LE LEVAIN
elle aussi, à un phénomène vital. La foi n'est pas un système philosophique, une tentative d'exiilication des choses : on a dit, et quelquefois dans un sens très inexact et qui prétendait éUminer la doctrine : la foi, c'est une vie. Oui, c'est réellement une vie, mais transformée par le ferment de la doctrine, pénétrée par cet élément actif et assimilateur. La xie chrétienne ne saurait se constituer en dehors de la théologie ; son progrès est en proportion de l'œuvre de notre intelligence surnaturelle. Que signifient les trois mesures où la femme cache son levain? Nombre de commentateurs répondent : le corps, l'esprit, l'âme, sc^on l'enseignement de l'Apôtre (I Thess., v, 23) ; mais on pourrait tout aussi bien supposer que les sata tria sont l'intelligence, la volonté, et toute l'activité, intérieure et extérieure, guidée par elles : c'est la triple région que doit pénétrer, élargir, vi^^f^e^ le ferment divin. Si on entend la parabole au point de vue, non plus indi% iduel, mais social, on peut, si Ton vtut, y voir les trois races qui se partagent le monde. Mais toutes ces interprétations ont peu d'importance, puisque les trois mesures formaient simplement la quantité normale et ordinaire de pâte ou de farme préparée pour une cuisson (Gen., xviii, 6). Et l'intention première de la parabole du levain est de décrire le développement du christianisme, l'épanouissement du Royaume de Dieu : Thumble parole évangéliquc aboutissant à changer la face de la terre.
Mt., XIII. — 2* Haec omnia locuius est Jésus in parabolis ad iurbas ; et sine parabolis non loquebatur eis, ^^ ut impleretur quod dicium erat per prophetam dicentem : Aperiam in parabolis os meum, eructabo abscondita a constiiutione mundi.
Me, IV. — 33 £i talibus multis parabolis loquebatur eis verbum, prout poterant audire; ^* sine parabola autem non loquebatur eis, seorsum autem discipulis suis disserebat omnia.
C'est ainsi, concluent les évangélistes, que le Seigneur exposait aux foules la parole de Dieu. Pendant toute cette période, il ne s'adressait à elles que sous cette forme parabolique, la seule qui fût alors à leur portée. Il réalisait ainsi le programme qu'avait dessiné l'auteur inspiré du Psaume lxxvii, Asaph, figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « J'ouvrirai la bouche pour parler
en paraboles, je révélerai des choses cachées depuis la formation du monde, » des vérités que l'homme n'a jamais entendues. On peut se demander comment le Psalmiste se propose de formuler une doctrine mystérieuse et des vérités au sens profond, alors qu'en réalité il n'est question, dans tout son poème, que de l'histoire d'Israël « depuis l'origine », c'est-à-dire depuis la sortie d'Egypte jusqu'au règne de David. Mais il faut se souvenir que, selon la doctrine de saint Paul (I Cor., x, 11), toute la vie du peuple juif est une parabole en action, dont la vie chrétienne doit recueillir le sens et le fruit.
Les évangélistes ont fait un choix parmi les paraboles du Seigneur, et saint Marc nous dit positivement que le Maître en a prononcé beaucoup d'autres analogues. Elles ont toutes un rapport commun au Royaume de Dieu. Mais il est assez \Taisemblable que celles-là mêmes qui sont groupées ici, chez saint Marc et. surtout chez saint Matthieu, ont été dites en divers temps, selon les circonstances et lorsque le thème de la parabole se présentait au Seigneur et aux foules. En effet, énoncer tout d'un trait cinq ou six paraboles eût-il été un procédé d'enseignement bien efficace? Il est vrai que la foule comprenait peu ou point, à raison de ses dispositions fâcheuses, et qu'aux disciples eux-mêmes le Seigneur devait, en particulier, expliquer à fond toutes choses : seorsiim autem discipuHs suis disserebat omnia. — Il semble que les trois paraboles qui, dans saint Matthieu, suivent immédiatement l'explication de la parabole de l'ivraie, ont été prononcées devant les disciples seulement. Elles n'appartiennent qu'au premier évangéliste. Leur dessein est encore de substituer à l'essai de théocratie appliqué dans l'histoire juive un concept plus élevé du Règne de Dieu.
Mt., XIII. — ^^ Simile est regnum caelorum thesauro abscondito in agro ; guem qui invenit homo, ahscondit, et prae gaudio illius vadit, et vendit universa quae habet, et émit agrum illum. ^^ Iterum simile est regnum caelorum homini negotiatori, quaerenti bonas margaritas. *^ Inventa autem una pretiosa margarita, abiit, et vendidit omnia quae habuit, et émit eam. *' Iterum simile est regnum caelorum sagenae missae in mare, et ex omni génère piscium congreganti. *^ Quam cum impleta esset educentes, et secus littus sedentes, elegerunt bonos in vasa, malos autem foras miserunt. ^® Sic