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PAYSAGES DU NORRLAND ET DU FINMARK

Ce bassin traversé de biais, nous avons aperçu à l'est une rangée d'archipels étranges formant l'ourlet d'une côte effroyablement déchiquetée et sauvage ■ cette côte, c'est celle du Norrland norvégien; les îles en bordure, sises elles-mêmes audevant de péninsules n'attenant au continent que par des isthmes, nous sont appa rues de loin pour ce qu'elles sont en réalité, une continuation au milieu des flots du relief des monts de Scandinavie. Les caboteurs qui viennent du sud sont obb>és de contourner tout le semis, ce qui allonge fort leur navigation; aussi chaque point de la côte a-t-il ses pilotes à demeure, qui gouvernent en se guidant sur certains points de repère. Le littoral entier de la Norvège n'est du reste qu'un dédale de détroits de promontoires avancés, d'écueils à fleur d'eau ou submergés. De Christiania au eap Nord, les steamers, sans se risquer au large, parcourent ainsi en zigzag un reseau de passes inimaginable, une série indicible de canaux naturels de baies ouvertes ou fermées, dans lesquelles l'eau ne gèle jamais et où règne toute l'année un mouvement de va-et-vient ininterrompu : c'est un trajet d'une quinzaine de jours, en comptant les relâches.

Presque toutes ces îles norvégiennes ont des formes bizarres : celle-ci res semble a un assemblage de tours; celle-là simule un entassement de châteaux forts Le rocher de Hestmando, qui marque précisément le passage du cercle polaire arctique, offre, dans le brouillard, la silhouette d'un homme à cheval enveloppé de son manteau. Une autre, l'île de Torget, dominée par une montagne de granit qu'on appelle le « chapeau de Torget » {Torghattan), figure, vue du sud, une coiffure ronde aux rebords inclinés. Elle est, en outre, percée à jour, parallèlement à la cote, par une ouverture de 270 mètres de long, offrant deux porches d'entrée ■ l'un celu, du sud, a 66 mètres de haut; l'autre, au nord, a 36 mètres. La légende dii quun géant, voyant un troll enlever sa fiancée, lança une flèche au ravisseur le trait manqua le but et traversa de part en part la montagne.

Mais l'archipel principal est celui des Lofoten. Celui-là n'est, par le fait qu'une longue chaîne sourcilleuse que ses dentelures aiguës ont fait comparer à une mâchoire de requin. L'île la plus méridionale du groupe est celle de Iiost; la plus septentrionale et la plus grande est Sandvorholm. Si ce chaos insulaire du côté du sud, offre de riantes prairies émaillées de fleurs, au nord, au contraire, il ne présente plus que d'âpres rochers ponctués de mousses ou de touffes de bruyères Et quels parages redoutés entre tous que ceux qui avoisinent ces récifs ! N'est-ce pas là entre Mosken et Moskenœss, que mugit et tournoie le fameux Maelstrom, le type' resté fegendaire des gouffres mystérieux de l'Océan?

Ni les remous, ni les brouillards, ni les vents n'empêchent cependant, au temps de la pèche, les barques d'affluer dans ces eaux. En février et en mars on y voit jusqu à trois ou quatre milliers de bateaux. Les hommes ont dans les îles des huttes ou ils s entassent, et des séchoirs, composés d'échafaudages de sapin, où ils laissent le poisson suspendu jusqu'en juin; et partout, sur le pourtour des rochers apparaissent ces cités d'oiseaux de mer (nyker), que nous avons déjà vues aux rœrœer.

De sund en estuaire, nous sommes arrivés à un îlot de 4 milles de long sur

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3 de large, un banc de coquillages posé au milieu d'un détroit; là, au lieu des cabanes de bois solitaires peintes en rouge que nos yeux découvraient de place en place dans des criques au pied des falaises, nous avons aperçu une vraie ville, peuplée de 4 000 âmes et plus : c'est Tromsô. Cette localité, située au delà du 69 e degré (69°40'), c'est-à-dire à la même latitude que la baie de Baffin, n'a naturellement d'autre lot ici-bas que d'armer pour la pêche dans les mers glaciales. Elle se compose d'une seule rue; cette rue part du golfe, au bord duquel il y a un quai de bois, des docks, quelques magasins, et va se prolongeant jusqu'à la colline, où elle se heurte à un glacier vers lequel elle fait mine de monter. Une cathédrale en bois, un éveché, un collège pour les enfants du Finmark et du Norrland sont les principaux édifices publics de cette cité, située dans une île si stérile que les habi-

Norp.land. — Troimô,

tants doivent faire venir de Russie et des autres provinces Scandinaves tous leurs objets d'alimentation.

Il y a pourtant en Norvège une ville encore plus septentrionale : c'est Hammerfest, la capitale du West-Finmark. Elle s'élève, au delà du 70° degré, en face de l'île Sorô, sur un récif de 8 lieues de diamètre qu'un sund bordé de hautes montagnes sépare du continent. Des bouleaux nains d'un mètre de haut, un ou deux jardins où les roses refusent de fleurir, en résument toute la flore. La petite baie profondément encaissée constitue un excellent mouillage. Aussi est-ce le port de relâche de tous les navires qui se rendent à Arkhaugel ou en reviennent. Le gros de ses maisons, à un seul étage, avec un toit plat couvert de terre et de gazon — quand le gazon lève, — se cache dans un ravin. Les habitants vivent de la chasse au morse, à l'ours blanc et à la baleine.

Près de Hammerfest, nous avons côtoyé d'autres îles encore, des fiords vers lesquels s'écroulent des glaciers; l'un de ces glaciers, le Jokull, s'avance même

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