‹ L'Europe et le Saint-Siège a l'époque carolingienneChapitre 112 sur 147 · JUGEMENT DE JEAN VIH · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE JEAN VIH

Qui (Carolus Calvus) nobis tanquam splendidissimum astrum ab arce polorum illuxit, non solum monumenta progenitorum, bonitatcm electœ radicis ferens in ramo, alacriter oequiparavit ; verum etiam omneprorsus avilum studium vicit, et uuiversum paternum certamen in causa religionis atque justitiœ superavit: Ecclesias vidclicet Domini divcrsis opibus ditans, sacerdotes ejus honorans, hos ad utramque philosopliiaiu informans, illos ad virtutes seclandas adhorlans, viros peritos amplcclens, rcligiosos venera us, inopes recreans, et ad omno bonum penitus subsecutus, et omne nialum medullitus delestatus. Discours de Jean VIII au cuncili'.^de liavennc en 811 (Sirinoiul.

t'onc. Gall.. f. III, p. 45H).

le gouvernement supérieur, est celle qui a le plus à gagner ou à perdre dans les compétitions de la maison de France et delà maison de Germanie. Selon les vicissitudes de la politique adoptée par Charles le Chauve, le temporel de l'archevêché de Reims diminue ou s'agrandit. Or, quoiqu'on ne puisse dire d'Hincmar qu'il ait jamais trahi son roi par ambition, quoique au contraire sa fidélité se soit toujours maintenue sans défaillance grave, malgré de sérieux mécontentements, il faut bien reconnaître que le grand évéque a été, autant qu'un autre, homme de son temps, très sensible à ses intérêts personnels et aux intérêts de sa fonction, et prenant sur eux la mesure de ses jugements, plutôt que sur des considérations de politique générale ^ Charles le Chauve aurait assurément reçu de lui plus d'éloges, s'il avait borné son ambition à étendre ou à fortifier sa frontière du nordest, dans la proportion exigée par la sécurité et la grandeur de l'église de Reims. Mais, pour avoir été plus réservée, l'opinion d'Hincmar ne fut pas cependant contradictoire, et il reste vrai que Jean VIII s'est fait illusion en très nombreuse compagnie, si tant est qu'il puisse y avoir illusion complète, lorsque tant de monde voit la même chose et de tant de côtés différents.

Il faut sortir des états de Charles le Chauve, et entrer sur le territoire ennemi, dans ce diocèse de Mayence où l'on est, comme à Reims, aux avant-postes du combat, pour rencontrer des expressions dédaigneuses ou méprisantes à l'adresse du roi des Francs occidentaux. C'est là, en effet, sous les auspices de Liutbert, de cet archevêque batailleur qui laissait volontiers ses tournées pastorales pour donner la chasse aux Normands ou aux Slaves, que se rédigea la troisième partie des Annales de Fulde si injurieuse à l'honneur de Charles le Chauve-. C'est à l'auteur de ce récit passionné, un certain Méginhard, semble-t-iP, venu de Fulde à Mayence mettre sa plume au service de l'archevêque Liutbert, que l'on

1. V. Emile Bourgeois, Le Capitidaire de Kicrsy-sur-Oise, p, 111 sqq.- Schroers, Hiiikmar Erzhiscliof von Reims, p. 381, 473, etc.

2. V. Wattenbach, Deatschlands GeschichtsqueUen im Mitlelalter^^^ cdit., t. I, p. 229.

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