‹ L'Europe et la Russie remarques sur le siège de Sébastopol et sur la paix de Paris, conséquences probables H. LamarcheChapitre 31 sur 179 · PLAN DE CAMPAGNE DES ALLIÉS · texte numérisé non relu

PLAN DE CAMPAGNE DES ALLIÉS

En outre des motifs qui viennent d'être indiqués, l'empereur Nicolas en avait un autre et très-puissant pour se décider à accepter la guerre dont on le menaçait. Il voyait les puissances occidentales dé-

ployer en Orient des forces tout à fait en disproportion avec la pensée d'abattre la prépondérance russe dans l'empire ottoman. La France et l'Angleterre, se disait-il, peuvent m'empêcher d'aller à Constantinople, elles peuvent même s'opposer à ce que je m'établisse de l'autre côté du Danube, mais un tel échec ne portera pas une atteinte sérieuse à ma suprématie, car, lorsque les puissances occidentales seront reparties emportant le traité que j'aurai été

obligé de signer, je n'en serai pas moins le maîlro sur la mer Noire, et à deux jours de navigation de Constantinople.

La prévision que l'on pourrait désarmer la marine russe sur l'Euxin, tandis que la marine ottomane resterait armée de l'autre coté du Bosphore, ne se présenta pas à l'esprit du czar. Cette prévision était en effet trop mal d'accord avec les commencements de la guerre pour que l'on dût la faire entrer dans le calcul des probabilités. Mais l'imprévu vint jouer ici son rôle. Le choléra fit aux généraux alliés une nécessité d'agir immédiatement pour ne pas voir tomber tous leurs soldats sans combat, et l'absence de moyens de transport se combinant avec la position douteuse prise par l'Autriche les détermina à se jeter à l'improviste sur la Crimée. La guerre devint offensive, fautes de ressources suffisantes pourresterdéfensive, c'est-à-dire telle qu'elle avait été conçue par toutes les parties belligérantes.

Dans un conseil de guerre tenu le 12 mai 1854, à Varna, entre les généraux et amiraux alliés, le général en chef ottoman et le ministre de la guerre du sultan, il (ut décidé que la l re et la 2 # division de

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l'armée française viendraient par terre de Gallipoli à Andrinople, d'où elles se rendraient à Schurala. Le conseil décida en outre que les Anglais campés à Scutari et la 3 e division française feraient embarqués pour Varna. De Varna, où elle appuierait une de ses ailes sur les flottes, et de Schumla, où elle combinerait ses mouvements avec les troupes d'Omer-Pacha, l'armée alliée agirait de manière à délivrer Silistrie et à forcer ensuite les Russes à évacuer les principautés.

Ce plan si sage, si naturel à première vue, présentait à la réflexion de graves inconvénients.

En portant la guerre dans les principautés, il fournissait aux Russes un prétexte pour les dévaster;

Il éloignait trop les armées des flottes et nécessitait la création d'un grand équipage de transport, création qui ne saurait être improvisée, même au prix de beaucoup d'argent;*

Il ne menaçait que médiatement le territoire russe, qu'il importait d'attaquer immédiatement, car c'est chez l'ennemi qu'il faut porter la guerre et les perles qu'elle entraine;

Il n'enlevait à l'armée russe que des positions qu'une défaite essuyée ailleurs l'obligerait presque certainement à abandonner;

Enfin, en poussant l'ennemi sur ses réserves de

Bessarabie, il nous exposait à le trouver plus fort à mesure que nous l'obligerions de reculer, et faisait de nos victoires mêmes un moyen de mettre en évidence l'insuffisance des forces alliées.

La frayeur qu'éprouva l'Autriche en voyant la lutte s'approcher de populations impatientes de son joug, décida cette puissance à conclure, le 14 juin, avec la Porte, une convention pour occuper les principautés, et à s'obliger de forcer les Russes d'en sortir par l'effet des négociations. Ce fut là pour les alliés un accident heureux, au point de vue militaire et au point de vue politique. Nous allions mal engager nos armées; de plus, nous allions, volens aut noient, provoquer des démonstrations populaires qui, venant au début de la guerre, eussent tourné au profit de la Russie, en mettant à découvert des perspectives dont les gouvernements ne consentent à s'approcher qu'à la condition qu'elles resteront voilées, et qu'ils se croiront toujours maîtres d'avancer ou de s'arrêter. Il faut en effet une foi plus naïve que celle qui me guide pour croire

que des mouvements insurrectionnels éclatant en Pologne, en Hongrie, en Italie, les gouvernements de France et d'Angleterre auraient poussé en avant. Un traité, vaille que vaille, eût été conclu avant quinze jours avec l'empereur Nicolas.

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