CHAPITRE IX
unes devaient faire le siège, les autres le couvrir; mais il rie forma point de corps d'armée.
Les outils et les gabions ayant été débarqués le 2 et le 3, la tranchée fut ouverte le 9, à 750 et 800 mètres parles Français, et à 1 1 et 1,200 mètres par les Anglais, tenus plus éloignés par d'immenses difficultés de terrain.
Cependant les flottes avaient pour mission de garder la côte, depuis les bouches du Danube et Odessa jusqu'à Kertch, en contournant la presqu'île, et de maintenir strictement ce blocus, malgré les variations de vents qui commençaient à rendre la navigation très-difficile. L'escadre turque, sous les ordres d'Ahmet-Pacha, surveillait la rade de Sébastopol et s'étendait jusqu'à la baie de Katcha, où se trouvait l'amiral Hamelin avec cinq vaisseaux.
Des navires en nombre suffisant avaient été dépêchés à Varna pour y chercher des renforts et des approvisionnements de toute nature.
Le corps français d'observation commença, sur son front, dominant les vallées de la Tchernaïa et de Baiaklava, des travaux de fortification de campagne destinés à former une suite d'ouvrages de circonvallation. Les divisions anglaises de la réserve se livraient aux mêmes travaux du côté d'Inkerman.
Le génie et l'artillerie avaient annoncé qu'en huit
l'luropï; lt la Russie.
jours ils auraient assez avancé leurs travaux pour que le feu pût être ouvert contre la place.
Quant aux amiraux, ils avaient débarqué des canons à longue portée et des marins pour les servir, afin de prendre doublement part à l'attaque qui eut les résultats que Ton va voir.
Journée du 19 octobre. — Attaque du coté
tfe la terre.
Les tranchées ouvertes par les Français offraient une étendue de 1,600 mètres; les batteries dont ces tranchées étaient les places d'armes avaient été armées de 53 pièces de siège. Les batteries anglaises reliées entre elles par 1,500 mètres de tranchées étaient armées de 73 pièces, devant malheureusement tirer à de trop grandes distances.
La flotte française avait débarqué 30 pièces de fort calibre et 1,000 marins pour contrebattre à longue portée la batterie de la Quarantaine. Pour contrebattre aussi une batterie russe défendant le grand ravin qui divisait les attaques des alliés, la flotte anglaise avait débarqué 27 gros canons et environ 1,000 marins.
Du côté de la terre, le feu contre la place allait donc être ouvert par 183 pièces. 11 le fut à six heu-
OIAPITUE ÎX
res du matin ; niais bientôt les Français ralentirent le leur, et à dix heures et demie, il était éteint. Les Anglais soutinrent le feu toute la journée, mais sans produire aucun effet décisif.
Voilà comme il est vrai que du côté de la terre, Sébastopol était au début dégarni de moyens de défense et pouvait être enlevé d'un coup de main. La place avait non-seulement une enceinte précédée d'un fossé dont la terre avait été rejetée du côté de la muraille, elle était de plus protégée par des ouvrages avancés en terre, les uns préparés à l'avance, .les autres si faciles à établir que vingt jours après l'arrivée des alliés à Balaklava et à Kamiesch, une attaque vigoureuse fut éteinte avec facilité.
Le 3 décembre, le général Canrobcrt et Lord Raglan annoncèrent publiquement qu'il fallait attendre le printemps et de nombreux renforts en hommes et eu artillerie pour reprendre le siège, mais à moins de faire tort à leur intelligence, il est nécessaire d'admettre qu'ils comprirent la situation le soir même du 17 octobre. En effet, les Hottes qui ne pouvaient donner dans le port dont les passes avaient été obstruées, avaient prouvé par le résultat de la journée leur radicale impuissance à entamer les fortifications maritimes de Sébastopol. Il était dès lors visible que la place ne pouvait être réduite
que par le côté de la terre, et selon les règles de l'art dont Vauban a été le législateur et le prophète.
Attaque du côte de la mer.
A une heure, l'amiral Hamelin donna le signal de l'attaque, qui fut aussitôt répété par l'amiral Dundas. 11 avait été convenu à l'avance que tout vaisseau n'ayant pas une hélice propre serait couplé avec un vapeur.
Les escadres comptaient 25 vaisseaux de ligne, et un nombre plus qu'égal de vapeurs. Le côté sud,attaqué par la flotte française, comprenait le fort Alexandre n° 1, le fort Alexandre n° 2, la batterie de la Quarantaine, portant ensemble 155 canons d'espèces diverses et du plus fort calibre. Le celé nord, attaqué par les Anglais, comprenait le fort Constantin, la batterie du Télégraphe et celle de la Guêpe; au total, 124 pièces. L'amiral français, retenu par le manque de profondeur de l'eau, combattait à une distance de 1,400 mètres. Plus heureux, l'amiral anglais, auquel s'étaient joints deux de nos vaisseaux, le Napoléon et le Henri 17, réussit à s'approcher du fort Constantin à une distance de 800 mètres. Les défenses extérieures de Sébastopol étaient littéralement enfermées dans un cercle