L'Évangile de N'.-S. J.-C
offrandes que la générosité des fidèles et des princes y avait accumulées. Quelqu'un des disciples dit au Seigneur : « Maître, regardez ! Quelles pierres, et quelles constructions ! » Et Jésus répondit : « En vérité, je vous le dis, des jours viendront où, de tout ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre ; rien n'échappera à la ruine. » C'est la prophétie déjà formulée le dimanche des Rameaux (Le, xix, 41-44). Et la marche continue. On descend la vallée du Cédron, on gravit la montagne des Oliviers, à l'est du temjjle ; et le temple lui-même se trouvant au nord-est de la ville et formant l'angle, c'est sa masse imposante qui s'offre aux yeux, en premier plan. Sur la montagne, on s'arrête et on s'assied un instant. C'est alors que les disciples honorés par le Seigneur d'une plus grande intimité, Pierre et Jacques, Jean et André, s'approchent discrètement de lui et, à l'écart des autres, lui demandent : « Maître, quand sera-ce? Dites-nous à quel signe on reconnaîtra que tout cela va s'accomplir? » Dans saint Marc, les disciples ne semblent pas interroger sur une autre matière que la chute de Jérusalem et du temple ; seul, le texte de saint Matthieu paraît ouvrir une perspective plus étendue et viser les derniers temps du monde : « Quand auront lieu ces choses, — c'est-à-dire la destruction de Jérusalem ? Quel sera le signe de votre avènement et de la consommation du siècle? » Encore ces dernières paroles pourraient -elles s'entendre à la rigueur de l'achèvement de la période juive et de l'avènement des jours du Messie. Quoi qu'il en soit, le Seigneur, dans sa réponse, distingue, nous le verrons, un double avènement du Fils de l'homme : les deux Parousies ne sont pas sur le même plan.
Mt., XXIV. — ^ Et respondens Jésus, dixit eis : Videte ne quis vos seducat. ^ Multi enim venient in nomine meo, dicenies : Ego sum Christus ; et multos seducent. ® Audituri enim estis praelia, et opiniones praeliorum. Videte ne turbemini ; oportet enim haec ■fieri, sed nondum est finis. "^ Consurget enim gens in gentem, et regnum in regnum ; et erunt pestilentiae, et famés, et terraemotus per îoca. ^ Ilaec autem omnia initia sunt dolorum. ^ Tune traden vos in trihulationem, et occident vos ; et eritis odio omnibus gentibus propter nomen meum. ^^ Et tune scandalizabuntur muUi, et invicem tradent, et odio habebunt invicem. ^^ Et multi pseudoprophetae
EPREUVES PREALABLtS A LA RfJ.NE DE JERUSALEM 691
surgent, et seducent multos. ^'' Et quoniam abuiidavit iniquitas, refrigescet charitas multonim. ^^ Qui auteni perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. ^* Et praedicabitur Jwc evangelium regni in universo orbe, in testinwnium omnibus geniibus ; et tune veniet consummatio.
Me, XIII. — ^ Et respondens Jésus, coepit dicere illis : Videte ne quis vos seducat ; ® mulii enim venient in noniine meo, dicentes quia ego sum ; et multos seducent. ' Cum audieritis aiUem bella et opiniones beUorum, ne tirnueritis ; oportet enim haec fieri, sed nondum finis. ^ Exurget enim gens contra gentem, et regnum super regnum, et erunt terraemotus per loca et famés. Initium dolorum haec. ® Videte autem vosmetipsos. Tradent enim vos in conciliis, et in synagogis vapulabitis, et ante praesides et reges stabitis propter me, in testimonium illis. ^° Et in omyies gentes primum oportet pra^dicari evangelium. ^^ Et cum duxerint vos tradentes, noliie praecogitare quid loquamini ; sed quod datum vobis fu^rit in Ula hora, id loquimini : non enim vos estis loquentes, sed Spiritus Sanctus. ^^ Tradet autem f rater fratrem in morion, et pater filium ; et consurgent filii in parentes et morte affîcient eos. ^^ Et eritis odio omnibus propter nomen meum. Qui autem sustinuerit in finem, hic salvus erit.
Le, XXI. — ^ Qui dixit : Videte ne seducamini ; multi enim venient in nomine meo, dicentes quia ego sum, et tempus appropinqum)it ; nolite ergo ire post eos. ^Cum autem audieritis praelia et seditiones, nolite terrerl : oportet primum haec fieri, sed nondum statim finis. ^° Tune dicebat illis : Surget gens contra gentem, et regnum adversus regnum. ^^ Et terraemotus magni erunt per loca, et pestilentiae, et famés, terroresque de caelo, et signa magna erunt. ^2 Sed ante haec omnia injicient vobis manu^ suas, et persequentur, tradentes in synagogas et custodias, trahentes ad reges et praesides, propter nomen meum ; ^^ continget autem vobis in testimonium. 1* Ponite ergo in cordibus vestris, non praemeditari quemadmodum respondeatis. ^^ Ego enim dabo vobis os et sapientiam, cui non poterunt resistere et contradicere omnes adversarii vestri. ^^ Trademini autem a parentibu-s, et fratribus, et cognatis, et amicis, et morte afficient ex vobis ; ^' et eritis odio omnibus propter nomen meum. ^^ Et capillus de capite vestro non peribit. ^^ In patientia vestra possidebitis animas vestras.
A la curiosité éveillée de ses disciples le Seigneur propose d'abord un conseil de prudence. Les temps troublés sont toujours riches en prophètes et en prophéties. Lorsqu'ils sont malheureux, les hommes se réfugient volontiers dans l'avenir ; une attente trop vive prétend créer son objet, toutes les interventions divines semblent possibles; enfin, il ne manque jamais d'imposteurs pour spéculer sur cet état des esprits et abuser de la crédulité générale. Prenez garde, dit le Seigneur, de vous laisser séduire. Les Théodas (Act., v, 36), les Simon {ibid., viii, 9) viendront. Ils se donneront pour la vertu de Dieu, ils usurperont mon nom, ils se proclameront messies, ils diront : « Le Sauveur, c'est moi ! » Ils annonceront que l'heure du Règne de Dieu est venue. Et beaucoup se laisseront prendre à leur parole. Pour vous, gardez-vous de ces faux docteurs.
Second conseil de prudence. Quand vous entendrez j^arler de guerres, de séditions, et que mille rumeurs menaçantes arriveront jusqu'à vous, ne vous laissez pas troubler ni déconcerter. Il faut en passer par là tout d'abord, mais ce n"est pas encore l'heure tragique et la fin de Jérusalem; ce n'en est qu'un préliminaire éloigné. La « paix romaine » avait duré longtemps. Rome s'était réservé le droit de guerre ; et les pays déclarés provinces romaines, s'ils gardaient leurs usages et leurs franchises municipales, perdaient le droit de s'armer contre l'ennemi. L'empereur même s'attribuait le gouvernement des provinces incomplètement réduites et abandonnait les plus pacifiées au gouvernement du Sénat. Tout alla bien sous Auguste et sous Tibère. Mais lorsque l'empire passa à des insensés comme Caligula, Claude et Néron, à des maîtres aussi précaires que Galba, Othon, Vitellius, la Pax romana, qui n'était maintenue que par une main forte, fut ausssitôt rompue. Toute la portion orientale et excentrique de l'empire trahit sur-le-champ, par les menées de ses agitateurs, son impatience du joug romain. A Alexandrie, à Séleucie, à Jamnia, il y eut des séditions sanglantes : Josèphe et Philon les ont racontées. La terreur régna dans toute la Syrie, et chaque grande ville fut divisée en deux camps rivaux : les Juifs et leurs adversaires. La Judée, la Syrie, l'Adiabène eurent leurs démêlés avec les Arabes et les Parthes. A l'intérieur de la Palestine, les revendications des Zélotes fomentèrent la guerre civile. Partout Rome était appelée à intervenir.
Nation s'élèvera contre nation, dit le Seigneur, et royaume