‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 56 sur 93 · DUMOURIEZ ET COBOURG · texte numérisé non relu

DUMOURIEZ ET COBOURG

répond Beurnonville. Je me sacrifierai avec bonheur pour ma patrie; je ne la trahirai jamais. Ma situation est horrible. Je vois que vous êtes décidé, que vous allez prendre un parti désespéré. Ce que je vous demande en grâce, c*est de me l'aire subir le même sort qu'aux députés. — N'en doutez pas, et en cela je crois vous rendre un service signalé^. » Us rentrent alors dans la salle où les officiers agités, irrités, attendaient le dénouement de la crise. Bientôt les commissaires reparaissent. Dumouriez, adossé à la cheminée, répond par un refus ironique à une dernière sommation. Camus annonce alors qu'il va foire mettre les scellés sur les papiers du général. Des murmures éclatent. Camus déclare Dumouriez suspendu de ses fonctions. Les murmures redoublent. — « Allons, dit Dumouriez, il est temps que cela finisse. Lieutenant! appelez les hussards. » Les hussards n'attendaient qu'un signe. Les quatre commissaires et le ministre de la guerre sont arrêtés.

Ce qui précède était d'un rebelle; ce qui suit est d'un cynique. Les prisonniers, parmi lesquels se trouvait un compagnon d'armes de Dumouriez, sont enfermés dans une salle basse. La nuit eât humide et glaciale. On les y laisse sans feu, sans manteaux, et cependant Dumouriez écrit au général autrichien Clerfayt : « Je vous adresse quatre députés de la Convention nationale qui sont venus de la part de cette assemblée tyrannique pour m'arrêter et me conduire à leur barre. Leur projet, ou du moins celui de leurs commettants, était de me faire assassiner à Paris. Je vous prie de les envoyer à Son Altesse le prince de Saxe-Cobourg pour être gardés en otages pour empêcher les crimes de Paris. Je marche demain sur la capitale pour faire cesser cette horrible anarchie. Je compte, comme on me l'a expressément promis, sur la trêve la plus

' Il ne croyait pas dire si vrai. Beamonville eut toajoara an bonheur paradoxal, ce qui eat la première qualité d'un officier de fortune. Il était, en 1789, capitaine aux CentrSuisses. La République le fit coup sur coup colonel, maréchal de camp, lieutenant général, ministre de la guerre. Sa captivité en Autriche le sauva des périlleuses épreuves de la Révolution. Délivré en 1795, il adhéra au 18 fructidor et collabora au 18 brumaire. Le Consulat le fit ambassadeur; l'Empire, sénar> taor et comte; la Restauration, pair de France, marquis, maréchal et cordon bleu.

parfaite pendant Texpëdition que je vais faire, et même sur le secours de vos troupes en cas que j*en aie besoin pour venir à bout des scélérats que je veux châtier, pour remettre Tordre dans le royaume de France et rendre à toute TEurope le repos et la tranquillité qu'ils ont troublée si criminellement. » Cette lettre écrite, il fit partir les prisonniers. Beurnonyille youlut résister, on le frappa, et on le rejeta, blessé, dans la Toiture.

Dumouriez se croyait mattre de la France. U avait compté sans elle, et il la trouva devant lui dans son propre camp. Ce fut Tarmée même qui déjoua la conjuration dont elle devait être Tinstrument. Les soldats avaient une notion à la fois très haute et très claire de leur devoir. Ce devoir ne pouvait être de s^entendre avec les étrangers pour marcher sur Paris. Ils aimaient leur général, parce qu'il avait vaincu rennemi ; en pactisant avec FAutriche, il ruinait son prestige et devenait odieux. C'était précisément ce qu'il n'avait pas prévu, et c'est en quoi l'on a pu dire qu'il était trop vieux pour son temps et ne le comprenait pas.

Il employa la nuit à envoyer des ordres et à rédiger des proclamations aux troupes. «Je me suis rappelé ce que vous m'aviez promis : que vous ne laisseriez pas enlever votre père, qui a sauvé plusieurs fois la patrie. . . U est temps que l'armée émette son vœu. U est temps de reprendre une constitution que nous avons jurée trois ans de suite, qui nous donnait la liberté.» U écrit à Mack, l'assure que tout va bien. Puis il s'occupe de mettre la main sur les places fortes, Lille, Valenciennes, Condé : elles seront son refuge en cas d'échec; il les livrera aux Autrichiens s'il a absolument besoin d'eux et s'ils exigent un gage. U chaîne le grand prévôt de l'armée, Lescuyer, de se rendre à Valenciennes et d'y arrêter le représentant Bellegarde. Lescuyer y trouve deux autres conventionnels : Cochon et Lequinio; il ne peut se saisir du premier sans s'assurer aussi de ses collègues ; il hésite, il craint d'ameuter la population, et il demande des ordres. U les reçoit le 2 avril au matin. Mais alors Ferrand, le général qui commandait la

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