En juin 844. V. Jaffé-Ewald, n
3. « Dum piscem immanem sequitur, aquis lapsus subito praefocatur. » Adson de Montier-en-Der, Miracula S. Waldeherti, c. xi ( Mabillon, Acta SS. O. S. Beuedicti, t. III^ part. II, p. 456 ; Mon. Gerni., SS., t. XV, p. 1174, cap. II ).
4. Rome était alors terrorisée par la présence d'une armée franque et du jeune roi d'Italie, Louis II. (V. VitaSergii II, c. xviii, ap. Lih. pontif., t. II, p. 90-91 . ) Drogon, en particulier, s'était montré très hostile au pape : « Per dies singulos conflictum summi certaminis cura sanctissimo praesule Drogo, archicpiscopus Metensis, commovet. » (fhid., p. 89.) Aussi Sergius II déclarait-il, dans son Privilège, qu'il ne l'avait pas accordé sans prendre ses précautions : « Multa cautione constituimus. » (Bouquet, t. VII, p. 383.)
5. « Nostri pontificii justam petitionera vestra regalis alacriter perficiat magnitudo, ut et nos vestram libenti possimus animo perficere voluntatem... Talera namque progenitores vestros, invictissimos imperatores Augustos, circa decessores nostros, sanctos videlicet Romanae sedis antislites, habuisse dilectionem recolimus, ut quidquid ab alterulra parle petebatur, ômni postposita occasione, mox efficaciter complecteretur. » Lettre de Jean VIII à Carloman ( Migne, ep. 214, p. 830).
LE PAPE JEAN Vlll
tater que sa grande préoccupation est de consolider partout une autorité dont il se croit sur, et sur laquelle il compte alors plus encore que sur la sienne. Lorsqu'après avoir réuni en assemblée générale à Pavie les évéques et les grands feudataires du royaume d'Italie, et exigé d'eux, comme empereur, un serment de fidélité qu'il avait déjà sans doute reçu comme roi ^, Charles le Chauve reprend au commencement de mars la route de la France, deux légats du Saint- Siège l'accompagnent, Jean d'Arezzo et Jean de Toscanella^ avec mission d'aider à la consolidalion du nouvel Empire, et spécialement de briser les résistances de la maison de Germanie. Déjà, vers la fin de l'année précédente, Louis le Germanique avait reçu de Rome, par l'entremise de l'évoque de Beauvais, Odon, des lettres apostoliques lui interdisant de rien entreprendre contre les états de son
1. Charlemagne, après son élévation à l'Empire, avait agi de même en 802. (V. Monum. Germ., Leg. sect. I, t. I, p. 92, c. ii.) Ce que fait alors Charles le Chauve pour l'Italie, est tout simplement ce qu'il s'apprête à faire pour la France à Pontliion. 11 est vrai, les Actes de cette assemblée de Pavie nous sont arrivés sous deux formes, dont l'une tendrait à établir que l'archevêque de Milan, Ansbert, et les autres évéques et grands feudataires italiens ont réellement procédé, en cotte circonstance, à l'élection de Charles le Chauve comme roi d'Italie : « Italici regni regcm eligiraus. » Mais cette forme n'est représentée que par un seul manuscrit moderne, par une copie du seizième siècle, d'origine italienne. (V. Muratori, Script, ter. Ital., t. II, part. II, p. 149; Monum. Ger/n., Leg. sect. II, t. I, pars I, p. 99.) De tous les autres manuscrits, de tous ceux qui représentent l'autre forme d'orifrine franque, c'est-à-dire qui reproduisent les Actes de Pavie, tels qu'ils ont été lus et confirmés à Ponthion (V. Mon. Gerni., ihid., t. II, part. II, p. 347 sqq.), aucun ne contient la phrase susdite, ni rien de ce qui concerne le rôle particulier joué dans cette assemblée par Ansberl. Aussi je n'h-ésite pas à penser, avec Georges Pertz, que l'on est en présence d'une interpolation intentionnelle. V. Pertz, Leges^ t. I, p. 528.
2, Jean d'Arezzo ne devait pas d'abord être chargé de cette légation. D'après les lettres pontificales qui furent remises aux légats (Migne, ep. 20, 21, 22, 23; Jalfé-Ewald, n°'' 3037-40), le compagnon de Jean de Toscanella était un Jean qualifié là d' « episcopus Siculensis », que Diimmler conjecture être un « episcopus Ficoclensis » (V. Gesch. des osifr. lieichs, t. 11, p. 404-5, n° 2), mais dans lequel je verrais plutôt un évêque de la Sabine. 11 est à croire que le changement se fit, après la rédaction des lettres apostoliques (17 février), sur la demande de Charles le Chauve qui avait l'évêque d'Arezzo sous la main, — Jean assistait à l'assemblée de Pavie, — et cjrti connaissait son dévouement éprouvé.
L'KMPIRE CAROLINGIEN 261
frère K Mais les avertissements de Jean YIII étaient restés sans effet. Le roi de Germanie avait franchi la frontière, pillant tout, ravageant tout sur son passage^. Le 25 décembre, il célébrait les fêtes de Noël à Attigny^, dans le palais royal des Francs occidentaux, et trônait paisiblement dans les appartements de Charles le Chauve, à l'heure même où celui-ci recevait, dans la basilique de Saint-Pierre, la couronne des empereurs romains. Cette fois, Jean VllI avait déployé, en faveur de son Auguste de prédilection, tous les moyens de persuasion qui étaient en son pouvoir. Roi, évoques, laïques, ceux de Gaule comme ceux de Lorraine et de Germanie, tout le monde dut entendre les menaces ou les encouragements du terrible pontife*. Louis le Germanique eut la honte de se voir dénoncé partout comme un fils de l'Eglise éternellement insoumis , comme un roi sans gloire, un frère dénaturé, comme un vieillard imprudent qui ne savait môme pas se contenir en face de la mort et des jugements de Dieu ^. Il lui fallut subir l'éloge enflammé de ce cadet de la famille, jadis si déprimé, maintenant si exalté, et tâcher de se convaincre que l'étonnante fortune de son frère était le résultat d'un plan merveilleux de la Providence, dont lui-même, instrument inconscient des puissances dia-
1. Jean VIII les avait expédiées avant l'arrivée de Charles le Chauve à Rome, en octobre très probablement. V. Capitula ah Odone proposita [Mon^ Gerjn., Leg. sect. 7/, t. II, part. II, p. 351 ). Ces lettres sont perdues. Elles ont péri avec toutes celles de la neuvième indiction que le soin des destinataires n'a pas conservées. Nous en avons donné, au début de cet ouvrage, une raison qui nous paraît toujours la seule bonne.