LA LIBERATION DU TEBRITOIRE
du Comité aux représentants à Tarmée du Nord, après la défaite de Houchard ^ Contentons-nous de nous retrancher, de ménayer nos forces, de harceler Tennemi... » Il faut, ajoutaient-ils, se concentrer sur la frontière du Nord. Cobourg menace Paris a et par conséquent la République entière, dont on peut presque dire que Texistence actuelle dépend de la sûreté de Paris... La conséquence de ces réflexions vous impose une responsabilité par heure et par minute. Fermez Toreille à toute autre considération; joignez Cobourg avec des forces respectables qui puissent le combattre avantageusement, et vous serez les sauveurs de la patrie. Autrement la République est perdue : il ne reste plus qu'à se voiler la tète... « Cette dépêche n'aurait été qu'un témoignage de Tétat désespéré des affaires et n'aurait servi qu'à augmenter le désarroi des repré-* sentants et des armées si, après l'avoir expédiée, le Comité n'avait décidé, le 23 septembre, que Carnot se rendrait immédiatement à la frontière du Nord. Tout changea de face dans l'espace de quelques semaines. Cobourg, établi sur l'Escaut, tenant Condé et Valenciennes, assiégeait Maubeuge. La bataille de Wattignies, livrée le 16 octobre, força les Autrichiens à débloquer cette place et à prendre leurs quartiers d'hiver. Entre les mains d'un vrai ministre de la guerre, la République put ordonner les forces qui, depuis six mois, affluaient confusément aux armées de toutes les parties du territoire et se perdaient dans les conflits incessants de généraux écervelés et territiés avec des gouvernants despotiques et brouillons.
Les recrues de la grande levée décrétée en août arrivaient dans le dénuement; il fallait les habiller, les encadrer, les instruire, les aguerrir par de petits combats, qui n'étaient, à vrai dire, que des manœuvres sanglantes. L'amalgame des conscrits avec les anciens volontaires, puis de ces volontaires avec les anciens bataillons de ligne, s'opérait lentement. Un décret du 7 janvier 1794 consacra cet ouvrage du Comité de la guerre, qui créa l'armée nationale et incorpora
* Entra le 20 el le 23 septembre.
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en réalité les gardes nationales, c'est-à-dire la nation année, dans la ligne. L'efFectif total était à peine de 400,000 hommes au mois de mai 1793; il atteignit 533,000 hommes en août, 649,000 en octobre, 569,000 à la fin de Tannée. Les circonstances qui permirent d'organiser ces troupes permirent de leur trouver des chefs, ou plutôt permirent aux hommes capables de commandement de se révéler à eux-mêmes, de se former, de se signaler enfin dans ces mêmes rencontres où les soldats s'exerçaient à la guerre en la faisant. Ce fut le principal mérite de Gamot de discerner ces hommes, de les pousser, de les soutenir et de concentrer leurs efforts en un effort unique qu'il dirigea.
Jourdan est nommé général en chef de l'armée du Rord le 22 septembre, et, le 26 octobre, les Autrichiens sont fb^ ces à la retraite. Pichegru est nommé général en chef de Tar mée du Rhin le 2 octobre. Hoche, général en chef de l'armée de la Moselle le 22; ils attaquent les Prussiens et les harcèlent pendant tout le mois de novembre; le 25 décembre, Hoche reçoit le commandement en chef des deux armées; le 26, l'attaque des lignes de Wissembourg commence. Les lignes sont emportées. Les alliés se retirent. L'Alsace est reconquise, et, sauf trois places, Yalenciennes, Le Quesnoy, Gondé, que l'ennemi tient encore, le territoire de la France est délivré sur les frontières du Nord et de TEst. Le 29 octobre, Bonaparte est nonmié commandant d'artillerie et employé au siège de Toulon; le 18 décembre, Toulon est repris. Bonaparte est nommé général, et son nom entre dans l'histoire. Aux Pyrénées, les Espagnols sont contenus, et comme ils ne se renforcent pas, il n'y a plus de péril à les attemire. Dans rOuest, malgré les empêchements des matamores >lapides et féroces de la Commune, Kléber et ses Mayeiiçais finissent par forcer les Vendéens et les abattre. Vaincue à Gholet, le 18 octobre, privée de ses meilleurs chefs, Bonchamp et d'EIbée, l'armée catholique et royale avait passé la Loire et s'avançait vers le Gotentin, espérant s'y retrancher et y recevoir, de la main d'un des princes, les secours de
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l'Angleterre. C'est moins nne armée que Tëmigration de tout un peuple, des femmes, des enfants, en tout près de 80,000 per* sonnes qui s'en vont, comme en vacillant, à la dérive vers le Nord, cherchant la mer qui les protégera et leur apportera des vivres. Stofflet et La Rochejaquelein conduisent, en combattant valeureusement, cet exode calamiteuz. Les Vendéens viennent s'échouer à Granville le 14 novembre. C'est la porte de la mer. Tout désemparés qu'ils sont, ils attaquent la ville. Les Républicains les repoussent. Hais les voiles anglaises ne paraissent point; le prince attendu ne se montre pas. Alors le désespoir prend ces malheureux; ils réclament leurs pays, ils exigent la retraite, et la retraite se transforme en une lamentable déroute, lisse dispersent sur les chemins. Marceau, qui a pris le commandement en chef, écrase, le 12 décembre, au Mans, le principal de leurs détachements. Il anéantit le reste à Savenay, le 23 décembre.
La Terreur ne contribua point à ces victoires ^ Les tueries s'organisèrent en même temps que la défense nationale ; elles ne la firent pas. Les terroristes marchent sur les derrières de l'armée, et n'opèrent que sur des prisonniers et des vaincus. Il suffit de rapprocher les dates. La levée en masse est décrétée le 23 août, la Terreur le 5 septembre; le gouvernement révolutionnaire est décidé le 10 octobre, organisé le 4 décembre, il ne commence qu'alors à agir en grand : on ne peut voir un effet de ce système de gouvernement dans les mouvements militaires qui s'accomplissent du 16 octobre, Wattignies, au 26 décembre, Wissembourg. Dans le mois d'octobre, Saint- Just arrive à Strasbourg, Carrier à Nantes, Tallien à Bordeaux; Fouché »i Collot «ont à Lyon le 9 novembre; dans ie même temps». Hoche, Pichegru, lionaparte, Jourdan, Marceau surgissent à la tête des armées, et chacun fait son ouvrage. Tandis que Kléber et Marceau battent les Vendéens, Carrier tue les prisonniers; il fait une première noyade le 7 novembre, une autre le 10 décembre; mais il les fait hypocri-
' Voir Thibaudsau, Mémoires, ch. t.
tement, il ne les annonce que comme des accidents; ce n'est que le 31 décembre, c'est-à-dire quand les Vendéens soDt écrasés, qu'il avoue son procédé et en (ait un système de vengeance, non d'épouvante, Tépouvante étant désormsûs inutile ^ A Paris, les tètes les plus illustres de la Révolution, celles des Girondins, celle de Bamave tombent en octobre et en novembre; mais les grands massacres ne commenceront qu'au milieu de février 1 794 : le nombre des victimes du tribunal doublera alors tout à coup et s'élèvera à 1 16 sur 206 accusés. C'est pendant que Hoche et Pichegru manœuvrent contre Brunswick, que Saint-Just terrifie Strasbourg, et que « la guillotine y va son train ' » ^ que le conventionnel Lacoste écrit au Comité : « Dans la ville de Strasbourg, il n*y a pas quatre patriotes. » « La seule mesure à prendre est de faire guillotiner le quart des habitants de cette contrée et de ne conserver que tous ceux qui ont pris une part active à la Révolution; chasser tout le surplus et séquestrer leurs biens *. « Sous le coup de ces mesures, dont l'ineptie équivaut à une trahison, 25,000 Alsaciens émigrent en Allemagne^. En quoi ces hautes œuvres de Saint-Just et de Lacoste contribuent-elles à la reprise des lignes de Wissembourg? Lyon, en révolte, est repris le 8 octobre ; les exécutions en masse y commencent le 4 décembre. Il faut être Fouché pour oser écrire que ces massacres de prisonniers ont éclairé le bon sens de Dugommier, dégagé le génie naissant de Bonaparte et causé la reprise de Toulon : « Et nous aussi, mon ami » , mandait ce futur ministre de Louis XYIII au ci-devant comédien ambulant, Gollotd'He^ bois, a et nous au«si, mon ami, nous avons contribué à la prise de Toulon... en oHrant aux regards des lâches qui y sont entrés, des milliers de cadavres de leurs complices... Nous n'avons qu'une manière de célébrer la victoire, nous envoyons ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la foudre...
« Moniteur, t. XVIII, p. 541, 670; t. XIX, p. lOÎ. * Moniteur, t. XV UI, p. 500, lettre du 19 novecobre. ' Lacoste au Comité, IK décembre, 24 novembre 1705. ^ Voir le rapport de fiarère du 27 janvier 1794.