DUMOURIEZ ET COBOURG. S
révolutionnaires étaient plus ou moins de la faction d'Orléans, et que la Révolution n'était, au fond, que la grande conspiration de Philippe-Ég^alité, Fersen ne doutait point que, pour recouvrer « leurs princes « , Danton et ses amis ne s'empressassent de délivrer la reine et ses en&nts. Le baron de Breteuil, qui était en Angleterre, s'aboucha avec un homme qui se faisait fort d'approcher Dumouriez et se disait son aide de camp. Cet agent esquissa même un projet d^accord *, qui fut envoyé au comte de Mercy, Tancien ambassadeur de Marie- Thérèse à Paris. Il fallait trouver trois ou quatre millions. Mercy se chargea de les demander à Vienne et instruisit de la négociation le général en chef de l'armée, le prince de Gobourg. — Certes, lui écrivait-il, on n'en est qu'aux conjectures : « de là à l'aveu de celui que cela regarde, il y a bien loin encore. » Il faudrait lui demander, outre les princes d'Orléans, de livrer plusieurs places. Dans tous les cas, il serait fort expédient de se a débarrasser d'un adversaire au moins incommode par sa brillante activité, qui électrise les hordes, d'ailleurs si mal composées, qu'il commande » .
Gobourg était ainsi préparé à négocier lorsque, le 23 mars, il reçut auprès de Bruxelles Tadjudant général Montjoye, qui venait à lui de la part de Dumouriez. a Le général, dit Montjoye, est décidé à mettre fin à toutes les calamités qui déchiraient sa malheureuse patrie, à rétablir la royauté constitutionnelle, à dissoudre la Convention nationale et à punir les scélérats de Paris. » Il demanda que, sous le prétexte d'un échange de prisonniers, Gobourg lui envoyât un officier de confiance avec lequel il pourrait s^expliquer plus amplement. Comme il arrive souvent à la guerre, chacun des deux généraux s'exagérait les ressources de son adversaire. Gobourg estimait à 40,000 hommes l'armée de Dumouriez; il se rappelait l'effort puissant qu'elle avait fait à Jemappes, il ne se rendait pas compte de la détresse de ces troupes. Il ne disposait que de 32,000 hommes, il attendait des renforts; Dumouriez occupait
i Voir, dam MoaTiMBA-TBBHàuz, t. VI, Appendic«, La Cotrmpondance et Us Mémoiret de Men^, de Cobowg et de Mack, Sibbl, Trad,, t. II, p. 888 et tiiÎT.
m. IS
une bonne position, sa proposition venait à point pour pe^ mettre aux Autrichiens de gagner du temps à ses dépens et peut-être deTamener à se retirer. Cobourg lui envoya le colonel Mack, qui passait pour un des officiers les plus distingués de Tarmée autrichienne*.
Dumouriez le reçut le 25 mars au soir, à Ath, où il s^était arrêté. Us causèrent et dînèrent ensemble. Dumouriez s'anima. « A travers les fumées du Champagne » , il laissa échapper qu*il attribuait à Cobourg des forces considérables, 60,000 hommes environ. Mack conclut de cet aveu qu'il pouvait se montrer « raide et décidé » . Après le dîner, Dumouriez remmena dans une pièce écartée, et là, en présence du général Valence, du duc de Chartres, de Thouvenot et de Montjoye, ses aides de camp, il s'ouvrit entièrement de ses desseins: disperser la Convention, rétablir la royauté constitutionnelle avec le Dauphin, sauver la reine. Pour réussir, il avait besoin de la neutralité de Cobourg et même de son appui. Mack répliqua sur un ton péremptoire que le prince n'entrerait dans aucune négociation tant qu'il resterait un Français dans les Pays-Bas. « Mais, reprit Dumouriez, je suis aussi fort que vous; j'attends des renforts considérables en peu de jours, et je saurai me défendre. » Mack ne répondit que par un geste significatif. Dumouriez se résigna : « Eh bien ! s'écria-t-il» les Pays-Bas ont toujours été la proie d'une bataille, j'en ai livré deux, j'ai eu le malheur de les perdre... Je subirai le sort de la guerre. » Il s'engagea à se retirer et à faire évacuer les forteresses belges. Mack déclara que Cobourg le suivrait jusqu à la frontière, observerait ses opérations et se contenterait de les observer tant qu'il lui verrait des chances de réussir dans son entreprise contre la Convention. Dumouriez ne demandait que trois semaines. Son plan était de se rendre à Paris à marches forcées, avec des troupes sûres, et de s'emparer, en arrivant, du club des Jacobins. Ensuite, la Convention dissoute , il tâcherait d'établir une constitution raisonnable et
* M Un esprit juste et un génie militaire transcendant • , disait LangeroD. CflC- QuisTi op, cit. ,p. 48-49.