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LE CANAL DE GOTHIE ET LES CHUTES DE TROLLILETTAN

C'est le fameux canal de Gothie qui part de la côte orientale et atteint l'embouchure du Gotha-Elf, juste au point de jonction du Kattégat et du Skager-Rak. Avec son enchaînement de vasques lacustres, de rivières, de tranchées, de gradins, il mesure 420 kilomètres de longueur et est accessible à des bateaux calant près de 3 mètres. 11 comprend 58 écluses, 24 tunnels, G digues, 29 ponts, 11 bassins ou ports, dont les plus vastes peuvent contenir une cinquantaine de bâtiments, et plusieurs docks pour la réparation des navires. Sur ses bords s'échelonnent douze villes grandes ou petites, qui se trouvent ainsi reliées à la mer Baltique et à la mer du Nord. Les deux points extrêmes qu'il unit sont, en ligne droite, à 300 kilomètres environ l'un de l'autre; par mer, la distance est de plus du triple; par le canal, elle est de 390 kilomètres à peu près.

La coupure s'amorce à 26 lieues au sud de Stockholm, à l'extrémité ouest de la baie de Slàtbaken, sur une île de laquelle dorment les ruines d'un château fort autrefois fameux, celui de Stegeborg, que notre gravure d'en-tête représente. Passant de là par la vieille cité de Sôderkôping (le marché du sud), elle gagne le petit lac Asplangcn, et, non loin d'une autre antique ville, Linkùping, près de laquelle naquit Berzélius, s'engage dans la coupe plus grande du Roxen. Elle atteint ensuite le lac Boren, puis le Wettern.

Cette dernière nappe d'eau, qui ne mesure pas moins de 120 kilomètres de long sur 22 de large, a pour émissaire de décharge le grand torrent de la Motala. Plus de 90 courants affluent dans ce vaste bassin parsemé d'îles boisées et sujet, comme le Léman, à des bouillonnements terribles et à de subites tempêtes. A sa rive ouesl s'élève la forleresse de Karlsborg; à son extrémité sud, la cité fabricante de Jônkôping, et au nord de celle-ci, dans une île, l'ex-résidence royale de Wising.

C'est le lac autour duquel les anciennes traditions Scandinaves ont groupé le plus de légendes fantastiques. Le « grand saumon », comme on appelait le Wettern, à cause de sa forme, était jadis un gouffre plein de mystère, qui refusait de se laisser sonder. La nymphe qui en était la gardienne se faisait un malin plaisir de déjouer toutes les tentatives des riverains. De la carapace de glaces dont il se revêt chaque hiver, on croyait entendre sortir des bruits étranges ou formidables, qui tantôt imitaient le carillon des cloches, tantôt ressemblaient à une menace de la déesse de l'abîme. La science, qui a eu raison des enchantements diaboliques du Pilate de Lucerne, a fini aussi par dompter le Wettern; sa plus grande profondeur, on le sait aujourd'hui, n'excède pas 130 mètres.

Nous sommes ici à plus de 90 mètres au-dessus de la Baltique ; nous approchons du faite de partage des eaux entre les deux mers; une coupe encore à franchir, celle du Bottensée, qui n'est, à vrai dire, qu'une sorte de gauchissement du Wettern, et nous y touchons : c'est le lac Wiken, aux bords encaissés de masses de rochers formidables.

De là, la première section ouest du canal, longue de 5 lieues à peu près, s'abaisse par dix écluses vers l'autre grand récipient gothique, le Wencrn, qu'elle atteint près de Sjôtorp.

Le Wenern, sis à l'altitude de 44 mètres, est le plus vaste lac de Scandinavie :

PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK

20 lieues de long sur 10 de large au minimum, et une profondeur un peu moindre cependant que celle du Wettern. Comme celui-ci, il renferme plusieurs îles, et ses berges accidentées présentent les plus pittoresques tableaux. A son horizon sud se dresse la riante montagne de Kinne-Kulle, « la couronne de Suède », comme on dit là-bas, relief conique semblable à une vague gigantesque qui aurait surgi, en un jour de tempête, de la nappe tuméfiée du bassin et se serait solidifiée sur ses bords. Six

lioTEBORG. — Embouchure du Gotha-Elf.

villes, Karlstad, Christinehamn, Amal, Mariestad, Lidkoping, 'VYenersborg, se mirent dans les ondes du Wenern; vingt-quatre cours d'eau, et parmi eux des fleuves importants, y déversent leur afflux.

Le plus majestueux, c'est ce Gotha-Elf (elf signifie rivière), qui, au sortir du grand lac, sous la péninsule de Wenersborg, se précipite tout de suite en cascades. Sa largeur est, en moyenne, de 260 mètres; mais elle atteint, en certains endroits, 600 et même 1200 mètres. A onze lieues environ du Wenern, près de Lohus, il se partage en deux bras, et, arrivé à la mer du Nord, il entoure de sa double embouchure, dont la principale forme un sillon de 1 800 mètres de large, la grande île de Hisingen. Un pont unit cette île à Gôteborg, la ville commerciale et industrielle qui expédie

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par milliards à l'étranger les fameuses « allumettes suédoises » en bois de tremble.

Le canal, partant de Wenersborg, contourne les chutes grondantes de la torrentueuse rivière au moyen d'écluses monumentales taillées dans le roc vif et étagées comme les degrés d'un escalier gigantesque. Les plus fameuses de ces cataractes sont celles de Trollhaettan, qui dévalent d'une hauteur de plus de 40 mètres en cinq gerbes distinctes, et cou-

hutes.

vrent un espace de près de 2 kilomètres de long. Le fracas de ces ondes ruisselantes ressemble de loin au roulement du tonnerre, et toute la montagne en reste couverte comme d'un nuage de poussière argentée. Des roches abruptes aux formes étranges, des morceaux de forêts noirs, des îlots verdoyants et fleuris apparaissent au regard étonné, dans le bondissement des vagues courroucées, pareils aux éléments chaotiques d'un monde non encore ordonné sur lequel les

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vieux trolls Scandinaves continueraient d'exercer leur puissance. Le mol Trollhàttan, en effet, signifie « bonnet des sorciers ». Toute la fantasmagorie nordique tient dans ce défilé fluvial enserré de hautes murailles de roches dont l'écartemcnt varie de 10 à 45 mètres.

En suivant le tracé de ce canal de Gothie, nous venons de traverser de part en part toute la Suède méridionale; contournons-en maintenant le littoral et visitons d'abord au passage les îles de l'archipel danois qui gardent ici les avenues aquatiques.

Des trois couloirs maritimes, Sund, Grand-Belt, Petit-Belt, par lesquels on

passe du Kattégal dans la Baltique ou Ost-Sée, le premier seul constitue une voie de communication aisée et commode. Long de 100 kilomètres environ, sur une largeur de 4300 mètres entre Elseneur et Elsingborg, et de 36'kilomètres entre Copenhague et Malmô, il sépare la Scanie suédoise de Séeland, l'île reine du Danemark. C'est la vraie porte d'entrée du vaste bassin à deux cornes qui s'enfonce, au nord, jusqu'au pays des Lapons, et, à l'est, jusqu'à l'extrémité de la baie finnoise où est Saint-Pétersbourg. Le Grand-Belt, au contraire, long de 60 kilomètres sur une largeur variant de 18 à 30 mètres, est entravé de bancs de sable et d'écueils; quant au Petit-Belt, plus court et plus large, il est situé plus à l'écart de la route naturelle des navires; son sillon tortueux, également encombré de lidi et redouté des matelots, se déroule entre la Fionie et les plages liasses cl sablonneuses de la péninsule du Jutland, prolongement de l'ancienne Chersonèse cimbrique iSlcsvii; .

C'est à l'extrémité sud-est de l'île de Séeland [Sjtdland) que s'élève la capitale, Copenhague [Kjôbenhavn), qui compte à elle seule plus d'habitants que toutes les autres cités du petit royaume de Danemark, encore amoindri récemment, sous les yeux de l'Europe impassible, parle rapt inique du Holstein, du Slesvig et du Lauen-

bourg.

Au xi c siècle, Copenhague n'était qu'un x il!a-»' , le port (havn\, comme on l'appelait simplement : viens qui mercatorum portas nominatur, dit Grammaticus Saxo, le vieux chroniqueur du Danemark. Les rois résidaient alors à Rœskilde, la cité historique et sacrée sise plus au sud-ouest, tout au fond du fiord du même nom, et qui possède aujourd'hui la plus belle cathédrale du pays. En 11(57, l'évèque Âbsalon bâtit sur l'îlot septentrional de Slotsholm un embryon de ville entouré de murs qui s'appela de son nom Urbs Absalonica, et qui constitue toujours le noyau de l'agglomération actuelle. Ce ne fut cependant que trois cents ans plus tard qu'elle eut l'honneur de devenir une cité royale.

Pour le voyageur qui, au sortir de la gare, enfile la Vesferbrogade (rue du Pont de l'Ouest), l'impression est tout d'abord favorable. A gauche se présentent le café National, un hôtel de style moderne, et une rangée de maisons neuves avec de beaux magasins. A droite se dressent le joli pavillon d'entrée de Tivoli, le Pratcr de la ville, et un long bazar où s'étalent tous les produits de l'industrie. Sur la chaussée, bordée de larges trottoirs, roulent tramways et véhicules de toute sorte. On arrive ainsi à une grande place appelée Halmtorvet (marché aux fourrages), et là commence

COPENHAGUE ET LES RIVES DU SUND

la vieille ville ou du moins ce qu'en a laissé subsister le terrible incendie de 1795. Outre ce quartier primitif, Copenhague comprend actuellement plusieurs autres massifs : la ville neuve de Frédéric, les ex-faubourgs de l'ouest, du nord et de l'est (Westerbro, Nôrrebro et Osterbro), et, au sud, Christianshavn (le port de Christian),

situé sur l'île d'Amager

Amager, relié à la terre ferme par des ponts, a encore sa ceinture de fortifications; quant aux remparts de Sécland, ils ont disparu pour faire place à de belles

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