‹ L'Europe et le Saint-Siège a l'époque carolingienneChapitre 24 sur 147 · V. Jaffé-Ewald, p · texte numérisé non relu

V. Jaffé-Ewald, p

3. Il ne s'agit ici, bien entendu, que des extraits qui ont quelque dépendance avec le registre pontifical, et non de ceux qui ont pu être faits sur les expéditions arrivées aux destinataires.

4. V. Deusdedit, Coll. caii., liv. III, cliap. cxxxii, p. 461-3, Ce deflorator apporte deux extraits d'une lettre de Jean VIII â l'impératrice Engelberge

p. 463 ), qui ont échappé à Ev^^aid. On les retrouve, il est vrai, dans Gratien [P., H, c. xxiii, q. 8, c. i), mais tronqués et altérés.

5. Sur Yves de Chartres, le Pseudo-Yves, la Collcctio trium partiiim et Gj'alien, voir Ewald, dins le Neues Arcliiv, t. V, pp. 322-326, 395. Sur les fragments contenus dans le ms. de Turin, voir Uiimmler, GesLa Bcrcngarii, pp. 22-73, 156-157; Pflugk-Harttung, lier ilallciim, t. I, p. 170 ; Acta iited. t. II, pp. 3'i-47. Anselme de Lucques, pour autant que 1 on connaît sa Collection, nous donne sept extraits de lettres de Jean VIII ( V. lib. X, c. xxx; 1. III, c. cvu ; 1. XII, c. xxxn ; I. IV, c. xlv ; 1. II, c. lxxiii ; 1. V, c. l; 1. VT, c. xcii ).

24 LE PAPIC JEAN VllI

du pape Jean VI II se trouvait partagé en deux morceaux, dont l'un était resté dans la bibliothèque pontificale, dont l'autre s'en était allé, on ne sait comment, dans la célèbre abbaye bénédictine. Je pense qu'on ne soupçonnera pas les moines du Mont-Gassin de s'être introduits furtivement dans le Latran ou dans la Turris chartularia^ et d'y avoir dérobé une partie du registre de Jean YllI. Pour tant faire, ils eussent emporté le tout. Il n'est pas non plus à croire qu'on soit en présence d'un de ces cas déjà signalés par ^I. de Rossi, où, pour mettre à l'abri certains registres pontificaux, on les faisait transporter dans quelque monastère bien fortifiée Pour tant faire aussi, on eût mis tout le registre à l'abri. De quelque manière que les moines du Mont-Gassin aient obtenu leur précieux manuscrit, soit par dépôt officiel, soit plutôt par donation ou acquisition privée, le maintien dans les archives du Saint-Siège d'un fragment du même manuscrit ferme la porle à toute autre hypothèse qu'à celle d'une lacération antérieure, intentionnelle et d'un caractère clandestin.

J'ajouterai môme, une lacération de vieille date, très voisine de l'époque de Jean VllI. On ne fait pas de ces coups-là, on ne mutile pas dans les archives du Saint-Siège un monument aussi solennel que le registre oi'ficiel d'un pape, sans des motifs graves et personnels. Or, je me demande quel intérêt l'on pouvait bien avoir au onzième, voire au dixième siècle, à s'attaquer à des documents qui ne regardaient plus personne, dont la matière était à peu près chose morte et oubliée. Geux-là seulement ont osé l'entreprise, qui, parmi les contemporains, se sentaient atteints par quelques pièces du registre.

Ici intervient une remarque de premier ordre, que je n'ai encore rencontrée nulle part, mais qui, je l'espère, va mettre enfin la lumière sur le bon endroit. 11 n'est pas rigoureusement exact de dire que le registre de Jean VllI avait été déchiré en deux morceaux. Les deux tronçons ite se rejoii^fncnt pas. Le manuscrit du jNIont-Gassin commence seulement à hi dixième incliclion, et les lettres extraites du Latran par les

1. V. (le liosbi, De Orii^i/n Inhliolhccx Scdis (tposlolicw, p. xcv.

niSTOlUI*] DU RE(iISTIlE 25

divers coTnj)iIateiirs n'arrivent à elles toutes que jusqu'à la fin de la huitième ^ Il y a une indiction, la neuvième, qui manque, un cahier entier qui a disparu. Il n'y a pas eu seulement lacération du registre, il y a eu destruction de l'une de ses parties. C'est donc à l'endroit mutilé qu'il faut chercher la main du coupable. Ceux là certainement ont fait le coup qui avaient un puissant intérêt à anéantir les documents de la neuvième indiction.

Les Formosiens. — Or, ceux-là nous les connaissons bien, car ils ont fait assez de bruit dans l'histoire de cette terrible fin du neuvième siècle. On les nomme Formose, plus tard pape, alors évêque de Porto; Grégoire, nomenclateur du Saint-Siège ; Georges de Aventino, maître de la milice; Sergius, autre maître de la milice; Etienne, secondicier de l'Eglise romaine ; Constantina, noble patricienne et fille du nomenclateur Grégoire; toute une fraction enfin de l'aristo-

1, Ici, je dois me séparer d'Ewald, qui a certainement mal daté quatre lettres de Jean YIII, dont une nous est venue par Deusdedit, et les trois autres par le manuscrit de Turin. La dernière en date que nous ayons de Deusdedit (p. 419) est adressée à Charles le Chauve, et non à Charles le Gros, comme le dit Ewald (JafTé - Ewald, n" 3019). C'est une invitation à venir recevoir la couronne impériale. Ewald l'a placée dubitativement, il est vrai, en septembre 875, et parlant dans la neuvième indiction. Il y a erreur. On sait en effet combien Jean YIII était pressé de donner la succession de l'empire à Charles le Chauve. Or, l'empereur Louis II étant mort le 12 août 875, il 'n'est pas vraisemblable que l'ardent pontife ait retardé son appel jusqu'en septembre, La lettre en question est du mois d'août, c'est-à-dire de la huitième indiction. Parmi les lettres tirées du manuscrit de Turin, qui a certainement aussi un rapport d'origine avec le registre de Jean YIII, Ewald a eu le tort d'en ranger trois sous l'année 876 (Y. JafFé- Ewald, no* 3029, 3030, 3031.) En supposant que la première est adressée à l'empereur Charles le Chauve ( v. Neiies Archi\', t. YIII, p. 363 ), Ewald a fait œuvre de pure imagination. Il y a autant de raison, et même davantage, de la supposer écrite à l'empereur Louis II. Quant aux deux autres lettres adressées à Engelberge, leur contenu indique qu'à cette date limpératrice était encore «lu pouvoir, et par conséquent que l'empereur Louis II, son mari, n'était pas encoi-e mort. M. Dûmmler avait donc été mieux inspiré en les disant écrites aviuit le 12 août 875. Y. Diimmler, Gcsla Bcrciigavii, p. 73. Ewald en lyisse flotter six autres (n^''* 3023-3028) entre les années 873 et 876. Il aurait pu tout aussi bien, et même mieux, les laisser flotter entre 873 et septeujbre 875. Deux d'entre elles au moins, les n<'^ 3023 et 3028, ne peuvent pas avoir été écrites après la mort do Louis IL

26 Ll'. PAPE JEAN VIII

cralie et du haut clergé de Rome. C'est en effet durant cette neuvième indiclion, au printemps de Tannée 876, que le pape Jean VIII, pour des motifs insuffisamment pénétrés par les historiens i, se décidait à frapper un grand coup sur les plus hautes têtes de son entourage, jugeait, excommuniait, condamnait à l'exil perpétuel ces mômes grands dignitaires qu'il avait retenus jusque-là dans ses conseils et comblés de ses meilleures faveurs. C'est au milieu de cette indiction-là que le pontife irrité, dans des lettres fameuses arrivées jusqu'à nous par leurs expéditions , dénonçait au monde chrétien, avec les circonstances de leur jugement, les crimes inouïs dont s'étaient rendus coupables les amis de Formose, et, dans une certaine mesure, Formose lui-même, leurs menées ambitieuses, leurs parjures, leurs adultères, leurs assassinats par le fer et le poison -. Pour être juste, le monument élevé à l'infamie de ce parti dans la correspondance de Jean VIII était tellement écrasant, tellement intolérable, qu'il était impossible qu'un jour ou l'autre ces flétris ne tentassent point de le détruire, et, si la fortune les favorisait, qu'ils n'y réussissent.

La fortune les favorisa largement. Peu de temps après la mort de Jean VIII, Marin I'^'', son successeur, rappelait Formose de l'exiF. Avec lui les autres condamnés de la neuvième indiction rentraient dans Rome, reprenaient leurs premières fonctions, et obtenaient ainsi, dans le palais du Latran, assez d'accès pour atteindre le registre du pape défunt et en effacer la trace de leur déshonneur*.

Tout d'ailleurs, jusqu'à la façon dont les auteurs de la mutilation ont procédé dans leur œuvre, porte la marque des anciens proscrits de Jean VIII. S'ils ont laissé aux archives

1. On y voit généralement une lutte entre le parti français, que représentait Jean VIII, et le parli allemand, que représentait Formose. V. Diinlhiler, (leschichlc des oslfrxnkisclien Reiclis, t. II. p. 27 (1'"'^ édil.); Gregorovius, Gcschichte der Stadl liom, t. V, p. 176-178 (4 édil.). J'espère que l'opinion que j'émettrai plus loin paraîtra se rapprocher davantage de la réalité.

2. V. Migne, ep. 2\. Cf. JalTé-Ewald. n» 'SO^il. Cette lettre nous est parvenue au moyen de ^exemplaire lu au concile de Ponlion en 876.

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