‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 6 sur 93 · BELATIONS EXTERIEURES APRES LE 10 AOUT · texte numérisé non relu

BELATIONS EXTERIEURES APRES LE 10 AOUT

A la nouvelle des événements du 20 juin, Talleyrand avait quitté Londres, où il ne voyait alors rien à faire ^ II demandait maintenant à y retourner, non qu'il espérât y nég^ocier plus utilement, mais il lui Fallait un passeport pour sortir de France et une pseudo-mission pour assurer la sécurité de sa personne qu'il jugeait menacée et la conservation de ses biens, qu*un départ non autorisé aurait fait confisquer. Il avait rencontré Danton au département de Paris où ils avaient été un moment collègues*. Ils n'étaient ni Tun ni Tautre gens à se méconnaître et i se négliger. Talleyrand donna un gage au parti républicain : il rédigea une circulaire destinée â expliquer â TEurope la révolution du 10 août et à présenter aux États le gouvernement provisoire *.

En même temps, pour rassurer les peuples et pour se placer en quelque sorte sous le patronage des esprits les plus généreux et des penseurs les plus nobles de FEurope, TAssemblée, sur la proposition de Guadet, affirma les « sentiments de fraternité universelle chers à une nation qui a proclamé sa renonciation à toute conquête, et son désir de fraterniser avec tous les peuples « ; elle accorda le titre de citoyen français aux hommes de tous les pays qui s*en étaient montrés dignes, les Anglais Priestley, Paine, Wilberforce, Bentham, David William; ritalien Gorani; les Allemands Clootz, Campe, Klopstock, Schiller; le Suisse Pestalozzi; TAméricain Washington ; le Polonais Rosciusko *.

Lebrun lut, le 23 août, à TAssemblée un court exposé de Tétat des relations extérieures. Il s'y montrait optimiste, affirmant que les dioses n'avaient point changé depuis le rapport qu'avait fait son « prédécesseur » Ghambonas, le

> Cf t. II, p. 48S.

* Tdleyraiid élo le IS JMiTMr, Dntto» U 81 jMmep479i, aéninNtnrtrart do département de Parii. GHARATàT, t Assemblée éieetormle de paris en 1790 et 1791. Paris, 1890, p. 387 et 430.

* IS eoiVl. A/piire* étrangères, Correrponàanee de Londres; note de TalTeyraiid : Angleterre : Supplément. — Texte dani Pallaot, le Ministère de TalUjrand sauê le Directoire, Parii, 1891, p. r-x.

« Décret daSO août 1791.

10 juillet ^ Il comptait sur la neutralité « parfaite » du Daremark, « sympathique » de la Suède, « stricte » de TAiigleterre et de la Hollande. Il ne disait rien de celle de la Suisse. Il montrait la Russie plus malintentionnée que malfaisante; les cours d'Italie plus désireuses de nuire que capables de le faire; TEmpire hésitant. Il ne parlait ni de la Turquie, sur laquelle il fondait des espérances, ni de FEspagne^ qui menaçait de rompre*.

Lebrun ne manquait pas d'idées : il avait celles de Dumouriez, qu'il accommodait avec souplesse aux circonstances nouvelles. Il correspondait avec son ancien chef, resté son ami. Il lui écrivait sur le ton de la déférence; Dumouriez répondait avec familiarité et appelait le ministre « son compère » . Faute de combinaisons directes, Lebrun en recherchait d'éloignées, et, réduit aux mouvements tournants, il en concevait de fort étendus. Il se flattait de gagner la Suède : cette puissance s'était habituée au rôle de mercenaire. La France obtiendrait sa flotte en la payant. La Suède aurait à craindre le ressentiment de la Russie. La France en préserverait la Suède et obligerait Catherine à s'occuper des Turcs. Dumouriez avait dressé le plan de cette diversion classique ^ Sémonville devait l'exécuter. Cet ambassadeur attendait toujours son ordre de départ. Dumouriez pressait Lebrun de le donner ; il demandait que pour appuyer la mission l'escadre de Toulon se tint prête à faire voile pour la Crimée, que l'on envoyât des émissaires pour agiter la Hongrie, que l'on ne reculât point surtout devant la dépense, et que l'on mît Sémonville en mesure de se montrer magnifique. « Vingt millions, disait-il, ne seraient pas de trop, si on pouvait les donner^. » Il ne se contentait pas d'animer le Turc et de soulever le Hongrois, il voulait aussi révolutionner les cantons suisses et faire de la sorte, à peu de frais, sa cour aux brouillons

* Rapport de Chambonas, Moniteur, i. XIV, p. 185; de Lebran, id., p. 515.

* Le chargé d*ai£airei, Yriarte, demanda un passeport le 11 août. •Cf. t. 11, 2*édit.,p. 455.

* Euioui?, Mnr€i, duc de £a$SMQ* Paria, 1878, p. 67-C9.

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