CHAPITRE XII
travaux depuis près de dix semaines, et les poussent avec une vigueur croissante ; le moment me semble donc propice à dresser le bilan de nos affaires et des leurs.
Amis et ennemis, nous savons tous maintenant que la place n'a rien à craindre du côté de la mer, à moins qu'on n'invente et ne construise un matériel naval de siège, qui ne pourrait en tout cas être prêt avant que la diplomatie, s'appuyant sur des sentiments et une opinion qu'il serait superflu de qualifier ici, soit en mesure d'empêcher la continuation de la guerre. Les flottes alliées nous feront beaucoup de mal. Leur seule présence dans la mer Noire y a renversé notre prestige. Elles iront culbuter toutes les défenses que nous avons élevées sur les côtes d'Asie. Leurs vapeurs peuvent pénétrer dans la mer d'Azoff , ils y pénétreront, et par là notre puissance morale recevra un notable échec. 11 va sans dire que les flottes alliées amèneront incessamment devant Sébastopol des renforts en hommes et en artillerie, et que les approvisionnements de toute nature, un moment compromis du côté des Anglais, ne manqueront plus à l'avenir. Mais le fait que la place n'a rien à craindre du côté de la mer n'en reste pas moins constant.
L'impuissance des flottes, en l'état actuel de leur
matériel contre les défenses maritimes de Sébastopol, pourrait, il est vrai, être suppléée par les armées de terre si elles étaient assez nombreuses et pourvues de transports suffisants pour prolonger un grand mouvement par la droite, s'emparer de la route de Simféropol, et après une bataille gagnée mettre le siège devant les forts du Nord en s'approvisionnant par la baie de Kazatch, que les amiraux anglais et français n'ont peut-être pas d'abord assez patiemment étudiée. Mais nous pouvons être tranquilles à cet égard. On ne transporte pas aisément à 800 lieues 20 à 25,000 chevaux de trait ou mulets. Les alliés les eussent-ils d'ailleurs reçus, ils ne seront jamais en assez grand nombre pour suffire au siège de la ville, et à un grand mouvement comme celui qui vient d'être indiqué. Si un tel mouvement est jamais entrepris, ce ne sera qu'après la chute de Sébastopol. La question, toute la question de la guerre est dans la place dont la défense nous est confiée.
Pour accomplir la noble mission qui nous est échue, il faut savoir renoncer à la prétention de vaincre loin de nos fortifications et de nos sacs à terre. Le raté de Balaklava, — qu'on me pardonne celte expression soldatesque, — a été racheté en apparence par les folies de courage des Anglais, mais