LVIII. — Réponses du Bouddha à un Déva
1. — Un certain jour que le Bienheureux résidait à Djétavana*^^, dans le jardin d'Anâthapindika*^*^, un dieu du ciel vint vers lui sous la forme d'un brahmane à là figure brillante et vêtu d'habits blancs comme la neige. Le Déva posa des questions auxquelles le Bienheureux répondit :
2. — Le Déva dit : « Quel est le plus tranchant des sabres? Quel est le plus mortel des poisons? Quel est le feu le plus ardent? Quelle est la nuit la plus ténébreuse?
3. — Bhagavat répondit : « Un mot prononcé dans la colère est le plus tranchant des sabres; la convoi-
lise est le plus mortel des poisons; la passion est le plus ardent des feux; l'ignorance est la nuit la plus ténébreuse. »
4. — Le Déva dit : « Qui gagne le plus grand bénéfice? Qui perd le plus? Quelle est l'armure impénétrable? Quelle est la meilleure arme? »
5. — Bhagavat répondit : « Celui-là gagne le plus qui donne à autrui; celui-là perd le plus qui reçoit d'autrui sans rien donner en retour; la patience est une armure impénétrable; la sagesse est la meilleure des armes. »
6. — Le Déva dit : Quel est le voleur le plus dangereux? Quel est le trésor le plus précieux? Qui réussit le mieux à enlever de force, non seulement sur la terre, mais encore dans les cieux? »
7. — Le Bienheureux répondit : « Une mauvaise pensée est le plus dangereux de^ voleurs ; la vertu est le trésor le plus précieux; l'immortalité réussit le mieux à enlever de force non seulement sur la terre, mais encore dans les cieux. »
8. — Le Déva dit : « Qu'est-ce qui attire? Qu'est-ce qui dégoûte? Quelle est la douleur la plus horrible? Quel est le plus grand bonheur? »
9. — Bhagavat répondit: a Le bien attire ; le mal dégoûte; une mauvaise conscience est la plus torturante des peines; la délivrance est le comble de la félicité. »
10. — Le Déva demanda : « Qu'est-ce qui cause la ruine dans le monde? Qu'est-ce qui détruit l'amitié?
Quelle est la fièvre la plus violente ? Quel est le meilleur médecin ? »
11. — Bhagavat répondit : « L'ignorance est la cause de la ruine dans le monde ; l'envie et l'égoïsme détruisent l'amitié ; la haine est la plus violente des fièvres ; et le Bouddha est le meilleur des médecines. »
12. — Alors le Déva interrogea et dit : « Maintenant je n'ai jjus qu'un doute à résoudre ; je t'en supplie, éclaircis-le : Qu'est-ce qui ne peut être brûlé par le feu, ni rongé par la moisissure, ni renversé par le vent, mais qui est capable de reconstruire le monde entier? »
13. — Bhagavat répondit : « Un bienfait ! Le bienfait d'une bonne action est à l'abri des attaques d'un méchant qui veut s'en emparer. »
14. — Le Déva, ayant entendu ces paroles du Bienheureux, fut rempli d*une joie excessive. Joignant les mains, il s'inclina respectueusement devant lui et disparut soudain de la présence du Bouddha.