LES RÉUNIONS. — BUPTURE AVEC L'ESPAGNE
cains généreux, écrit un publiciste, que la sagesse vous inspire au milieu de vos succès 1 La liberté elle-même va poser les bornes de votre brillant empire. C'est pour vous rendre impénétrables aux tyrans que la nature a formé ces vastes pays qui baignent Toccident et le midi de notre territoire. C'est pour vous servir de barrières que les Pyrénées et les Alpes élèvent jusqu'aux cieux leurs rochers inaccessibles. C'est enfin pour vous seuls que le Rhin et TEscaut portent au loin le tribut de leurs ondes et semblent dessiner les frontières du patrimoine de la liberté. Parvenus à ces bornes irréiragables, bornons là nos conquêtes ' ! »
La Convention ne pouvait tarder davantage à s'expliquer sur le principe des réunions et à en poser les règles. Danton la pressait naguère de voter sans phrases. La Convention préféra se donner des motifs et les exposer à l'univers. Camot le fit dans un rapport qu'il présenta le 14 février, à propos des vœux de Monaco et de ceux d'un certain nombre de communes allemandes limitrophes des départements du Nord-Est ou enclavées dans ces départements'. « Pour établir une théorie sur ces réunions de territoires, dit-il, votre comité diplomatique a dû remonter aux principes. Dans toutes matières politiques, deux points sont à considérer, et c'est à eux que tout se réduit, l'intérêt et la justice. Ils composent tout le droit des gens, v Établissant la différence du juste et de l'injuste en politique, Camot poursuit : « 1* Toute mesure politique est légitime dès qu'elle est commandée par le salut de l'État; S* tout acte qui blesse les intérêts d'autrui sans nécessité indispensable par soi-même est injuste. Aucune réunion, augmentation ou mutation de territoire ne peut avoir heu... sans qu'il soit reconnu : 1* que cette mutation n'a rien de contraire aux intérêts de l'État; 2* que les communes que regarde cette mutation l'ont demandée par l'émission d'un
' Lettre anonyme à Lebrun, 8 mars 1798. — Comparer I. I**, p. S59-260, le de Strabon : « Une ti heureuse ditpoiition de lieux... raffirait pour
prouver la Providence •
• Jfoitiieyr, I. XV, p M5^7.
voeu libre et formel , ou que la sùretë générale de la blique la rend indispensable. « Il n*y a donc de justice politique que celle qui procède de Tintérét de TÉtat, et il n y a point de justice possible contre cet intérêt. Ainsi, c'est un principe que tout peuple est souverain, quelle que soit Feiiguïté de son territoire; « mais un principe antérieur à celui-là est d'empêcher qu'aucun peuple nous impose la loi à nousmêmes « . Or ce serait nous laisser imposer une loi, et la plus désastreuse, que de permettre « qu'une commune quelconque, en émettant son voeu d'indépendance » , pût se détacher de la grande masse et jeter la France dans le fédéralisme et l'anarchie.
Les nations européennes sont divisibles, parce que c^est l'intérêt de la République de les diviser, et la République est indivisible, parce que son intérêt est qu'on ne la divise point. Il en va de même de la guerre : les subtilités, ici, ne sont point de mise. « La guerre, continue Garnot, est un état violent : il faut la faire à outrance ou rentrer dans ses foyers... Fraternisons avec les peuples, épargnons le sang de nos ennemis; mais que les réclamations partielles se taisent devant lei grands intérêts de la République. » — « C'est la loi de la nature » que chacun , dans le péril, se sauve aux dépens d'autrui, et chacun demeure seul juge de l'exercice de son droit. Pour ce qui est de la France, la nature même a marqué les limites dans lesquelles ce droit naturel s'applique, et l'his^ toire en a consacré l'application, a Les Umùes anciennes et naturelles de la France sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Les parties qui en ont été démembrées ne l'ont été que par usurpntion; il n'y aurait aucune injustice à les reprendre; il n'y aiiniil aucune ambition à reconnaître pour frères ceux qui le lurent jadis, à rétablir des liens qui ne furent brisés que par Tunibition elle-même. » Le rapport concluait que la réunion de Monaco et celle des communes allemandes étant utiles, les vœux de ces pays devaient être accueillis. La Convention sanctionna ces conclusions par un décret.
La doctrine était posée dans sa simplicité magistrale. C'était