U2 L'EUROPE ET LA RUSSIE
sentiments soulevés par la guerre d'Amérique rendaient tout rapprochement impossible entre la France et l'Angleterre. Fox, alors premier ministre, ne crut pas pouvoir s'engager à soutenir la France dans ce qu'elle entreprendrait pour empêcher l'expédition russe. Il fit simplement la promesse de ne pas contrarier nos efforts, et encore la fit-il d'un ton qui engageait à douter qu'il se crût bien assuré de la pouvoir remplir. Le roi de Prusse examina les chances de s'opposer avec succès à la conquête de la Crimée, et, ne les ayant pas jugées suffisantes, il s'abstint. Quant à l'Autriche, qui aurait pu s'unir à la France et à la Savoie, et entraîner la Prusse dans une alliance contre la Russie, elle laissa faire, dans l'espoir que la conquête de la Crimée par les armes de la czarine formerait un précédent qui autoriserait la cour de Vienne à s'emparer de la Moldo-Valachie et à devenir ainsi maîtresse de la navigation du Danube. La politique des Habsbourgs a toujours été la même.
Il serait injuste, cependant, de ne pas reconnaître que les Turcs avaient fait courir à l'Autriche et à l'Allemagne des dangers qui avaient laissé de profondes rancunes dans les âmes, et qu'il n'eût pas été facile de persuader à l'opinion, — car, bon ou mauvais, il y a toujours un courant d'idées chez les