‹ L'Europe pittoresqueChapitre 98 sur 141 · HANOVRE ET GOSLAR · texte numérisé non relu

HANOVRE ET GOSLAR

De ses anciens remparts démolis, Hanovre a conservé plusieurs tours rondes une qui se trouve notamment dans un jardin de la Gôbelingstrasse, et une autre qui est située à l'extrémité du Spreenswinkel. Un relief plus fastueux de son passé royal, c'est le château de Herrenhansen, auquel conduit, au nord-ouest, une magnifique avenue de tilleuls : c'était le Versailles des souverains du pays. Édifiée par le duc Jean-Frédéric en 1665, cette résidence a pour annexes des jardins genre Le Nôtre, agrémentés de cascades et de fontaines qu'alimente une machine hydraulique.

Plus au sud-est, en remontant le cours tortueux de la Leine vers les régions industrielles et minières que le massif du Harz commande, s'offre à nous la toute vieille ville de Goslar, bâtie au Vin" siècle par Henri I er , et qui doit son nom à la rivière Gose sur les bords duquel elle est sise. Celle-là est foui un poème d'archaïsme, comme on en peut aisément juger par l'image jointe à notre texte. Jetez un regard à la place du Marché. En face de vous se dresse le gothique Rathhaus du xv° siècle, dont une des salles, le Hitldigimyszimmcr (chambre de prestation du serment), est décorée de peintures du temps, œuvre de Wolgemut. À gauche, vous apercevez le Kaiserwortk, ex-maison des corporations qui date de la même époque, et dont la façade porte les statues de huit empereurs d'Allemagne. C'est aujourd'hui un hôtel. Non loin de là s'élève l'église du Marché, monument de la lin de la période romane, et, vis-à-vis de son portail, une maison originale du xvf siècle, dont je regrette de ne pouvoir vous donner le dessin. La chapelle du Dôme (Domkapelle), qui se trouve aussi dans le voisinage, et qui n'est, à proprement parler, que le porche nord de l'ancienne cathédrale démolie en 1820, renferme une curiosité, l'autel du Crodo. C'est une caisse de cuivre carrée, reposant sur quatre statuettes accroupies. On a voulu longtemps y voir un autel païen; c'est, plus probablement, un reliquaire.

Et combien, d'antiques tours et de ruines vénérables projettent leur ombre audessus de la cité! Tel est par exemple, à la porte sud-est (Breitenlhor) , le Zwingerthurm, donjon énorme, aux murs épais de 6 mètres, puis, sur l'éminence nommée le Hurgberg, l'ex-château de l'empereur Henri IV, celui qui alla à Canossa. Ce dernier débris date de plus de 800 ans; mais on l'a restauré de nos jours, et l'on a, de plus, érigé à côté un obélisque en l'honneur du prince de Bismarck, le chancelier, qui, le fait remarquer l'inscription gravée sur la pierre, ne connaît pas le « chemin de Canossa ».

Il vous reste à voir à présent la perle du Hanovre. Vous la trouverez un peu en aval de Goslar, sur un autre affluent de la Leine qu'on appelle l'Innerstc : c'est Hildesheim, le chef-lieu du second cercle de la province. Encore un ancien marché de la Hanse qui a été en outre, un moment, un des plus puissants évêchés du Nord. On l'a surnommée la « Ravenne de l'Allemagne ». L'assimilation n'est pas, ce me semble, tout à fait justifiée. Ravenne, cette ancienne capitale déchue, au site morne et insalubre, aux horizons moites et vaporeux, est une cité mélancolique et épique à la fois, ; dont le cadre cependant est plutôt hollandais qu'italien. Ses principaux monuments,' l'église San -Vitale, le tombeau de Théodoric, la vieille basilique d'Apollinare in

ALLEMAGNE

Classe, n'ont rien en soi de radieux et de gai. C'est une ville qui descend peu à peu en terre, comme c'est le cas de (ant de localités sur ce littoral nord de l'Adriatique

Goslar. — La place du marché et les tours.

où le sol de sables et de marécages fléchit visiblement de plus en plus. Elle compte d'ailleurs à peine 20 000 âmes. Hildesheim, elle, en a 40 000, et, depuis le commencement du siècle, sa population ne cesse de s'accroître. Si le mouvement fait défaut à ses quartiers intérieurs, ses faubourgs, en revanche, ont de l'animation. Et quelle

HILDESHEIM ET L'ARCHITECTURE DE BOIS

différence entre ses jolis horizons de montagnes, les superbes bouquets de chênes et de tilleuls qui essaiment au milieu de sa banlieue, et la plaine monotone où frémit au vent de mer la sombre Pineta ravennaise !

Hildesheim est une cité plaisante avant tout, plaisante par ses constructions aux tons vifs, dont la moindre attire l'œil et le captive, plaisante aussi par ses rues et ses ruelles, qui montent, descendent, tournent au hasard sur un sol que les édiles du vieux temps n'ont pas pris la peine de niveler. La floraison architecturale qui a fait d'elle une ville à part en Europe ne s'y est pas élevée, comme à Nuremberg, jusqu'au génie et à l'art véritable; mais, dans sa

Hildesheim. — Vieille tour de l'enceinte.

ALLEMAGNE

familiarité même, elle revêt des formes si variées, si étranges, si originales, que l'étranger marche littéralement de surprise en surprise et se croit presque le jouet d'une vision.

Sans nous arrêter aux débris des remparts, parmi lesquels je vous signalerai seulement la vieille tourtreillissée de vigne vierge qu'une de nos gravures reproduit, entrons tout de suite dans le dédale de ces voies vétustés et de ces places aux inénarrables aspects. La plupart des maisons, penchantes, déformées et gauchies, rappellent un peu celles de Rotterdam. Elles ont également d'innombrables fenêtres, dont les baies, de petite dimension, aux vitres miroitantes et souriantes, semblent autant d'yeux perçants qui vous regardent. Étages supérieurs en surplomb, toits rouges, ondulés, démesurément hauts; façades en bois ouvragé, avec des frises ornées de rinceaux : voilà le type commun à toutes ces demeures de Hildcsheim. Aux rez-de-chaussée, beaucoup de brasseries, car, premièrement, nous sommes en Allemagne, et, secondement, la fabrication de la bière est la grande industrie de l'endroit.

Le noyau de la cité, comme dans toute ville du moyen âge, c'est la place du Marché. Au centre se dresse la mignonne fontaine de Roland, qui date de 1540. Sur une colonne émergeant de la vasque, on voit, tout armé en guerre, avec la lance, le bouclier et l'armure, le fameux paladin qui, je l'ai déjà dit, était autrefois la personnification des libertés municipales. Aux parois de la vasque, des bas-reliefs représentent, accouplés deux à deux, douze guerriers de la même époque. Mais c'est le cadre de la place qu'il faut regarder à loisir. D'un côté, l'hôtel de ville, du même siècle que la fontaine; en face de lui, le Knochenhauer-Amsthaus , autrement dit la maison de la corporation des bouchers, donnant d'un côté sur la jdace et, de l'autre, sur la rue du Marché. Elle remonte à 1529, et c'est une pure merveille en son genre. La partie supérieure, malheureusement, en a brûlé, il y a quelques années ; mais on l'a, paraît-il, restaurée assez bien.

Aucune des constructions à pans de bois que le xv° siècle a vu s'édifier chez nous, principalement dans les villes du Nord, à Troyes, à Rouen, à Caen, à Morlaix, n'égale cette maison aux Rouchers pour le luxe et l'originalité de l'ornementation. Ses cinq étages, dont les deux derniers sont compris dans l'énorme pignon qui abrite encore un double rang de greniers à lucarnes, ne sontqu'écussons, peintures, frises et cariatides. Un vaste porche en interrompt le rez-de-chaussée. A main droite, sur le pignon, on aperçoit encore une tige à cannelures et à oreillons ornée de l'Agneau du Christ, écusson de la gilde des Rouchers. Cet appendice servait, au xvi e siècle, à recevoir les cercles à feu au moyen desquels, les jours de fête, on éclairait la place du Marché. A l'autre coin est une lanterne a huile du commencement de notre siècle. Ces deux porte-luminaires aujourd'hui sont remplacés par des becs de gaz, installés également dans le magasin de porcelaines qui occupe le rez-de-chaussée de l'édifice.

Sur la place il y a encore une construction curieuse, quoique plus sévère d'aspect : c'est la maison Wedcking, bâtie en 1598, et dont la façade à six étages, aussi bien que les deux ailes en saillie, représente tout un poème de boiserie sculptée

Hildkshbim. — La maison aux Bouchers.

ALLEMAGNE

où l'imagination de l'artiste a semé à profusion les figures fantaisistes et allégoriques.

Voici maintenant la Maison des Empereurs, qui date de 1587. L'étage supérieur en est tout nu ; mais le premier étage et le rez-de-chaussée, si l'on peut appeler rezde-chaussée le pan de muraille bas et sans fenêtres qui constitue le pied de la façade, est comme un résumé de tous les ornements qu'a inventés la Renaissance : colonnes ioniques, consoles, statues, médaillons d'empereurs romains (d'où ce nom de Raisèrftaus); puis, sur la frise d'en haut, tout un monde d'animaux réels ou fabuleux, une longue série de scènes cynégétiques, chasses à l'ours, au sanglier, au renard, bêtes affrontées ou se poursuivant, bref toute la faune multiforme tirée des bizarres traités d'histoire naturelle qui se publiaient en ce temps-là sous le nom de bestiaires. A l'angle gauche de l'édifice s'avance une bretèche (pièce en saillie), avec trois fenêtres en façade, et décorée également de bas-reliefs et d'épisodes de chasse. Je me souviens encore d'une maison de la Kreuzstrasse (rue de la Croix), qui porte le millésime de 1541, et dont les sculptures représentent des scènes de beuverie tout à fait curieuses. Cette maison, il est vrai, est un cabaret. Comment insinuer au passant qu'on débite céans de si bons breuvages qu'on ne saurait trop en absorber? C'est l'affaire de l'imagerie du fronton. Regardez ce buveur qui porte à ses lèvres un énorme hanap presque vide; à son ventre rebondi on devine tout ce qu'il a déjà ingurgité de liquide : notre homme pourtant n'est point rassasié. Une autre figuration de la façade est plus nettement explicite encore : c'est un consommateur trop bondé qui fait le geste de se soulager en mettant un doigt dans sa bouche ; et il y arrive, car on le voit plus loin recommençant à boire de plus belle : ce qui est la démonstration victorieuse à laquelle tend cette « réclame » en relief dont nulle enseigne n'égalerait l'éloquence.

Toutes les hôtelleries et brasseries de Hildesheim n'arborent pas, il est vrai, dos emblèmes aussi rabelaisiens; il y en a dont les devises et les ciselures extérieures ne respirent que sagesse et piété. Sur l'une d'elles, par exemple, nous trouvons des souvenirs de la Danse macabre; une autre porte celte inscription : « Omnes cinis serjuat, sola distinguit virtus, — la poussière du tombeau nous rend tous égaux, la vertu fait l'unique distinction ». Parmi ces auberges, celle de Y Ange d'Or (1548) est assurément la mieux décorée : la façade en est toute plaquée de médaillons imités de l'antique; le seul appât significatif de sa devanture est une voiture chargée de futailles que traînent cinq chevaux.

La mythologie, l'agriculture, la médecine, l'Ancien et le Nouveau Testament défraient pêle-mêle et tour à tour cet art plein de désinvolture et de bonhomie. Sur une maison de la Marktgasse, qui était autrefois une Apotheke (pharmacie), le centaure Chiron se montre en compagnie d'Apollon, d'Esculape, coiffé d'un feutre à la mode du temps, d'Hippocrate, de Galien, et de la déesse Hygiea tenant sur le poing l'ibis adoré des anciens Égyptiens. Sur une autre demeure, de 161 1, on voitSamson portant les portes de Gaza; sur une troisième sont personnifiées des vertus théologales et autres ; ailleurs les héros grecs et romains apparaissent associés aux prophètes, aux patriarches et aux preux, Hector le Troyen à côté d'Alexandre, Jules

HILDESHEIM ET L'ARCHITECTURE DE BOIS. 831

César à côté de David, le roi Arthur près de Godefror de Bouillon. Et que d'allégories, singulières pour nous quelquefois, qui n'avons plus le mot et la note exacte du milieu intellectuel et social où ces créations se sont épanouies! Je me rappelle, par exemple, un bas-relief représentant un pélican qui s'ouvre avec son bec la poitrine pour nourrir de son sang ses petits; à côté de ce palmipède, on aperçoit un rameau desséché. Quel est le sens de cette double figuration? Le pélican, vraisemblablement, symbolise le sacrifice du Christ, et la branche sèche l'espèce humaine, que l'immolation volontaire du Fils de Dieu est destinée à régénérer.

iiu

'■.shki.m. — La maison 'les Empereurs,

.Mais, souvent, le langage emblématique des sculptures est moins facile à entendre. Hue signifie notamment cet Agneau de Dieu, Agnus Dei< fenantune bannière ou une tête de bœuf sur un écusson que portent deux haslaires? Que veulent dire aussi ces deux animaux à tète de cygne et à corps de serpent qui s'enlacent en se mordant la queue, et cette sirène qui tient un poisson devant un monstre marin? Ces énigmes ne nous en charment pas moins, et peut-être, en somme, les productions de cet ordre qui ont pour nous le plus d'attrait sont-elles précisément celles que nous ne comprenons qu'à demi.

Presque chaque maison de la vieille ville a ainsi sa décoration de bas-reliefs, ses vignettes tantôt rustiques et naïves, tantôt sentencieuses et bibliques, ou bien caricaturesques et joviales. Toute l'encyclopédie des connaissances de l'époque s'y

ALLEMAGNE

donne, on l'a vu, rendez-vous. Les artistes du cru, qui avaient plus de verve que d'érudition, n'y regardaient pas de si près; ils n'avaient cure de ce que pourraient dire, à quelques siècles de distance, des archéologues scandalisés du mélange. Le mouvement en lui-même d'ailleurs était essentiellement populaire et, on peut l'ajou-

II ILDESH U IM.

La maison Wcdekinp

ter, anonyme. Ce ne furent point quelques esprits d'élite qui entreprirent cette « illustration » colossale de toute une cité plébéienne et bourgeoise perdue dans un recoin de l'Allemagne : ce fut « monsieur tout le monde », Herr Onines, comme disait Luther, et voilà pourquoi, dans l'espèce, on ne peut guère parler d'une « école de Hildesheim ».

Sommes-nous assez loin, pour l'instant, des vulgarités de notre architecture et de ces banales maisons « de rapport » aux teintes uniformes et ternes, qu'une équipe de tâcherons vous élève hâtivement, et qu'un écriteau met à louer « sur plans »!

HILDESHEIM ET L'ARCHITECTURE DE BOIS

Quelques moellons gris en façade, quelques minces rangs de briques aux côtés, entre le tout un amas d'ordures comprimées, sur le tout une couche de stuc —

Hildeshkim. — Une place.

l'unique artiste ici est le gypseur, — et voilà « l'immeuble » debout tant bien que mal. L'exécution et le devis en vont même se simplifiant de jour en jour. Plus de volets ou de persiennes habillant les fenêtres; des parquets et des plafonds si grêles que le moindre grattement se répercute, avec une sonorité énervante, de la base aux

ALLEMAGNE

combles de l'édifice. Point d'emblèmes ni d'ornements polychromes; rien que de froides et conventionnelles fioritures qui se répètent à tous les frontons. Les enseignes seules que l'industrie va multipliant, ainsi que les glaces rayonnantes des boutiques, corrigent quelque peu la nudité désolante de ces grandes casernes que la moindre trépidation du sol aurait vile fait de réduire en poussière. Ah! que penseraient d'elles et de nous ces ingénieux bâtisseurs de Hildesheim qui façonnaient avec tant d'amour

la pierre vive, et ces sculpteurs au ciseau fantaisiste, qui savaient, d'un assemblage de pans de bois, faire jaillir tant de satires amusantes, tant de menus poèmes et de tableaux de genre? Notez, encore une fois, que l'œuvre de ces maîtres hanovriens a été, en quelque sorte, une œuvre toute impersonnelle. Sans souci de la postérité et de la gloire, ils accomplissaient naïvement leur tâche d'imagiers et d'enlumineurs, afin de se complaire à eux-mêmes et de réjouir les yeux de leurs contemporains.

Tout au plus, sur un coin de la muraille enjolivée par leur inépuisable caprice, inscrivaient-ils, avec une devise, leur nom et leur profession, comme fait le constructeur d'un chalet dans la Forêt- Noire ou la Suisse. Et cela même n'était point, de leur part, vanité; c'était encore une façon de confidence ingénue, un bout de conversation de plus avec les gens de leur siècle qui les avaient vus, au jour le jour, nieller la solive et fouiller la corniebe.

Pour achever de faire connaître Hildesbeim, il faut que je dise un mot de ses églises. Voici d'abord la cathédrale, sise sur une place plantée de tilleuls, et près de laquelle se dresse une modeste colonne triomphale érigée par l'évèque Bernward au x c siècle. A part les portes de bronze du narthex, l'édifice, en forme de basilique a peu d'apparence au debors; c'est au dedans qu'on doit en chercher les curiosités et les trésors artistiques. Le plus célèbre de ses ornements intérieurs est un candélabre, de 18 mètres de circonférence, qui est suspendu à la nef centrale, où il symbolise la Jérusalem céleste. Cette gigantesque couronne de lumière est munie de créneaux dont chacun porte un chandelier, et flanquée de douze tours répondant aux

H ildes'heim.

Le rosier de mille ans

HILDESHEIM ET L'ARCHITECTURE DE BOIS

douze tribus d'Israël. Les fonts baptismaux de bronze, de la fin du xm c siècle, sont aussi une pièce remarquable; tout un monde de sculptures, empruntées à l'Ancien et au Nouveau Testament, en décorent la cuve et le couvercle. Enlin, une colonne, placée devant le chœur, serait, dit-on, l'Irminsul (Irmin Saule), pilier qui portait autrefois la fameuse idole des Saxons, et que Charlemagne aurait enlevé après sa victoire sur la horde païenne.

Les dépendances du dôme offrent moins d'intérêt. L'étranger ne manque pas toutefois d'y aller voir, dans un jardin encadré d'un cloître et orné d'une petite chapelle gothique, le légendaire « rosier de mille ans », qu'y planta, assure-t-on, en 814, Louis le Débonnaire, le fondateur de l'église, et qui continue de fleurir annuellement.

Sur une autre place, également ombragée de beaux arbres, s'élève la Michaeliskirche (église Saint-Michel), ancienne cathédrale, consacrée aujourd'hui au culte réformé. Ses parties les plus anciennes remontent, paraît-il, à l'an 1001. C'est une basilique à trois nefs, avec un plafond couvert de peintures à l'encaustique de la période romane, et un jubé dont les bas-reliefs en stuc sont du xn p siècle. Une troisième église, Saint-Godehard, dédiée à l'évèque de ce nom,- mort en 1131, est un temple à deux clochers et à coupole octogonale, dont l'intérieur, restauré de nos jours, n'offre que peu d' œuvres d'art. Dans un autre sanctuaire, Saint-Martin, on a installé le musée ; mais depuis que le « trésor de Varus » en a disparu pour aller orner le musée de Berlin, ses salles n'ont plus guère d'attrait. Qu'importent au touriste qui vient visiter l'étonnante cité les collections de Petrcfa/den (fossiles), les antiquités historiques et préhistoriques, les spécimens d'ethnographie concernant le Japon ou l'Afrique, que le gardien s'évertue à lui faire admirer? Le vrai, l'incomparable musée, pour lui, c'est Hildesheim même, avec ses maisons, ses rues, ses pignons, qui lultent vaillamment et victorieusement contre la décrépitude et le temps, et qu'il voudrait presque recouvrir d'un immense toit protecteur, comme Charles-Quint eût voulu qu'on recouvrît d'un étui le merveilleux campanile de Florence.

Page 1