‹ L'Évangile et l'église [microform]Chapitre 4 sur 55 · Das \Ne^en des Chrlstentums. Berlin · texte numérisé non relu

Das \Ne^en des Chrlstentums. Berlin

INTRODUCTION

près tout ce qu'on est accoutumé à regarder comme croyance chrétienne. L'ouvrage aurait fait sans doute plus de bruit en France, et même parmi les catholiques, s'il n'était venu après VEsquisse d'une philosophie de la religion, de M. A. Sabatier, dont l'esprit et les conclusions étaient à peu près semblables. Cependant, une traduction française vient de paraître *, et quelques revues catholiques avaient attiré déjà l'attention de leurs lecteurs sur cette publication remarquable, en en donnant des analyses oi^i se mêlaient certaines rectifications. L'originalité d'une pareille synthèse théologico-historique a de quoi frapper les esprits, dans un temps où la science se fait érudite et se défie des théories générales, où l'on discute les problèmes religieux à un point de vue qu'on pourrait dire purement phénoménal, et où beaucoup pensent que la théologie est chose vaine, tandis que d'autres, au contraire, pensent

i. L'essence du christianisme. Paris, 1902.

MHlilÉWiMMlMë

INTRODUCTION

VU

encore qu'elle est chose si divine, qu'elle n'a pas à s'occuper de ce que des chercheurs, téméraires racontent de son passé. Peut-être y a-t-il quelque utilité à faire de ce livre un examen attentif, non précisément pour le réfuter, mais pour déterminer sa véritable *■ situation à l'égard de l'histoire.

C'est en effet au point de vue de l'histoire que l'on a voulu se mettre dans cette étude. On ne s'est nullement proposé d'écrire l'apologie du catholicisme et du dogme traditionnel. Si l'on avait eu cette intention, le présent travail serait très défectueux et incomplet, notamment en ce qui regarde la divinité du Christ et l'autorité de l'Eglise. ^ On n'entend pas démontrer ici ni la vérité de ^Évangile ni celle du christianisme catholique, mais on essaie seulement d'analyser et de définir le rapport qui les unit dans l'histoire. Le lecteur de bonne foi ne s'y trompera pas.

Puisque l'œuAre du savant conférencier s annonce comme historique, on la discutera

INTRODUCTION

INTRODUCTION

uniquement d'après les données de Thistoire . Mi Sabatier indiquait, à côté de Thistoire, comme soiwce de sa philosophie religieuse, la psychologie. M. Harnack en appelle surtout aux faits ; il expose beaucoup moins une philosophie religieuse qu'une religion, ou pour mieux dire que « la religion », dans le * principe unique et immuable qui est censé la constituer ; il extrait ce principe de l'Evangile, et il s'en sert comme d'un critérium pour juger tout le développement chrétien, lequel n'aurait de valeur que dans la mesure où cette précieuse essence a pu s'y conserver. Toute la doctrine du livre porte sur ce point fondamental : que l'essence de T Evangile '«^ consiste uniquement dans la foi au Dieu Père, que Jésus a révélé. De la solidité ou de l'insuffisance de ce principe dépend la valeur des jugements qui sont émis sur l'évolution de l'Eglise, de son dogme et de son culte, depuis les origines et dans les diverses confessions qui se récliament aujourd'hui de l'Evangile et du nom de Jésus. Aussi ne

peut-on, dès l'abord, se défendre d'une certaine inquiétude, en voyant un mouvement aussi considérable que le christianisme ramené à une seule idée ou à un seul sentiment. Est-ce bien la définition d'une réalité historique, ou une façon systématique de la considérer? Une religion qui a tenu tant de place dans l'histoire et qui a renouvelé, pour ainsi dire, la conscience de l'humanité, at-elle son point de départ et toute sa substance "dans une seule pensée ? Comment cette grande force peut-elle consister en un seul élément? Se peut-il qu'un tel fait ne soit pas plus complexe ? La définition du christianisme, d'après M. Harnack, est-elle d'un historien, ou seulement d'un théologien qui prend dans l'histoire ce qui convient à sa théologie ? La théorie qui est exposée dans les conférences sur l'essence du christianisme est celle qui domine la savante histoire des dogmes \ qu'a publiée le même auteur*

1. Lehrhuch der Dogmenge.-ichichte, Fribourg e. B., I-II, 1894; III, 1897.

^â^^^^iA*

«i^,,:^.. ....■.■ ,^Sft,SBgg^.U«^,.^^^,-. ^.^,^

X INTRODUCTION

Mais Ta-l-il déduite réellement de riiistoirey ou bien n'aurait-il pas simplement interprêté riiistoire d'après la théorie?

On sait que Renan ^ comparaît assez irrévérencieusement le théologien libéral à un oiseau dont on a coupé le bout des ailes : tant qu'il est au repos, son attitude est naturelle, mais quand il se met à voler, son allure n'est pas franche. Ce n'est pas à propos des théologiens catholiques, assimilés, comme les protestants orthodoxes, à des oiseaux en cage, que Tauteur des Origines du christianisme a fait cette comparaison, mais à l'intention de certains exégètes rationalistes qui associaient à une critique minutieuse, dont on aurait pu croire que les conclusions générales devaient être fondées sur l'expérience, les théories les plus absolues et les plus risquées. La remarque de Renan n'est pas un axiome indiscutable. Une 1* incompatibilité radicale n'existe pas entre

i. Vie de Jésus, 13, ix-x.

INTRODUCTION

ymû

la profession de théologien et celle d'historien. Peut-être a-t-on vu déjà des théolo- ^ giens qui savaient être historiens, c'est-àdire prendre les faits tels qu'ils résultent des témoignages sainement compris, sans introduire leurs propres pensées dans les textes qu'ils interrogeaient, et en se rendant compte de la transposition que l'on fait nécessairement subir aux idées antiques lorsqu'on les adapte à la mentalité moderne. Mais il faut bien avouer qu'on en a toujours vu et que l'on en voit encore un bien plus grand nombre qui, pourvus d'un système général que la tradition leur a fourni ou qu'ils ont ^ eux-mêmes élaboré sous l'influence de la tradition, tout en croyant par.biss'y soustraire, plient inconsciemment, ou même consciemment, les textes et les faits au gré de leurs doctrines. On doit ajouter que les adversaires des théologiens peuvent apporter aussi, et qu'ils ont apporté souvent, en ces matières d'histoire religieuse, des partis pris antécé- ' dents à l'examen des choses et qui peuvent

--êM'U

riliMEMM

XH

INTRODUCTION

INTRODUCTION

XIH

en compromettre, tout autant que les partis X pris théologiques, sinon davantage, l'équitable et sereine appréciation.

Au fond, M. Sabatier et M. Harnack ont /• voulu concilier la foi chrétienne avec les exigences de la science et de l'esprit scientifique en notre temps. Il faut que ces exigences soient devenuesbien grandes, ou qu'on les croie telles, car la foi se fait bien petite et modeste. Qu'aurait pensé Luther, si on lui eût présenté sa doctrine du salut par la foi, avec cet amendement : « indépendamment des croyances », ou avec cet autre : « la foi f au Père miséricordieux, car la foi au Fils est étrangère à l'Evangile de Jésus » ? La religion s'accorde ainsi avec la science, parce qu'elle ne la rencontre plus. On a ou l'on n'a pas cette confiance en la bonté de Dieu ; mais il semble impossible qu'un sentiment puisse contredire aucune conclusion de la critique biblique ou de la critique philosophique. Cependant cet accord négatif est peut-être moins solide qu'il ne paraît.

Toute assertion absolue qui défie le contrôle de rintelligence peut devenir, à un moment donné, un obstacle au mouvement libre et légitime de la pensée. Bien que ce minimum de foi, extrait de la Bible, semble autoriser une liberté complète et illimitée de la critique biblique, il serait néanmoins un obstacle à l'exercice de cette liberté, et un obstacle des plus sérieux à son exercice le plus indispensable en ce qui regarde l'Evangile, si par hasard il ne se trouvait pas dans l'Évangile, ou s'il n'y était pas dans le sensoù on l'entend. Ceux qui s'obligeraient à l'y voir se contraindraient en même temps à ne pas prendre l'Évangile tel qu'il est. On a dit assez longtemps, et non sans motif, que le dogme de l'inspiration biblique, en tant qu'il induisait à tenir la Bible pour un livre dont la vérité ne connaissait ni la limite, ni l'imperfection, ni l'a peu près, et qui était comme rempli de la science absolue de Dieu, empêchait de percevoir le sens réel et historique de l'Écriture ; mais on pourrait

■fhâat'a^ ■ft^'^ -âtir^i

INTRODUCTION

INTRODUCTION

en dire autant de la persuasion, arrêtée avant examen, ou pour des motifs pris en dehors de l'histoire, qu'un système religieux quelconque, que l'on croit être le vrai, doit avoir été l'Evangile du Christ. L'Evangile a existé indépendamment de nous ; tâchons de

•X l'entendre en lui-même, avant de l'interpréter par rapport à nos préférences ou à nos besoins.

Si l'on veut déterminer historiquement Tessence de l'Evangile, les règles d'une saine critique ne permettent pas qu'on soit résolu d'avance i considérer comme non essentiel ce que l'on est porté maintenant à juger incertain ou inacceptable. Ce qui a été essentiel à l'Evangile de Jésus est ce qui tient la première place, et lapins considérable, dans son

-f enseignement authentique, les idées pour lesquelles il a lutté et pour lesquelles il est mort, non celle-là seulement que Ton croit encore vivante aujourd'hui. De même, si l'on veut définir l'essence du christianisme primitif, on devra chercher quelle était la

préoccupation dominante des premiers chré- ^ tiens, et ce dont vivait leur religion. En appliquant le même procédé d'analyse à toutes les époques, et en comparant les résultats, on pourra vérifier si le christianisme est resté fidèle à la loi de son origine, si ce qui fait aujourd'hui la base du catholicisme est ce qui soutenait l'Église du moyen âge, eelle des premiers siècles, et si cette base est substantiellement identique à l'Évangile de Jésus, ou bien si la clarté de l'Evangile s'est bientôt obscurcie, pour n'être dégagée de ses ténèbres qu'au xvi^ siècle ou même de nos jours. Si des traits communs se sont conservés et développés depuis l'origine jusqu'à notre temps dans l'Eglise, ce sont ces traits qui constituent l'essence du christianisme. Du moins, l'historien n'en peut pas connaître d'autres ; il n'a pas le droit d'appliquer une autre méthode / ^ue celle qu'il appliquerait à une religion quelconque. Pour fixer l'essence de l'islamisme, on ne prendra pas, dans Fensei-

INTRODUCTION

INTRODUCTION

gnement du Prophète et dans la tradition musulmane, ce que Ton peut juger vrai et fécond, mais ce qui, pour Mahomet et ses sectateurs, importe le plus en fait de croyance, de morale et de culte. Autrement, avec un peu de bonne volonté, Ton découvrirait que l'essence du Coran est la même que celle de TÉvangile, la foi au Dieu clément et miséricordieux.

Il y aurait aussi peu de logique à prendre pour l'essence totale d'une religion ce qui la différencie d'avec une autre. La foi nionothéisle est commune au judaïsme, au christianisme et à l'islamisme. On n'en conclura pas que l'essence de ces trois religions doive être cherchée en dehors de l'idée monothéiste. Ni le juif, ni le chrétien, ni le musulman n'admettront que la foi à un seul Dieu ne soit pas le premier et principal article de leur symbole. Chacun critiquera la forme particulière que l'idée reçoit dans la croyance du voisin ; mais aucun ne s'avisera de nier que le monothéisme soit un élément de sa

religion, sous prétexte que le monothéisme appartient aussi à la religion des autres. C'est par leurs différences qu'on établit la distinction essentielle de ces religions, mais ce n'est pas uniquement par ces différences qu'elles sont constituées. Il est donc souverainement arbitraire de décréter que le christianisme doit être essentiellement ce que l'Evangile n'a pas emprunté au judaïsme, comme si ce que l'Evangile doit à la tradition juive était nécessairement de valeur secondaire. M. Harnack trouve tout naturel de mettre l'essence du christianisme dans la foi au Dieu Père, parce qu'il suppose, assez gratuitement d'ailleurs, que cet élé- ^ ment de l'Evangile est étranger à l'Ancien Testament. Quand même l'hypothèse serait fondée^ la conclusion qu'on en tire ne serait pas légitime. Cette conclusion peut se présenter d'elle-même à l'esprit d'un théologien protestant, pour qui le mot « tradition » est synonyme de « catholicisme » etd' « erreur », et qui est heureux de penser que l'Evangile

BU^aâggbaaui^ariis

SJSS^

—atwwM

^ tA t <-'

ssâifeâsiassflB

BttspMl

XVUI

INTRODUCTION

INTRODUCTION

X a été comme le protestantisme de la Loi. Mais rhistorien n y peut voir qu'une assertion dont la preuve reste à fournir. Jésus n'a >« pas prétendu détruire la Loi, mais Taccomplir. On doit donc s'attendre à trouver, dans le judaïsme et dans le christianisme, des éléments communs, essentiels à Tun et à l'autre, la différence des deux religions consistant -^ dans cet <( accomplissement » qui est propre à l'Évangile, et qui, joint aux éléments communs, doit former l'essence totale du christianisme. L'importance de ces éléments ne dépend ni de leur antiquité ni de leur nouveauté, mais de la place qu'ils tiennent dans l'enseignement de Jésus et du cas que Jésus lui-même en a fait.

L'essence de TÉvangile ne peut être éta- >^ v( blie que sur une discussion critique des textes évangéliques, et en partant des textes les plus sûrs et les plus clairs, non de ceux dont l'authenticité ou le sens peuvent être douteux. On irait contre les principes les plus élémentaires de la critique en échafaudanl

une théorie générale du christianisme sur un petit nombre de textes médiocrement garantis, et en négligeant la masse des textes incontestés et leur signification très nette. Avec une telle méthode, on offrirait au public une synthèse doctrinale plus ou moins spécieuse, mais non Tessence du christianisme d'après l'Évangile. On verra que M. Harnack n'a pas évité cet écueil; que sa définition de l'essence du christianisme n'est pas fondée sur l'ensemble des textes certains, mais qif elle repose, en dernière analyse, sur un très petit nombre de textes, on pourrait presque dire sur deux passages : a Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, ni le Père si ce n'est le Fils ^ », et : « Le royaume de Dieu est en vous ^ », qui ont chance l'un et l'autre d'avoir été influencés, sinon produits, ^>^^ par la théologie des premiers temps. Ce

Page 1