‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 294 sur 340 · BARABBAS EST PRÉFÉRÉ AU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

BARABBAS EST PRÉFÉRÉ AU SEIGNEUR

homme, dit-il, comme fauteur de sédition. Je l'ai interrogé devant vous, publiquement, et ne l'ai trouvé coupable d'aucun des crimes dont vous l'accusez. Hérode, pas davantage, car il nous l'a renvoyé, et il est constant que ce prévenu n'a rien fait qui mérite la mort. » Mais afin de condescendre, dans une mesure, à la passion des Juifs et à leur soif de sang, afin de ne pas paraître faire trop peu de cas du jugement rendu par la Synagogue, Pilate propose un moyen terme : « Par conséquent, conclut-il, après l'avoir châtié, je le mettrai en liberté. » Aussitôt, d'ailleurs, un autre expédient, moins cruel sans doute, mais insultant pour le Seigneur, se présente à son esprit.

Mt., XXVII. — ^^ Per diem autem solemnem consueverat praeses populo dimittere iinum vinctum, quem voluissent. ^^ Habebat autem tune vinctum insignem, qui dieebatur Barabbas. ^' Congre gatis ergo mis, dixit Pilatus : Quem vuliis dimittam vobis : Barabbam, an Jesum qui dicitur Christus? ^^ Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum. ^^ Sedente autem illo pro tribunali, misit ad eum uxor ejus, dicens : Niliil tibi et justo illi ; multa enim passa sum hodie per visum propter eum. ^^ Principes autem sacerdotum et seniores persuaserunt populis ut pelèrent Barabbam, Jesum vero perderent. ^^ Respondens autem praeses ait iïlis : Quem vultis vobis de duobus diinitti? At illi dixerunt : Barabbam. ^^ Dicit illis Pilatus : Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus.^ 2^ Dicunt omnes : Crucifigatur. Ait illis praeses : Quid enim mali jecit? At illi magis clamabant, dicentes : Crucifigatur.

Me, XV. — ^ Per diem autem festum solebat dimittere illis unum ex vinctis, quemcumque petissent. ' Erat autem qui dieebatur Barabbas, qui eum seditiosis erat vinctus, qui in seditione fecerat homicidium. ^ Et eum ascendisset turba, coepit rogare sicut semper faciebat illis. ^ Pilatus autem respondit eis, et dixit : Vultis dimittam vobis regem Judaeorum? ^'^ Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum summi sacerdotes. ^^ Pontifices autem concitaverunt turbam, ut magis Barabbam dimitteret eis. ^- Pilatus autem iterum respondens, ait illis : Quid ergo vultis faciam régi Judaeorum? ^3 At illi iterum clamaverunt : Crucifige eum. ^* Pilatus vero dicebat illis : Quid enim mali fecit? At illi magis clamabant : Crucifige eum.

Le, XXIII. — ^' Necesse autem habebat dimittere eis per diem festum, unum. ^^ Exclamavit autem simul universa turba, dicens : Toile hune, et dimitte nohis Barabbam. ^^ Qid erat propter seditionem quamdam factam in civitate, et homicidiuni, missu^ in carcerem. ^o Iterum autem Pilatus locutu^ est ad eos, volens dimittere Jesum. 2^ At illi succlamabant, dicentes : Crucifige, crucifige eum. 22 nie autem tertio dixit ad illos : Quid enim mali fecit iste? Nullam causam mortis invenio in eo ; corripiam ergo illum, et dimittam. ^^ At iïli instabant vocibus inagnis, postulantes ut crucifigeretur ; et invalescebant voces eorum.

Jo., XVIII. ■ — ^^ Est autem consuetudo vobis ut unum dimittam vobis in Pascha ; vultis ergo dimittam vobis regem Judaeorum? *^ Clamaverunt ergo rursum omnes, dicentes : Non hune, sed Barabbam. Erat autem Barabbas latro.

Par un calcul de commisération qui sera aussi déjoué, Pilate rappelle l'usage établi qu'à la fête de Pâques et à l'occasion de la grande solennité, on donne amnistie à un coupable de droit comm.un, au choix du peuple. La foule venait de monter vers son tribunal pour exiger la faveur accoutumée. Il y avait alors dans les prisons Un malfaiteur notoire nommé Barabbas. Au cours d'une émeute récente, à Jérusalem, il avait commis un meurtre. « Lequel des deUx voulez-vous que je vous relâche? demanda Pilate: Barabbas, ou Jésus qu'on appelle Christ? Voulez-vous que je vous rende le roi des Juifs? » C'est le nom que Pilate lui donnera désormais, et avec une persévérance singulière. Il espérait tirer parti de la popularité du Seigneur pour l'arracher aux mains des prêtres, car il se rendait compte, notent les évangélistcs, que l'envie seule les avait poussés à le livrer. Mais les sanhédrites font bonne garde. Mêlés à cette foule mobile, ils la travaillent et l'excitent en hâte, lui persuadant de réclamer plutôt l'élargissement de Barabbas.

Saint Matthieu intercale ici un incident : pendant que Pilate se tenait assis à son tribunal, sa femme lui fit dire : « Qu'il n'y ait rien entre vous et ce juste (c'est-à-dire ne vous prêtez pas aux manœuvres des Juifs, ne vous chargez pas d'une lourde responsabilité) ; car j'ai été cette nuit très tourmentée en rêve à son sujet. » C'est Dieu lui-même qui, sous cette forme, encourageait Pilate à suivre sa conscience. Une seconde fois, le gouverneur interroge la

LA FLAGELLATION ET LE COURÛNNEMEM D'ÉPLNES 811

foule, qui cric : Barabbas ! « Que voulez- vous donc que je fasse du roi des Juifs? » Il ne sait que faire du Seigneur ; mais on lui fournit la solution : « Hé bien ! mettez-le en croix ! Crucifiez-le ! — Mais enfin, reprend Pilate, quel mal a-t-il fait? » Alors, les clameurs furieuses redoublent : « Crucifiez-le ! » Et Pilate se décide à décréter la flagellation. Ce supplice précédait habituellement la peine capitale, mais nous voyons bien, en saint Jean, que la flagellation, ici, devança même la sentence. Il faut satisfaire la haine aux dépens de l'innocence : cela s'appelle, chez les politiques, une combinaison ! Ce n'est jamais qu'injustice, lâcheté, maladresse. Mais les écrivains sacrés se bornent à relater les faits, sans commentaire, sans rien qui trahisse leur émotion ni leur douleur. « Le style de l'Évangile est admirable en tant de manières, dit Pascal, et entre autres en ne mettant jamais aucune invective contre les bourreaux et les ennemis de Jésus-Christ. Car il n'y en a aucune des historiens contre Judas, PUate, ni aucun des Juifs. »

Mt., XXVII. - — 27 Xti,ne milites jn-aesidis, suscipientes Jesum in praeiorium, congre gaveruiii ad eum universam cohortem. ^^ Et exuentes eum, chlamydem coccineam circumdederunt ei ; ^^ et plectentes coronatn de spinis, posueruni super caput ejus, et arundinem in dextera ejus. Et genu flexo ante eum, illudehant ei, dicentes : Ave, rex Judaeorum. ^^ Et expuentes in eum, acceperunt arundinem, et percutiebant caput ejus.

Me., XV .^ — 1^ Milites autem du^erunt eum in atrium praetorii, et convocant totam cohortem. ^"^ Et induunt eum purpura, et imponunt ei plectentes spineam coronam. ^^ Et coeperunt salutare eum : Ave, rex Judaeorum. ^^ Et percutiebant caput ejus arundine, et conspuebant eum, et ponentes genua adorabant eum.

Jo., xix. — 1 Tm/ic ergo apprehendit Pilatus Jesum, et flagellavit. 2 Et milites, plectentes coronam de spinis, imposuerunt capiti ejus, et veste purpurea circumdederunt eum. ^ Et veniebant ad eum, et dicebant : Ave, rex Judaeorum ; et dabant ei alapas.

Le Seigneur fut abandonné aux soldats romains, rudes et violents, pleins de mépris pour les Juifs. Les ordres de Pilate furent

dépassés. Lorsque les Juifs infligeaient la flagellation, ils s'arrêtaient, par scrupule, au trente-neuvième coup de verges : il n'est aucunement probable que les soldats aient respecté cette coutume juive. Puis, lorsque ce fut fini, il y eut une répétition de la scène de la nuit. Dans l'atrium du prétoire, les gardes convoquèrent toute la cohorte, tous les camarades qui se trouvaient dans la région. Maintes fois, ils avaient dû réprimer les séditions populaires provoquées par des chefs de bandes. On leur li\Tait aujourd'hui un homme réputé séditieux et se disant luimême le roi des Juifs : tourner en dérision cette royauté, c'était tout à la fois couvrir de ridicule et la nation et son prétendu monarque. Et puis, ce roi des Juifs qu'ils tenaient en leurs mains avait grand air ; il humiliait, il exaspérait, par sa dignité douce et calme, la brutalité de ceux qui le faisaient souffrir. Quand tout le monde fut réuni, on organisa « une bonne farce », sacrilège sans le savoir, la parodie d'un triomphe.

C'était un roi, et un roi victorieux. On n'avait pas de laurier pour lui : on improvisa une couronne avec des éi^ines entrelacées, et les soldats la lui placèrent violemment sur la tête. Il n'avait pas de sceptre : on prit un roseau qu'on lui mit dans la main droite. Sur ses épaules sanglantes, on jeta un manteau d'écarlate. La robe de pourpre était l'insigne du conquérant au retour de son expédition. Puis une théorie se forma : l'un après l'autre, les soldats vinrent rendre hommage à ce roi de théâtre, ils fléchissaient les genoux et se prosternaient devant lui ; ils disaient : « Salut, roi des Juifs ! » ils lui frappaient la tête avec son sceptre dérisoire ; au lieu de baisers, ils lui donnaient des soufflets et le couvraient de crachats.

Jo., XIX. — * Exivit ergo iteriim Pilatus foras, et dicit eis : Ecce adduco vohis einn joras, ut cognoscatis quia nuUam invenio in eo causam. ^ Exivit ergo Jésus jyortans coronam spineam, et jmrpureuni vestimentum. Et dicit eis : Ecce homo. ® Cum ergo vidissent eum pontifices et ministri, clamahant dicentes : Crucifîge, crucifige eum. Dicit eis Pilatus : Accipite eum vos, et crucifigite ; ego enim non invenio in eo causam. ' Responderunt ei Judaei : Nos legem habemus, et secundum legem débet mori, quia Filium Dei se fecit. ^ Cum ergo audisset Pilatus hune sermonem, magis timuit. ® Et ingressus est praetorium iterum, et dixit qd Jesum : Unde es tu?

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