant qu'avec lui-même. « L'Autriche noas « «envalûs, 'écri* vait41, nous l'euvahissotts à notre tour. Qne nons 'cherdmns à priver la maison d'Autriche de -œs riches provinces, tel a éter* nellement été «et tel sera éternellement le droit de la gaerre. • C'est le droit publicde l'Eitrope^ rSuropene serait point fondée à reprocher aux Français de s'en appliquer le bénéfice. « Hais nous osons dire que la République française est infiniment trop éclairée sur la justice universelle et sur les droits des nations pour adopter de pareils principes de politique. Politique

et justice sont deux idées qu on a trop longtemps séparées, mais que la République est bien déterminée à ne désunir jamais. » La France a renoncé solennellement aux conquêtes ; r£urope doit être sûre que la France tiendra son serment. La Belgique sera libre de se choisir le gouvernement qui lui conviendra «sans avoir jamais à craindre la moindre violence, directe ou indirecte, de notre part ^ • • Au reste, pourquoi se mêler du gouvernement des peuples étrangers? a II est bien certain que nos principes pénétreront partout d'eux-mêmes, un peu plus têt, un peu plus tard, précisément parce que ces principes sont ceux de la saine raison» pour laquelle la plus grande partie de TEurope est mûre i présent*. »

Lebrun ne pouvait tenir un langage plus politique, ni se proposer une politique plus loyale. Il appliquait les mêmes règles de conduite aux désirs de réunion que commençaient à manifester les habitants des communes limitrophes de T Allemagne. « Ce respect pour les droits des peuples, même après Toccupation année, écrivait-il, nous le devons bien évidemment à ceux qui d'eux-mêmes se rendent à la liberté, et il ne faut pas que nous abusions du premier élan qui les porte à s'incorporer à nous... L'utilité de l'adoption pour l'un doit s'étendre à l'autre, et souvent la nature peut y avoir mis des obstacles *. « Desportes, l'agent aux Deux-Ponts, à qui ces conseils étaient adressés, proposait de régler, au moment de la paix, la question des possessionnés par des échanges opérés aux dépens des Électeurs ecclésiastiques ; ces échanges permettraient A la France de rectifier ses frontières. Lebrun lui répondit : « Vos réflexions... tiennent un peu de la diplomatie germanique... Il ne parait pas que vous ayez fait attention aux habitants de cesélectorats... Ne les faites-vous point ainsi passer sous un autre joug?... Vous dites que ces arrangements ne contrarient point le principe qui nous a fait renoncer aux conquêtes. Mais un autre principe bien supérieur, celui de la souveraineté des

' Lebrun à Ghaurelin, 6 novembre 179).

* Lebran k Noël, il novembre 1792.

* Lebron à Detportet, ans Denz-Ponti, 13 novembre ITVl.

peuples, nous l'avons aussi adopté, et il serait violé'. « La réclamation des habitants de Francfort arriva sur ces entrefaites. Le Conseil exécutif fut d'avis de l'admettre. « Il pense, écrivit Lebrun, que toute imposition de ce genre est indigne de la République ; que c'est régénérer sous une autre forme cet esprit de conquête qu'elle abjure, que nos armes ne doivent pas plus nous approprier l'or des peuples que la terre qu'ils habitent*. »

Cependant, il faudrait, tôt ou tard, négocier la paix avec l'Europe. Gomment amener les gouvernements de l'ancien régime à reconnaître l'existence des nouveaux États formés, sous la tutelle de la France, avec les nations affranchies par elle? Faudrait-il indemniser ceux des États anciens qui seraient ainsi expropriés au profit de la liberté? « Des compensations aux dépens des gouvernements ecclésiastiques situés à la droite du Rhin seraient un moyen que la République française ne pourrait avouer, écrivait Gustine le fils. Elle ne doit et ne peut trafiquer des peuples ; mais il faut ou conquérir le monde, ou tolérer provisoirement quelques traces de ces maximes auxquelles on a façonné l'espèce humaine '. » Ce dilemme était le préalable de toute négociation. Le Conseil exécutif l'avait débattu, et l'on a vu dans quelle large mesure ce conseil, à ses débuts, sous l'influence de Dumouriez et de Danton, était prêt à user de tolérance envers les anciennes coutumes. Mais les gouvernements étrangers ne s'y montraient pas encore disposés. La République n'était pas encore en mesure de distribuer des territoires et par suite de pactiser avec les princes. Faute de rois pour trafiquer, Lebrun s'abandonna tout à la propagande et à la vertu. « Vous me demandez, écrivait-il à un agent^, si nous voulons la paix ou la guerre; nous voulons la paix, sans doute, mais les circonstances sont telles que nous ne pouvons l'avoir que par la guerre. Une

' Def poiiM à Lebmn, 29 octobre ; Lebrun à Detpoiiet, 18 novembre i7M.

* Lebrun à Detportei, S noTembre. — Roland k Lebrun, i8 noTombre i79t Moniteur, t. XIV, p. 545.

* A Lebmn, 23 décembre 1792.

* A Detportet, 16 novembre 1792.

pacification çénërale ne peut être prochaine, parce que cette guerre est la lutte du despotisme et de la liberté. C'est une calamité dont il faut se consoler pour le grand bien qui doit en être le résultat. »

Il y avait à Paris nombre de réfugiés hollandais de la révolution de 1787. Ces « patriotes bataves » , comme on les appelait, représentaient Tancien parti français vaincu par Tintervention prussienne. Soutenus de loin et animés par Dumounez, ils circonvenaient le ministère, les comités, la Convention, assurant que le parti démocratique n'attendait que l'arrivée des Français pour renverser le stathouder. L'Angleterre, le cas échéant, défendrait le prince d'Orange : le repos de la Hollande était une condition formelle de la neutralité britannique ; le Conseil exécutif en était averti ' ; mais il estima que le temps des ménagements était passé. Le 16 novembre, ce conseil, « considérant que nulle relâche ne doit être laissée aux ennemis de la République, que tous les moyens doivent être employés pour vaincre et détruire leurs armées avant qu'ils aient pu les renforcer et se mettre en état d'attaquer de nouveau soit la France, soit les contrées mêmes où les arméea françaises ont porté leurs armes» , arrêta que si les Autrichiens se réfugiaient sur le territoire hollandais, Dumouriez les y devrait poursuivre. « A la gloire d'avoir affranchi les Belges catholiques, lui écrivit Lebrun, j'espère que vous joindrez celle de délivrer leurs frères bataves du joug stathoudérien*. • En même temps, le Conseil prit une mesure qui était propre i satisfaire les intérêts des Belges, mais qui constituait aux yeux des Hollandais un acte d'hostilité. Il décréta la liberté de la navigation de l'Escaut. Cette navigation appartenait à la Hollande en vertu de traités anciens ; Joseph II avait voulu, en 1784, leur en enlever le monopole : il s'en était suivi un conflit assez grave ; la médiation de la France l'avait suspendu, et le

* Voir d-deMiit, p. 142. « L* Angletem, écrÎTait encore Chanvelin le 81 octobre, ne s^oqniétera pei de nos conquêtes en Savoie ; elle ne l'inqnlète que de la ilo^ lande.*

* A Damouries, 28 novembre 1792. Cf. Aulard, t. I, p. 289-240.

traite de Fontainebleau Tavait réglé, en 1785, parla reconnaissance du privilège des Hollandais. Cependant, au moment où il allait attaquer ainsi un des petits États naguère protégés par la France, le Conseil exécutif crut nécessaire de montrer que la République ne menaçait pas Tordre européen plus gra- Yement que ne le faisaient les prétendus défenseurs de cet ordre. Il s'efforça de donner aux entreprises de la France un caractère de représailles; ses agents secrets lui fournirent un argument qui lui parut probant. Il fit publier dans le Moniteur du 18 octobre, comme secrètement conclu à Pavie, au mois de juillet 1791, un traité entre la Prusse, TÂutriche, TEspagne et la Russie, avec l'adbésion de TÂngleterre et de la Hollande : « monument authentique, disait le Moniteur, de Taudace des rois et de la patience des peuples » . Authentique était inexact ; le traité était Tœuvre d'un faussaire, mais d'un faussaire avisé, et comme il attribuait à chacun ce qu'il convoitait, l'ouvrage parut vraisemblable à tout le mondée C'était un plan général de partage : la Flandre était réunie aux Pays- Bas qui formaient un royaume d*Âustrasie où l'on transportait la maison Palatine ; l'Autriche prenait la Bavière pour elle-même et la Lorraine pour l'archiduchesse Marie-Christine; l'Alsace passait à l'Empire ; Porentruy, à la Suisse ; le pays de Gex et le Bugey, à la Savoie ; le Roussillon et le Béam, à l'Espagne ; la Prusse et la Russie trouvaient leurs convenances dans la Pologne qui disparaissait de la carte. Cette publication mita l'aise les esprits qui, dans la Convention, conservaient encore des scrupules sur l'agrandissement de la République.

Tout sollicitait les conventionnels à cet agrandissement. Ce n'étaient que comités de patriotes des pays limitrophes, que députations, qu'adresses et que vœux de réunion. Brabançons, Savoisiens, Niçois, Bataves, Allemands se succédaient à la barre, escortés par des cosmopolites parisiens. Sous l'impre»» sion de ces cortèges, de ces harangues, de ces acclamations, il se formait dans l'imagination des conventionnels la vision

* Cf. t. II, p. 239 et tttÎT.

LI DÉCmST DU if iVOTBMBRE. 160

magnifique d'une République française, entourée de nations amies, affranchies par elle et scellant avec elle, par la reconnaissance, la grande fédération de la liberté. La Convention acclama ces délégués des nations, mais elle ajourna de délibérer sur les demandes de réunion. Elle en renvoya Texamen aux comités et déclara que les vœux d'incorporation, pour être admis, devaient être manifestés par le seul souverain, c'est-àdire le peuple réuni dans ses assemblées primaires ^ . Le premier précédent posé consacra donc le principe du vote expressément et librement émis par les populations. La Convention voulait, avant de s'engager, connaître la portée de rengagement et se donner le temps de réfléchir. Mais Tenthousiasme montait, et les incidents qui se succédaient brusquèrent les décisions.

Le 9 novembre, TAssemblée apprit la victoire de Jemappes. Jean Debry proposa une fête nationale. Vergniaud la fit décréter, a Chantez donc, s'écria*t-il, chantez une victoire qui sera celle de l'humanité; il a péri des hommes, mais c'est pour qu'il n'en périsse plus. Je le jure... chacun de vos combats sera un pas fiedt vers la paix, l'humanité et le bonheur des peuples ! « Le 19 novembre, l'Alsacien Rûhl dit, à la tribune, que les patriotes mayençais craignaient d'être abandonnés par la France. « Je demande, ajouta-t-il, que vous déclariez que les peuples qui voudront fraterniser avec nous seront protégés par la nation française. » Brissot fit observer que le comité diplomatique préparait un rapport d'ensemble sur la conduite à tenir envers les populations affranchies, et que ce rapport serait prêt dans quatre jours. C'était trop pour les ardents. Carra,

' Vote du 4 DOTemi»re i7M. On avait déjà la, le S8 octobre, une adreite des citoyens de Nice demandant à être Français; 3 novembre, on lit une lettre do club de Strasbourg annonçant que les Mayençais demandent la réunion; k novembre, députation de Nice apportant un vœu de réunion; ii novembre, députation des Savoitiens demeurante Paris et demandant la réunion; 11 novembre, discourt d'un patriote batave : • Mes concitoyens brûlent de devenir Français • ; 15 novembre, adresse de buit communes du paye de Nassau-Saarbriick, demandant la réunion : «La France est notre ancienne patrie... Nos relations commerciales et la conformité de langue semblent nous placer naturellement dans le département du Bas-Rbin « ; 18 novembre, vœu de Bergiabeni.

La Béveillière> Treilhard proposèrent de rendre, séance tenante, un décret de principe, sauf aux comités à en régler l'application. Brissot se rallia à cet avis, et le décret fut rendu :

a La Convention nationale déclare, au nom de la nation française, qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté, et charge le pouvoir exécutif de donner aux généraux les ordres nécessaires pour porter secours à ces peuples et défendre les citoyens qui auraient été vexés ou qui pourraient l'être pour la cause de la liberté, m

Cette déclaration aurait dû combler les vœux des Belges et assurer le succès du plan de Dumouriez. Il n'en fut rien. Le décret du 19 novembre ne fat, à Paris, qu'un pompeux incident de séance, et hors des frontières, qu'une lettre morte. Il n'apporta aux Belges qu'une déception et ne fit qu'ajouter un conflit de plus à tous ceux au milieu desquels se débattait Dumouriez. Ce général avait achevé sa conquête en moins de temps et plus brillamment qu'il ne pouvait l'espérer. Mais il avait à vêtir son armée et à la nourrir ; il avait à organiser la république des Pays-Bas. Ces deux objets exigeaient tous ses •oins. Il se heurta dans l'une et l'autre entreprise au même obstacle : l'opposition que le parti révolutionnaire de Paris et le ministre de la guerre faisaient à sa personne et à ses desseins ^ Pache envoyait des démagogues où il fallait des intendants. Ses agents, déprédateurs et désorganisateurs, laissaient l'armée souffrir de froid et de faim, les malades sans hôpitaux, les soldats sans vêtements, la cavalerie sans fourrages. Les Belges étaient contraints de payer les contributions de guerre en numéraire, que le ministère réclamait pour Paris. L'armée, quand elle payait ses vivres, payait avec des assignats. Les

' GBOfiDST, Jemappes, oh. ▼, Pache.

CONFLITS ElSr BELGIQUE. 171

Belges n*eD voulaient point. Dumouriez décida qne rarmëe payerait en numéraire, et que ce numéraire serait prélevé sur les biens du clergé. Le ministère de la guerre prétendait régler tous les achats, et il ne procurait rien. Dumouriez fit des marchés, Pache refusa de les approuver, et Tarmée, réduite à vivre sur le pays, commença de vexer les habitants ; elle se mit à marauder et se relâcha de sa discipline. « Quoique mes progrès vous paraissent très rapides, écrivait Dumouriez à Lebrun le 22 novembre, jen^en juge pas de même. Je manque de tout etje suis obligé de m*arréter souvent, faute de moyens, quoique mon armée soit pleine d*ardeur et de volonté. Si lefiroi des Autrichiens n'était pas si grand, ils m'arrêteraient souvent, car cette armée diminue beaucoup par la désertion des volontaires, grâce au décv*et qui a prononcé trop tôt que la République n'était plus en danger. »

La Bourdonnaye, ancien gouverneur des enfants du comte d'Artois, militaire incapable, courtisan, cabaleur, délateur, mais par cela même populaire dans les clubs et considéré de Pache, avait frappé des contributions écrasantes à Tournay. Dumouriez rapporta la mesure, et demandant le rappel de La Bourdonnaye, il écrivit à Pache : « Ce général agit en conquérant, ses agents menacent les villes d'exécution militaire comme les Prussiens faisaient en Champagne. Je ne serai ici ni r Attila ni le fléau de la Belgique. » Espérant être mieux écouté et mieux compris de Lebrun, il lui manda : a Je vous annonce que j'ai beau battre les Autrichiens, cette superbe expédition se terminera mal, parce qu'on contrarie tous mes plans, parce qu'on tyrannise le pays, parce que des spéculateurs avides, soutenus par les bureaux de la guerre, accaparent toutes les subsistances, sous prétexte de nourrir l'armée, et la laissent manquer de tout. Mon indignation est à son comble. . . Lorsque j'aurai posé les quartiers d'hiver sur la Meuse, j'enverrai ma démission. Il faut que tout le monde concoure à mes plans ou que je les abandonne tous*. •

I Damoaritt k Pache et k Lebnin, tt, Sft •! tl novMnbra iTfMI

A TexceptioD de Pache, le Conseil exécutif était encore tout acquis à Dumouriez. Il décida de rappeler La Bourdonnaye. ft Je né souffrirai pas, le Conseil exécutif ne soufïrira pas, écrivit Lebrun à Dumouriez le 25 novembre, que vous soyez intéressé par qui que ce soit dans vos opérations. » Cependant, comme les conflits s'aigrissaient entre le commandement de Tarmée et Tadministration de la guerre ; qu'il fallait d'ailleurs prendre, et au plus tôt, un parti sur le gouvernement de la Belgique, la Convention y envoya, le 30 novembre, quatre commissaires. Danton, qui voulait juger par lui-même de la guerre de conquête et voir à l'ouvrage les généraux, les troupes et les peuples affranchis, prit la tête de cette délégation. On lui adjoignit un de ses suivants, Delacroix, spadassin politique, Gossuin, le Montagnard qui voulait qu'on mit à prix la tête des généraux ennemis, et Camus, légiste étroit doublé d'un janséniste, incapables de comprendre le caractère d'un peuple étranger et de concilier les nécessités de la guerre avec Taffranchissement d'une nation.

Les Belges voulaient être libres à leur manière; c'était pour ces conventionnels un crime de lèse-Révolution. Les administrations provisoires, justement parce qu'elles étaient nationales, résistaient au prosélytisme montagnard et repoussaient l'inondation des assignats. Les conventionnels ne séparaient point, sur cet article-là, les intérêts des principes. Us décidèrent qu'il fallait mettre les Belges au pas et les convertir à la Révolution en les obligeant à la pratiquer. « On ne fait pas, disaient-ils, des révolutions avec du thé; les principes de justice et d'humanité sont bons en théorie et dans les livres des philosophes; mais dans la pratique, il faut d'autres moyens pour opérer : il faut avoir des coupe-jarrets à gages, d Ils en réclamaient dans les départements voisins de la frontière. « Ce n'est pas, écrivaient-ils, de nouveaux soldats que nous vous demandons, mais bien des patriotes déterminés à protéger efficacement les patriotes belges et à seconder vigoureusement nos opérations politiques. » Delacroix se fit en cette mission de Belgique un a renom sinistre » ; Danton se livrait à la jouis-

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