‹ L'Europe et le Saint-Siège a l'époque carolingienneChapitre 100 sur 147 · Y. Ilugoiiis Chronicon (Pertz, SS., t. YIII, p · texte numérisé non relu

Y. Ilugoiiis Chronicon (Pertz, SS., t. YIII, p

3. « Quid putamus, si beatissimus papa Nicolaus in dicbus suis audisset, Bt in liUeris quasi ab apostolica sede coiifîctis, quod layci comités non permitlerent in civitatibns cpiscopos ordinari ? » Lettre des évcques de Gaule à Hadrien H (ibid.). Les évêques se scandalisaient à tort. Hadrien II n'avait fait que suivre la tradition de ses prédécesseurs, qui ne se permettaient môme pas à eux-mêmes de consacrer un évêque sans l'agrément du roi ou de l'empereur dont celui-ci relevait (Y. Jaffé-Ewald, n° 2613). Jean YIII fera de même (Y. ihid., n°«2955, 2956) et après lui Etienne Y (Migne, t. CXXIX, p. 793, ep. II ).

4. Louis II avait été lui-même sur le point d'épouser une princesse by-" zantine. Y, Prudence, Annales, a. 853 (Pertz, SS., t. I, p. 448).

5. Y. Anastase le Bibliothécaire, Prxfatio in synuduni VLLI (Migne, t. CXXIX, p. 17) et Aclio X {ihid.. p. 148).

6. Le comte Eberhard était le troisième négociateur (Migne, ihid.é p. 148).

lin coup d'épée qu'un coup de langue*, put se reposer sur son subtil compagnon du soin de rédiger le contrat en bons termes. Anastase fit de son mieux à la cour byzantine, mais échoua ; car il était plus facile, en matière d'intrigue, d'être le premier à Rome qu'à Byzance.

Puis survient de nouveau la question des héritages, si importante au point de vue du relèvement de l'Empire, pour lui faire perdre ce caractère purement italien qu'il avait pris. Cette fois, la succession en cause est celle de Lothaire II, de ce malheureux concubinaire tombé naguère dans les murs de Plaisance sous les atteintes de la fièvre romaine, et dont la triste fin était bien propre à laisser au cœur d'Hadrien II de douloureux souvenirs. Car, ce prince mal repentant, il l'avait naguère réconcilié avec l'Eglise. Pour lui, il s'en était allé au Mont-Cassin, où l'attendait, en compagnie de l'excommunié, l'obsédante impératrice Engelberge, et là, devant l'autel, après avoir reçu du roi parjure l'assurance qu'il ne s'était point rencontré avec Waldrade, sa maîtresse, depuis qu'elle avait été excommuniée par le pape Nicolas, le pontife romain lui avait présenté l'hostie sainte, épreuve suprême de sa foi, et le plus redoutable alors des jugements de Dieu'^. Maintenant, Hadrien II travaille de toutes ses forces à arracher sa succession des mains avides de Charles le Chauve.

1. Il fut même accusé, ainsi que le comte Eberliard, d'avoir un peu trop fuit sentir aux gens et aux bètes de Constantinople la vigueur de son poignet : « Ut semper evaginato gladio deportato, non solum jumenta sed et homines interficerent. y> Lettre de Louis II à Basile (Pertz, SS., t. III, p. 526).

2. V. Hincmari Annales, a. 869 (Pertz, SS., t. I, p. 481). Gorini, dans un sentiment très louable, s'est efforcé de prouver que la communion administrée, en cette circonstance^, au roi Lothaire par le pape Hadrien II, n'avait pas le caractère d'une ordalie ou d'un jugement de Dieu (V. Défense de V Eglise, 3° édit., t. III, p. 162-170). Malheureusement pour cette thèse, la découverte récente d'une lettre de Jean VIII lui donne un éclatant démenti. Jean VIII, parlant des épreuves judiciaires autorisées par l'Eglise, mentionne celles de la communion et cite précisément comme exemple la communion donnée à Lothaire par Hadrien II : « aut etiam corpore et sanguine Christi probetur, sicut noster decessor Adrianus fecit in Lothario rege pro Waldrada sua pellicc. » Lettre de Jean VIII à l'évêque Paulin (ap. Diimmler^ Gesta Berengarii, p. 156).

Jamais le pacifique pontife n'avait pris un pareil ton. Hincmar, qu'il soupçonne de conseiller le roi de la France occidentale, reçoit l'ordre de rompre tout commerce avec lui, au cas où l'usurpation ne cesserait pas. «Si cela ne suffit point, écrit-il à l'archevêque de Reims, j'irai moi-même chez vous, et rien ne m'empêchera de châtier les coupahles*. »

Hadrien II n'ignore pas qu'on l'accuse de n'obéir en cela qu'à des motifs d'intérêt humain^. Il sait qu'un peu partout, en Gaule, en Germanie, en Italie, sa réputation de pontife complaisant est faite. De Mayence, il a reçu un jour une lettre insolente de l'archevêque Liutbert, lui reprochant son oubli de la discipline ecclésiastique, l'accusant en particulier de permettre le mariage à des religieuses échappées de leur cloître^. Il n'en demeura pas moins fidèle jusqu'au bout à sa politique d'entente avec l'Empire.

Rien surtout ne lui fut plus à cœur que de fortifier la situation de l'Empire en Italie, de l'aider à se rendre enfin maître de toute la péninsule, par l'expulsion des Sarrasins comme par la soumission effective des provinces du midi. Lorsqu'en 871, une catastrophe inouïe, amenée peut-être par la fierté sarcastique de l'impératrice Engelberge*, eut brusquement interrompu l'œuvre d'union et de conquêtes édifiée déjà en partie par plusieurs années d'incessants labeurs ; lorsqu'après être resté plus de trente jours au pouvoir du duc de Bénévent, Adelgise, et avoir juré solennellement entre ses mains de ne pas tirer vengeance de cette injure^, l'infortuné Louis II reprit piteusement le chemin du nord, suivi de son épouse,

1. Lettre d'Hadrien H à Hincmar (Migne, t. CXXII, ep. xxvl, p. 1302). Cf. ihid., ep. xx-xxviii.

2. « Ne pro hiimanis lavoribus nos hœc diccre quis existimet. » Lettre d'Hadrien II à Charles le Cliaus'e (Mignc, ibid., p. 1299 a).

3. Y. Lettre de Liutbert à Hadrien // (JafTé, Biblioth. rer. gerni .. t. III, p. 332-4).

4. « Vos maris no savent pas se servir du Ijouclier, » disait-elle aux BénévenLaines. Ainsi du moins est-il raconté dans la Clironif/ne de Salerne. au ch. cix (Pertz, SS., t. III, p. 527).

5. En août et en septembre 871. Y. André de Bergame, Historia, c. xvi [Script, rer. Lang., p. 228-9) ; Erchempert, Hisl. T.angob. Bene\'ent., c.xxxiv, XXXV, XXXVII [Ibid., p. 247-9) ; //iiicnKtri Annales, a. 871 (Pert/., SS , t. I, ç. 492-3).

redevenue moins fière, Hadrien II se trouva là pour réparer le mal dans la mesure du possible, et tout disposer pour une prochaine revanche. Non seulement Louis II fut relevé par lui d'un serment que la violence rendait caduc \ mais aux fêtes de la Pentecôte — on était alors en l'année^ 872 — la basilique de Saint-Pierre présenta un spectacle inusité. Le pontife romain posa de nouveau le diadème impérial sur la tête de cet empereur, déjà sacré depuis longtemps, mais que le malheur semblait avoir découronné -. C'était une façon de raviver aux yeux de tous le prestige affaibli de l'Empire, une sorte de réinvestiture destinée à restituer des droits qui pouvaient paraître perdus.

En même temps, Hadrien JI agissait énergiquement sur tous ceux qui se trouvaient en mesure de prêter leur concours à une nouvelle campagne de Louis II dans la Basse- Italie. Gaëte et les Napolitains recevaient tour à tour une légation pontificale, dont la composition témoignait assez quelle importance le pontife attachait aux négociations. Le bibliothécaire Anastase devait mettre au service de cette affaire les mêmes ressources qu'il avait naguère déployées à Byzance^; il le fît, malheureusement, avec le môme insuccès. LesGaétains se moquèrent de Rome, de ses avances, comme de ses menaces. Naples ne fut pas moins cruelle à l'amourpropre du glorieux négociateur. Sergius II, duc de Naples, n'était, paraît-il, qu'une pauvre tête, un roseau agité par le vent, comme il est dit dans la Vie de son oncle, le saint évêque Athanase^, mais il y avait là une belle-mère à langue de vipère^, dont les artifices déconcertèrent toute l'habileté

1. V. Hincmari annales, a. 871 [Ibid., p. 493). Réginon attribue à tort cet acte à Jean VIII (V. Chronicon, a. 872, ap. Pcrtz, ibid., p. 584).

2. V. Hincmari annales, a. 872, p. 494. La Vita Athanasii me paraît aussi faire une allusion à ce couronnement; au ch. viii [Script, rer. Lang., p. 448 25), Sur la date, V. Bœhmer-Mûhlbaclier, Reg., n» 1218 d).

3. Ces légations ne sont connues que par les lettres de Jean Mil dont nous parlons plus loin, et parla Vita Athanasii. Celle-ci ne parle^ il est vrai, du bibliothécaire Anastase que pour la mission de Naples [Script, rer. Lang., p. 447), mais la mission de Gaëte paraît bien appartenir au môme temps et aux mêmes négociateurs.

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